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Hans Jørgen Koch : P-DG de Nordic Energy Research (Nordic Council of Ministers)

Les pays nordiques ont su mettre en place un mix-énergétique leur permettant de développer aussi bien un savoir-faire technologique qu’un cadre réglementaire efficient. Dans cette interview, Hans Jørgen Koch, P-DG de Nordic Energy Research, organisme sous tutelle du Conseil nordique des ministres, explique comment les pays en développement peuvent s’inspirer de cette expérience pour entrer dans le nouveau monde de l’énergie. A l’image des télécommunications où l’Afrique a sauté l’étape des câbles en cuivre pour aller directement dans celle de la téléphonie mobile et du wifi. Dans le secteur énergétique, le continent pourra également adopter tous les progrès les plus modernes pour rattraper son retard. Interview.

 “ Les Solutions Nordiques pour les défis planétaires peuvent servir l’Afrique “

 

Hans Jorgen Koch, P-DG de Nordic Energy Research

Hans Jorgen Koch, P-DG de Nordic Energy Research

AFRIMAG : Que peuvent apprendre les pays africains du marché électrique nordique?

Hans Jørgen Koch : Le fait d’avoir créé un marché interconnecté au niveau transfrontalier a facilité le développement des énergies renouvelables et sécurisé les approvisionnements. Quand le vent est fort au Danemark et que le niveau des barrages est bas en Norvège, le flux énergétique s’oriente vers le Nord. A contrario, quand les conditions sont plus favorables pour la production de l’énergie hydroélectrique norvégienne, c’est le Danemark qui devient client.

Les pays nordiques ont plus d’une corde à leur arc en matière d’énergie renouvelable. Eolien, solaire, hydroélectricité, géothermie et biomasse se développent de façon complémentaire. Les exportations dans la grille continentale offrent une meilleure rentabilité pour les entreprises de services publics. Beaucoup de pays ou régions considèrent l’indépendance énergétique comme étant leur principale priorité. L’expérience nordique démontre, en revanche, l’immense bénéfice que l’on tire de l’interdépendance. Nous avons publié récemment la deuxième édition des “Perspectives de la technologie énergétique nordique” qui montre comment les pays nordiques pourront réaliser l’ambitieux objectif d’atteindre une neutralité de leur empreinte carbone à l’horizon 2050, de la manière la plus efficiente en termes de coût. Je crois qu’il peut inspirer les autres pays et régions. Les nations nordiques sont dotées, à l’image de beaucoup d’autres, de considérables sources potentielles d’énergies renouvelables. Il a pris forme davantage grâce à la coopération et à un cadre de régulation stable que grâce à la richesse.

La Co-exploitation nordique est basée sur une coopération depuis plusieurs décennies. Est-ce possible de dupliquer un tel modèle entre les pays africains ?

Nous percevons des signes prometteurs à travers le projet du corridor énergétique est et sud-africain promu par l’IRENA (International Renewable Energy Agency), l’initiative Power Africa, mais également les importantes réalisations en matière d’énergie renouvelable en Afrique du nord. Le Maroc et l’Afrique du Sud sont en train de devenir des superpuissances en matière d’énergie solaire. Mettre en place les infrastructures nécessaires ainsi que les cadres réglementaires prendra du temps. Cependant, comme l’a affirmé le Président de la Commission des infrastructures de l’Union africaine : “encourager l’intégration régionale à travers des projets interconnectés doit faire partie des efforts entrepris pour électrifier l’Afrique, en particulier en fournissant l’électricité aux zones isolées du continent”.

Quel est l’intérêt d’un marché électrique transfrontalier libéralisé ?

Il rend l’électricité moins chère, plus fiable et plus attractive pour les investisseurs. Un tel marché permet d’atteindre l’objectif des Nations unies relatif à l’accès universel aux énergies renouvelables. Il réduit également la dépendance au combustible fossile en matière de production d’électricité. Il améliore, enfin, la qualité de vie, en particulier des femmes et des enfants.

Quels sont les éléments-clés pour la réussite d’un marché d’énergie renouvelable?

