«Ma candidature s’inscrit dans la conviction que l’Afrique doit occuper une place centrale et influente au sein de l’UNESCO»
Firmin Edouard Matoko, candidat de la République du Congo à la Direction générale de l’UNESCO, plaide pour une réforme en profondeur de l’organisation.
Gouvernance modernisée, financements diversifiés, priorités renforcées pour l’Afrique : il détaille sa vision d’une institution plus efficace, plus inclusive et tournée vers les défis du XXIᵉ siècle. Entretien

AFRIMAG : Quels sont, selon vous, les points faibles du travail actuel de l’UNESCO ?
Firmin Edouard Matoko : L’UNESCO est une institution porteuse d’un idéal universel. Ses réalisations en faveur du développement au cours des dernières décennies ont été nombreuses aussi bien dans le domaine de l’éducation que dans celui de la valorisation du patrimoine culturel. Mais aujourd’hui, face à la complexité et aux nombreux défis auxquels nous sommes confrontés (crise climatique, dégradation de l’environnement, fragilisation des écosystèmes marins…), l’UNESCO doit se réadapter et renouveler ses modes de pensée et d’action. Elle doit surmonter plusieurs défis structurels pour renforcer son impact :
* Une gouvernance à moderniser : les processus décisionnels sont parfois trop complexes et ralentissent la mise en œuvre des actions sur le terrain ;
* Une meilleure cohérence des programmes : la dispersion des initiatives nuit à leur efficacité. Je souhaite renforcer la synergie entre les secteurs, pour une action plus ciblée et plus lisible ;
* Dépolitiser les décisions stratégiques : l’UNESCO doit rester fidèle à sa mission, au-delà des intérêts nationaux ;
* Assurer des ressources stables et suffisantes : le sous-financement chronique freine notre capacité à agir, notamment dans l’éducation, la science et la culture.
Ces défis ne sont pas une fatalité. Ils sont le point de départ d’une réforme nécessaire, que je souhaite conduire avec détermination, en concertation avec les États membres, les experts académiques et de la société civile. L’UNESCO mérite une nouvelle dynamique, à la hauteur des enjeux du XXIe siècle. Face aux défis du monde contemporain, l’UNESCO doit se réinventer pour redevenir un acteur central du progrès humain.
AFRIMAG : Quelles sont les réformes prioritaires que vous comptez mettre en œuvre si vous remportez les élections ?
Firmin Edouard Matoko : Si j’ai l’honneur de diriger l’UNESCO, ma priorité sera claire : bâtir une institution plus moderne, d’abord en capitalisant sur les acquis de ces dernières décennies et ensuite en proposant des nouvelles mesures à la hauteur des défis actuels.
Réformer la gouvernance pour plus d’efficacité :
Je m’engage à instaurer des processus décisionnels simplifiés, une transparence budgétaire totale et une évaluation rigoureuse de l’impact de chaque programme. L’objectif est de passer d’une logique de moyens à une culture de résultats.
Renforcer les compétences et attirer les talents :
L’UNESCO doit mobiliser une nouvelle génération de cadres, en favorisant la mobilité internationale, la formation continue et l’excellence professionnelle. L’humain est au cœur de la transformation.
Lancer l’initiative Africa Lab pour l’Afrique :
Alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, cette initiative fera de l’Afrique un véritable laboratoire d’innovation éducative, culturelle et scientifique. L’Afrique ne doit pas être un terrain d’intervention, mais un moteur de solutions.
Déployer des programmes ciblés pour les jeunesses et les femmes :
Je porterai des projets comme Générations UNESCO pour la Jeunesse et Femmes pour la paix, avec un accent fort sur les STEM, la citoyenneté active et l’autonomisation. Ces publics sont les piliers de la transformation durable.
Créer une plateforme scientifique et climatique :
Cette plateforme favorisera la recherche universitaire, le développement des compétences numériques et le renforcement des systèmes de résilience climatique. L’UNESCO doit être à l’avant-garde des réponses aux crises globales.
Diversifier les sources de financement :
Pour garantir la pérennité de nos actions, je proposerai des partenariats éthiques, des fonds innovants et des mécanismes multi-bailleurs. L’indépendance financière est une condition de notre efficacité.
Mon ambition est que l’UNESCO soit reconnue non seulement comme un forum de dialogue, mais aussi comme un acteur concret, audacieux et solidaire, au service de toutes les nations et de tous les peuples.
AFRIMAG : Dans quelle mesure le sous-financement constitue-t-il aujourd’hui une menace pour l’action de l’UNESCO, et quelles solutions concrètes envisagez-vous pour y remédier si vous êtes élu ?
Firmin Edouard Matoko : Le sous-financement représente aujourd’hui l’un des défis les plus critiques pour l’UNESCO, car il limite la portée de nos programmes et compromet notre capacité à répondre efficacement aux besoins des États membres. L’écart est alarmant : pour atteindre l’Objectif de développement durable n°4 sur l’éducation, il manque près de 100 milliards de dollars par an, dont 70 milliards rien que pour l’Afrique subsaharienne. Ce déficit n’est pas qu’un chiffre : il représente des millions de jeunes privés d’avenir, des sociétés fragilisées, et une paix menacée.
