Alors que le marché mondial du divertissement se restructure autour de dynamiques régionales inédites, de nouveaux pôles géographiques émergent, loin des traditionnelles places fortes occidentales. Portés par une population au sein de laquelle la classe moyenne occupe une place croissante, un goût croissant pour le loisir et par des investissements publics d’envergure, ces territoires redéfinissent les équilibres du secteur. Dans ce contexte, les Émirats arabes unis s’imposent ainsi comme un acteur de premier plan. En pointe, le groupe Miral symbolise cette ambition, notamment à travers un récent partenariat stratégique avec Disney
La proximité géographique et les politiques d’ouverture font désormais du Golfe une destination naturelle pour les touristes de marchés encore isolés, notamment africains, où l’industrie du loisir connaît elle aussi un essor rapide, portée par une jeunesse connectée et un écosystème culturel en pleine structuration.
Une nouvelle géographie du divertissement
Soutenue par une reprise post-Covid vigoureuse, le marché mondial des loisirs entre dans une phase de croissance accélérée. La fréquentation des parcs à thème a progressé de 9,2 % par an entre 2020 et 2024, et le secteur devrait atteindre 215,6 milliards de dollars d’ici 2035, contre 72,3 milliards en 2025, soit un taux annuel de 11,4 %. Cette dynamique est tirée par la hausse des revenus, la demande d’expériences immersives, et l’intégration de technologies avancées (IA, réalité augmentée, narration interactive).
Longtemps dominé par les géants occidentaux (Disney, Universal, Merlin, Six Flags), le marché s’internationalise. De nouveaux acteurs comme Chimelong (Chine) ou Miral (Émirats arabes unis) redessinent la hiérarchie. L’Asie-Pacifique concentre déjà 40 % des visiteurs mondiaux, avec la Chine en tête, qui prévoit 50 milliards d’investissements d’ici 2030.
Ce basculement géographique reflète à la fois l’émergence de nouvelles classes moyennes, que les États cherchent à capter comme relais de croissance, et une stratégie de soft power fondée sur la représentation de la stabilité et de la modernité. Il s’accompagne d’une véritable course au divertissement, où la surenchère technologique devient un levier d’attractivité. Les grands groupes ajustent désormais leur expansion aux spécificités régionales, tandis que des opérateurs publics ou semi-publics structurent des pôles touristiques de grande envergure, comme Yas Island à Abu Dhabi, ou Qiddiya City en Arabie Saoudite. Dans ce paysage, les Émirats arabes unis s’imposent comme un pont stratégique entre marchés matures et zones à forte croissance en Afrique et en Asie.
La conquête Miral
Créé en 2011 par le Département exécutif d’Abou Dabi, Miral est devenu un acteur clé du secteur des loisirs au Moyen-Orient. Maître d’œuvre de Yas Island, vitrine du tourisme émirati, le groupe a accueilli 38 millions de visiteurs en 2024, avec un taux d’occupation hôtelier de 82 %. Son portefeuille comprend 1 800 logements, 1 000 chambres d’hôtel en développement, et plus de 140 000 m² de surfaces commerciales, en service ou en construction.
Intégré sur toute la chaîne de valeur, de la conception au pilotage opérationnel, Miral a donné naissance à des destinations emblématiques : Ferrari World, Warner Bros. World, SeaWorld Abou Dabi, et bientôt Disneyland Abou Dabi. Ce dernier, officialisé en mai 2025 en partenariat avec Disney, marquera la première implantation de la firme américaine au Moyen-Orient. Conçu par Walt Disney Imagineering et financé par Miral, le parc alliera technologie, identité régionale et exigence internationale.
L’Afrique et le Maroc, cibles et moteurs
L’expertise de Miral s’exporte désormais hors des Émirats. En octobre 2024, la ministre marocaine du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor s’était rendue au “Future Hospitality Summit” de Dubaï. L’occasion pour elle de prospecter en vue de la création d’un parc à thème à Marrakech. La ministre avait alors entamé des discussions avec Mohamed Abdalla Al Zaabi, directeur général de Miral, pour le développement d’un parc à thème à Marrakech, inspiré des récits historiques africains. Un projet qui illustre l’influence croissante du modèle émirati, de son champion Miral et l’émergence de nouveaux marchés du loisir sur le continent.
L’essor de Yas Island s’inscrit dans la stratégie d’Abou Dabi de capter les flux touristiques africains. À moins de six heures des principales capitales subsahariennes, les Émirats accueillent déjà plus de 750 000 visiteurs africains par an, grâce à une connectivité aérienne dense et à des procédures de visa simplifiées. L’arrivée d’un parc Disney à Abou Dabi accentue cette ambition : proposer aux familles africaines une alternative haut de gamme, plus accessible que les destinations occidentales.
Mais l’Afrique ne se limite plus à un rôle de marché émetteur. Le divertissement y devient une industrie stratégique, générant plus de 60 milliards de dollars de revenus annuels. Cinéma nigérian, jeux vidéo sud-africains, production musicale en plein essor : un écosystème créatif émerge, soutenu par l’investissement des grandes plateformes comme Amazon Prime Video.
À l’échelle d’un continent de 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique devient un marché à part entière pour les parcs de loisirs, à la fois partenaire et concurrent des nouvelles puissances du secteur comme Abou Dabi.





Emirats Arabes unis





