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Gustave Majambere : Directeur général de COGERCO, Vers la redynamisation de la culture du coton

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Au Burundi, après des années stériles de la culture du coton, la filière tend à être redynamisée. Le but ultime étant d’arriver à une production de 5 000 tonnes de coton fibre.

Rencontre avec Gustave Majambere, Directeur général de la Compagnie de Gérance du Coton au Burundi (COGERCO).

AFRIMAG : Quelle est la situation de la culture du coton au Burundi ?

Gustave Majambere : D’abord, au Burundi, le coton est une culture industrielle ancienne qui a été introduite depuis l’époque coloniale. Cette culture a été en premier lieu pratiquée à l’Ouest du pays dans la région de l’Imbo. C’est une filière qui a permis aux paysans d’augmenter leurs revenus donc leur niveau de vie. Elle a également contribué significativement à la création de richesse au niveau national.

Le coton culture est aussi un moyen d’augmenter les recettes en devises de notre pays. La culture du coton s’étend aujourd’hui à l’Est du pays, dans la région du Moso.

Mais, cette culture a connu des hauts et des bas ?

Oui ! La production de cette culture est allée en augmentant dans le temps. Mais, après, la production a chuté de façon continuelle.

Pourquoi ?

Le pays a traversé des moments difficiles. Depuis l’introduction de la culture du coton, les superficies ont continué à augmenter jusque aux années 1993, c’est-à-dire avant la crise qui a suivi l’assassinat du premier Président démocratiquement élu, feu Melchior Ndadaye. Depuis lors, la population tout comme les cotonculteurs, ont quitté massivement le pays pour se réfugier dans d’autres pays. Ce phénomène est à l’origine de la diminution des superficies destinées à la culture du coton. L’autre élément explicatif est la pression démographique sur ces terres. En effet, avec l’augmentation de la population, certaines terres agricoles sont converties dans la production vivrière. A noter également la spoliation de certaines terres agricoles.

Une explication appuyée sur des données statistiques de la culture du coton avant  1993 ?

Avant 1993, le Burundi disposait de 8.491 ha  destinés au coton culture avec une production de 8.813 tonnes de coton graines. En 2020, les superficies se sont rétrécies jusqu’à 2.481 ha avec une production de 763 tonnes.

En plus de cette diminution de superficies, les faibles productions enregistrées ces deux dernières années ont été aussi dues aux changements climatiques notamment liées à des périodes de sécheresse imprévisibles et à des inondations qui ont ravagé nos cultures.

Etes-vous optimiste que ce secteur pourra de nouveau se développer ?  

Il y a un grand espoir. Cette année, avec certaines mesures que nous avons prises, des stratégies que nous avons essayées de développer, nous allons avoir une production supérieure à celle de la campagne précédente. Nous nous attendons à environ 1500 tonnes de coton graines.

Concrètement, quelles sont ces stratégies ?

D’abord, c’est le renforcement de l’encadrement de proximité qui va nous permettre d’arriver à cette production. Un encadrement basé sur les coopératives. Nous avons mis en place autour de 50 coopératives. Avec ces dernières, nous avons mené des séances de sensibilisation, conduit ensembles des recherches susceptibles d’améliorer la production.

Nous avons aussi introduit une autre technique innovatrice consistant à associer le coton avec d’autres cultures. En effet, nous avons besoin du coton mais aussi les cotonculteurs ont besoin des cultures vivrières pour pouvoir se nourrir.

Quid de l’extension des réserves cotonnières ?

Pour arriver à notre objectif principal de satisfaire la demande en coton fibre de la seule industrie textile locale, AFRITEXTILE, et pouvoir arriver à un excédent pour exporter, nous devons augmenter les superficies. Nous voulons donc occuper d’autres zones encore vierges pour le coton. Ainsi, depuis la dernière campagne, nous avons commencé des essais d’adaptabilité du coton dans les provinces de Cankuzo (Est) et Kirundo (Nord-Est). Et les résultats sont déjà prometteurs. Avec la saison prochaine, nous allons continuer à faire des recherches. Nous sommes prêts à fournir aux cotonculteurs des intrants, des produits phytosanitaires.

Ces recherches sont-elles suffisantes pour redynamiser le secteur ?

D’autres stratégies existent. Par exemple, une autre stratégie consiste à encourager les cotonculteurs, à les motiver afin qu’à côté des réserves cotonnières, ils puissent cultiver cette plante industrielle dans leurs propres champs.

Toujours dans le souci d’augmenter les espaces en coton, nous sommes en contact avec les responsables du service foncier afin qu’ils puissent disponibiliser des terres domaniales pour le coton.

A quand la conquête des marchés extérieurs ?

Oui. Car, la fibre du coton est une matière très recherchée. Car, tout le monde consomme du coton. On doit s’habiller par exemple. Ce qui signifie que le marché du coton est très large. Mais, à notre niveau, le problème est que nous n’avons pas encore pu satisfaire la demande locale. L’usine AFRITEXTILE recourt encore aux importations. Nous pensons bien sûr à l’exportation.

Comment comptez-vous y arriver ?

Pour y arriver, nous avons mobilisé nos partenaires pour élaborer une stratégie nationale pour le développement de la filière coton (2018-2027). Son objectif principal est d’arriver à une production de 5000 tonnes de coton fibre. Ce qui sous-entend à peu près 12 000 tonnes de coton graines. Avec cette production que nous projetons en 2027, nous pourrons satisfaire la demande locale et l’excédent sera exporté.

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