Si je suis élu, je m’engage à mettre en œuvre une stratégie ambitieuse et responsable pour garantir à l’UNESCO les moyens de son action :
- diversifier les sources de financement ;
- mobilisation accrue de contributions volontaires flexibles ;
- renforcement des partenariats publics-privés éthiques ;
- développement de fonds multi-bailleurs et d’obligations à impact social ;
- assurer une gestion transparente et orientée vers l’impact ;
- affectation claire et traçable des ressources ;
- évaluation systématique des résultats obtenus ;
- communication régulière avec les États membres et les partenaires.
Mon objectif est clair, garantir à l’UNESCO les moyens financiers qui lui permettront d’agir non seulement comme un forum de dialogue, mais comme un partenaire concret et crédible au service de l’éducation, de la culture, des sciences et de la paix. Une Organisation capable de transformer les ressources en résultats tangibles, au plus près des besoins des populations.
AFRIMAG : Quels sont, selon vous, les domaines prioritaires sur lesquels l’UNESCO doit concentrer son action aujourd’hui, et quelles sont les priorités spécifiques pour la région africaine ?
Firmin Edouard Matoko : Dans un monde en profonde transformation, l’UNESCO se doit de concentrer son action sur des priorités claires, à la hauteur des enjeux du XXIᵉ siècle.
Éducation de qualité, inclusive et équitable
L’accès au savoir est la clé de toute émancipation individuelle et de tout progrès collectif. L’UNESCO doit intensifier ses efforts pour garantir une éducation accessible à tous, adaptée aux réalités locales, et capable de former des citoyens libres, critiques et engagés.
Protection et valorisation du patrimoine culturel :
Dans un monde globalisé, préserver la diversité culturelle est un acte de résistance et de cohésion. L’UNESCO doit renforcer son rôle dans la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel, en soutenant les communautés locales et en promouvant une approche inclusive de la mémoire collective.
Science, technologie et innovation pour le développement durable
Face aux défis climatiques, sanitaires et économiques, la science est un levier de résilience. L’UNESCO doit investir dans la recherche, les compétences numériques et les innovations locales, en particulier dans les pays en développement, pour construire des sociétés plus justes et plus durables.
Priorités spécifiques pour la région africaine :
L’Afrique est un continent d’avenir, mais elle fait face à des défis structurels qui exigent une mobilisation forte et ciblée de l’UNESCO :
- réduire le déficit de financement éducatif ;
l’UNESCO doit soutenir les États africains dans la mobilisation de ressources pour garantir une éducation de base solide et un enseignement supérieur accessible et pertinent. - moderniser les systèmes d’enseignement supérieur et de recherche ; il est urgent de renforcer les universités africaines, d’encourager la mobilité académique et de développer des pôles d’excellence scientifique.
- promouvoir l’accès aux compétences numériques et technologiques ; l’inclusion numérique est une condition de l’autonomie économique. L’UNESCO doit accompagner la formation aux STEM et aux métiers du futur.
- valoriser le patrimoine africain sur la scène internationale.
- Le patrimoine africain, d’une richesse exceptionnelle, reste trop souvent marginalisé. Je m’engage à renforcer sa reconnaissance, sa protection et sa transmission, en lien avec les communautés locales.
L’UNESCO doit être un catalyseur de transformation pour l’Afrique et pour le monde.
Une Organisation qui agit, qui relie les savoirs endogènes, et qui donne aux peuples les moyens de construire leur avenir.
AFRIMAG : Quels apports concrets votre direction de l’UNESCO pourrait-elle offrir au Congo en particulier, ainsi qu’au continent africain dans son ensemble ?
Firmin Edouard Matoko : « Ma candidature s’inscrit dans la conviction que l’Afrique doit occuper une place centrale et influente au sein de l’UNESCO, en tant que moteur de changement et d’innovation à l’échelle mondiale. L’Afrique restera une priorité globale de l’UNESCO.
Pour la République du Congo, ce mandat représente une opportunité unique de valoriser pleinement son patrimoine culturel, souvent sous-représenté, tout en impulsant un développement intégré et durable par plusieurs leviers stratégiques : renforcement des systèmes éducatifs et scientifiques, en facilitant l’accès à des programmes innovants et adaptés aux réalités locales, notamment dans les domaines des compétences numériques, scientifiques et technologiques indispensables pour le 21ᵉ siècle. Le pays bénéficiera également d’un appui accru pour structurer et promouvoir ses politiques culturelles afin de mieux faire rayonner son identité et ses savoir-faire sur la scène internationale, tout en stimulant le secteur de l’économie créative.
Un aspect fondamental de mon mandat sera de promouvoir la coopération Sud-Sud, en favorisant les échanges de savoir-faire, d’expertises et de ressources entre pays africains, ainsi qu’avec d’autres nations du Sud. Cette dynamique renforcera la résilience, l’innovation et le développement inclusif, en plaçant le Congo et l’Afrique au cœur d’un réseau international solidaire et performant.
Mon ambition est de faire de l’UNESCO un acteur opérationnel et engagé, véritable catalyseur du développement durable, capable d’accompagner l’ensemble des pays africains vers un avenir prospère, inclusif et respectueux de leurs richesses culturelles et humaines.









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