Réduire les risques liés à l’investissement dans un grand projet d’infrastructures est le secret de la réussite d’un tel marché. Une institution nordique comme la NEFCO (Nordic Environment Finance Corporation) et les banques régionales de développement ont développé des stratégies de suppression des risques et promeuvent la bonne gouvernance. C’est essentiel d’avoir une bonne cartographie des ressources disponibles offrant de la visibilité. De même de larges consultations avec les investisseurs afin de satisfaire leurs besoins facilitent la réussite d’un tel marché. Enfin, il faut mettre en place une bonne politique de prix, tout en satisfaisant les besoins des citadins et des ruraux desservis par les projets. Le déploiement des projets permet d’apprendre et de s’améliorer, ce qui conduit à la baisse des coûts. C’est là l’un des objectifs de la nouvelle initiative nordique intitulée “Solutions nordiques pour les défis planétaires”.

Est-il possible d’atteindre le développement économique tout en n’augmentant pas la production de gaz à effet de serre ?

C’est légitime que les pays en développement et particulièrement ceux les moins avancés cherchent à améliorer leur niveau de vie et leur croissance économique. C’est essentiel d’atteindre les Objectifs du millénaire fixés par les Nations unies en matière de développement. Les pays nordiques, et plus récemment la Chine, ont réussi le découplage entre les émissions de CO2 et la croissance économique. Comme l’a indiqué FatihBirol de l’IEA : “c’est un divorce heureux”. Les pays en développement sont sur le point d’adopter les énergies propres. Ils peuvent profiter des coûts réduits des énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire et peuvent également mettre en place des mix énergétiques modernes et intelligents, comprenant des réseaux de taille variée voire des réseaux isolés. Les lampes LED de même que les appareils à très faible consommation électrique ont ouvert la voie à l’autoproduction électrique dans les maisons. Le fait de développer des mini-réseaux et des réseaux isolés est plus prometteur pour les populations rurales. Alors que les grands réseaux conviendront davantage aux grandes villes et aux industries consommatrices d’énergie.

Sur quels types de réseaux seront basés les futurs systèmes énergétiques ?

Je ne pense pas qu’il y ait une solution idéale concernant la taille du système énergétique ou concernant la source d’énergie. Cela dépend des réalités locales. C’est important d’avoir une programmation prudente basée sur les besoins des consommateurs et d’éviter des projets gigantesques juste pour magnifier des leaders.

Est-il possible aux pays africains de passer directement de la dépendance des énergies fossiles pour devenir des champions de la production d’énergies renouvelables ?

Mettre en place des systèmes énergétiques à partir de zéro est un exercice toujours coûteux. Adopter de nouveaux systèmes de paiement, des appareils à faible consommation et faire le bon choix concernant les différents types de réseaux, permettent de réduire les coûts, tout en améliorant la sécurité des approvisionnements. Les réseaux intelligents permettent d’adopter un système tarifaire adaptable. Je crois que les communautés africaines et les ménages peuvent devenir à la fois producteurs et consommateurs ou comme on les appelle désormais des “prosumers”, c’est-à-dire des “prosommateurs”.

Beaucoup de pays en développement sont passés de l’absence totale de télécommunications à la connexion internet à haut débit via le wifi. Ils ont sauté l’étape des câbles en cuivre pour aller directement à celle des informations fiables sur les marchés ou encore le nouveau système bancaire via des réseaux sans fils. Peut-être que l’Afrique connaîtra un développement analogue en matière électrique en allant directement vers les systèmes les plus modernes et les plus intelligents.

Vous avez évoqué les “Solutions nordiques pour les défis planétaires”. Quelles sont les solutions-clés et comment les pays nordiques essaient de les implémenter en Afrique ?

Les “Solutions nordiques pour les défis planétaires” concernent plusieurs domaines, dont le climat et l’énergie font partie. Nous croyons que le savoir-faire technologique, les modèles de cadres réglementaires et financiers, de stratégies de réduction des risques peuvent servir aux pays en développement dans leur démarche visant à introduire les énergies renouvelables. Cela leur permettra de répondre, par la même occasion, à leurs contributions prévues déterminées au niveau national dans le cadre de l’accord de Paris.

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