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Interview : Mohamed Touhami El Ouazzani, DG Maroc et Afrique francophone à Visa

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« Le paiement électronique permet de lutter efficacement
contre la corruption et l’économie informelle »

 

Mohamed Touhami El OuazzaniAFRIMAG : Comment Visa a développé ses partenariats avec les Etats africains ?

Mohamed Touhami El Ouazzani : Le renforcement de nos partenariats avec les banques africaines, qui sont des clients majeurs de Visa sur le continent, est une priorité pour nous. Par exemple, au Maroc, qui est un marché stratégique, Visa est très engagé auprès des institutions partenaires, des banques et des commerçants. Nous proposons nos services et produits dans tout le pays et nous sponsorisons des événements de premier plan, comme la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA qui s’est déroulée au Maroc en 2013 et 2014. A cette occasion, nous avons mis en place des programmes de marketing avec les banques locales afin de permettre à tous les détenteurs de cartes Visa d’être au cœur du tournoi et de vivre l’enthousiasme de la compétition comme jamais auparavant.

 Nous sommes aussi convaincus que l’éducation financière est l’une des clés pour changer les comportements et développer le paiement électronique. C’est pourquoi, nous menons un programme d’éducation financière auprès des populations les plus concernées, souvent des femmes, et dans des zones parfois très enclavées. C’est un programme auquel nous tenons beaucoup et qui nous a permis, depuis 15 ans, de toucher 20 millions de personnes à travers le monde dont plusieurs milliers au Maroc.

 Visa sponsorise également le Prepaid Summit Middle East, une référence régionale dans l’industrie des paiements électroniques, qui s’est tenu cette année à Dubaï. Au cours de l’événement, des récompenses ont été remises dont le prix Prepaid Innovative Product of the Year qui a été décerné à la banque UBA Cameroun pour son concept innovant de Cobranded Student ID Visa Prepaid. Cette carte Visa prépayée rechargeable fonctionne comme un support d’identification de l’étudiant, avec toutes les informations pour l’identifier. Il s’agit du premier programme prépayé du genre en Afrique francophone. Grâce à lui, UBA Cameroun a signé des partenariats avec les universités les plus importantes du pays. Aujourd’hui, 50.000 cartes sont utilisées par les étudiants de l’Université de Douala et près de 100.000 autres sont en cours de production pour les Universités de Yaoundé 1 et Yaoundé 2.

 Visa soutient aussi le gouvernement égyptien afin d’accroître le tourisme local grâce à des services et produits innovants, et nous voulons étendre ce partenariat au niveau du continent tout entier.

En Afrique le taux de bancarisation varie d’une région à une autre. Au Maghreb, il atteint en moyenne les 50% alors qu’en Afrique de l’Ouest et Centrale, ce ratio ne dépasse pas les 15%. Quelle analyse faites-vous de ce gap entre ces différentes régions ?

Le faible taux de bancarisation dans les pays d’Afrique Centrale et de l’Ouest s’explique principalement en raison de la culture du cash qui domine encore les usages au sein des populations locales. Le faible niveau d’équipements, l’absence de sécurité et l’insuffisance des moyens de transport constituent également une barrière à la bancarisation et ne permettent pas d’asseoir une stratégie de développement du système financier de masse dans cette région.

 A contrario, au Maroc, l’implication des banques et les efforts gouvernementaux ont permis d’accélérer très largement le développement de la monnaie numérique ces dernières années. Dans un contexte de développement des économies du territoire, le paiement électronique connaîtra sans nul doute un développement important dans les années à venir.

En effet, lorsqu’une personne est financièrement exclue, cela signifie qu’une simple transaction – comme payer une facture ou virer des fonds à un parent – est risquée, coûteuse et chronophage. Le manque d’accès à des services financiers limite aussi la capacité des familles à surmonter des dépenses importantes, que ce soit pour payer les frais de scolarité d’un enfant, un vaccin ou des repas. Il contribue ainsi à perpétuer le cycle de la pauvreté et la croissance lente. Pour parer à cela, l’inclusion financière présente de nombreux avantages. Elle offre des réponses adaptées aux besoins des populations en favorisant leur accès à une gamme complète de services financiers abordables : le crédit, les comptes d’épargne, les produits d’assurance ou encore le transfert de fonds à des coûts abordables.

La présence d’une population massivement jeune – plus de 30% des Marocains sont aujourd’hui âgés de moins de 25 ans – représente en outre une formidable opportunité pour accélérer le développement du paiement électronique et accompagner la croissance du Maroc.

Quelles solutions préconisez-vous pour les régions les moins bancarisées?

L’Afrique est le continent qui enregistrera la plus forte hausse des paiements électroniques d’ici à 2016. Il est donc nécessaire que l’ensemble des acteurs du marché – gouvernements, institutions, banques, commerçants – travaillent ensemble afin d’informer et d’éduquer la population. Dans ce cadre, Visa s’associe également depuis plusieurs années avec les opérateurs de réseaux mobiles, les gouvernements et les institutions financières en Afrique afin de concevoir et offrir des solutions de paiement qui proposent des outils sûrs et personnalisés aux personnes qui n’ont pas ou peu accès au système bancaire traditionnel.

Visa offre en ce sens de nombreux services et solutions bancaires mobiles basés sur l’innovation et grâce à ses partenariats avec les institutions financières ainsi que les entreprises mondiales de téléphonie mobile, notamment par le biais de Samsung Pay et Apple Pay. Grâce à la technologie Visa Token Service, ces deux nouveaux services facilitent les paiements sécurisés avec une large variété d’appareils connectés. Ils remplacent les informations sensibles d’un compte de paiement qui se trouvent sur les cartes en plastique par un numéro de compte numérique qui peut être stocké en toute sécurité sur les appareils mobiles et utilisé pour régler des achats dans un magasin ou via les applications.

Visa a également acquis Fundamo, une plate-forme de services financiers mobiles dans les économies émergentes, qui permet aujourd’hui de fournir des services financiers via mobile aux consommateurs qui n’ont pas ou peu accès à une institution financière. Visa a aussi lancé Monitise, qui offre des services bancaires mobiles pour les détenteurs de comptes Visa partout dans le monde.

A travers l’ensemble de ses services et produits, Visa poursuit un objectif clair : relier 500 millions de personnes aux services financiers d’ici les 5 prochaines années.

Quels sont vos rapports avec les banques centrales et privées en Afrique ?

Nos relations avec les banques centrales et privées africaines se caractérisent par une coopération étroite. Dans de nombreux marchés africains, nous travaillons avec les banques centrales sur l’éducation financière, la lutte contre la fraude et le développement de l’inclusion financière. Au Maroc, notre partenariat avec Bank Al-Maghrib nous autorise désormais à exercer les activités de routage des autorisations de traitement et de compensation des flux monétiques.

Comme pour les banques privées, les banques centrales sont nos clientes et partenaires et nous communiquons avec elles de manière quotidienne sur les produits et services ainsi que sur les actions à développer pour promouvoir l’éducation financière et lutter contre la fraude. En ce sens, nous allons organiser cet été au Maroc un atelier exceptionnel, autour des médias sociaux, au cours duquel nous inviterons toutes nos banques partenaires.

Au cours de ces dernières années, Visa a travaillé avec plusieurs gouvernements africains pour la mise en place de certains services publics, tels que la santé, les moyens de paiement, la sécurité sociale… Comment se traduit concrètement votre offre?

Travailler avec les gouvernements est très important pour Visa, puisque ce sont eux qui réalisent les décaissements et encaissements les plus importants. Sur ce point, nous collaborons avec de nombreux gouvernements en Afrique afin d’étendre l’utilisation des paiements électroniques, qui ont un impact très positif sur le PIB, de diminuer les efforts et charges financières, et d’accroître la transparence et l’efficacité des services offerts par les gouvernements envers les citoyens. Le paiement électronique permet aujourd’hui de lutter plus efficacement contre la corruption et l’économie informelle. Au niveau des entreprises ou des gouvernements, il représente ainsi la meilleure garantie de transparence, grâce au suivi en temps réel des flux financiers, que ce soit à l’occasion de décaissements importants, tels que les salaires, les pensions ou les allocations.

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