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Interview : Didier Payerne, Directeur de la Société Eiffage

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« Nos clients ont gagné grâce à l’autoroute à péage »

AFRIMAG : Vous avez été l’un des pionniers du partenariat public-privé avec le Sénégal en construisant l’autoroute à péage Dakar-Diass. Quel bilan en tirez-vous? 

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Didier PayerneDidier Payerne : Un bilan positif, sans hésitation. Et je pense sincèrement qu’il l’est non seulement pour l’opérateur Eiffage que nous sommes mais aussi pour les Autorités et, j’aurai dû les citer en premier : nos clients. Ils ont gagné grâce à l’autoroute à péage près d’une heure sur le trajet Dakar-Banlieue !

Notre bilan est positif car nous avions trois challenges  majeurs face à nous.

Tout d’abord, délivrer un projet dont le prix et le délai étaient fixés à l’avance par contrat et non modifiables malgré les sujétions naturelles sur ce type de grande construction qui allaient apparaître. La mise en service s’est bien effectuée, à la date prévue initialement.

Ensuite, l’acceptabilité du péage. Les futurs usagers sénégalais n’avaient pas l’habitude de payer pour circuler. Pour cela l’Etat a entrepris d’une part, l’amélioration d’une alternative gratuite et d’autre part, une étude socio-économique permettant de fixer le tarif acceptable. C’est d’ailleurs ce tarif qui est appliqué aujourd’hui. Restait à convaincre futurs usagers de venir. Pour cela nous avons entrepris une campagne de communication « en profondeur » qui a permis de préciser un point important : nos clients ne feront pas que payer pour accéder à une route mais bénéficieront d’un service, plus précisément un trajet dans des conditions de confort et d’assistance garanties. C’est notre métier mais encore fallait-il pouvoir trouver les équipes adéquates.

La formation a été un facteur clé du projet. Les compétences des métiers liés à l’autoroute n’existaient pas. Nous avons donc détecté des candidats à potentiel (notamment dans les zones traversées), les avons formés à la fois en France où nos structures les ont accueillis en stage pendant plusieurs mois ou sur place, avec des instructeurs « métiers », désignés spécialement pour cela au sein du Groupe Eiffage. Aujourd’hui, la société d’exploitation qui compte plus de 200 personnes (employées en CDI) ne compte que deux expatriés pour la diriger. Nous assistons déjà à de la promotion interne puisque des opérateurs recrutés au Sénégal sont depuis devenus des cadres de l’entreprise.

Nous n’avons pas oublié les populations avoisinantes et je vous invite à venir nous rendre visite et constater de visu les actions sociales connexes au Projet, que ce soit dans l’appui à certaines structures ou à la lutte contre la pauvreté.

Restent nos investisseurs qui apprécient le niveau de trafic, conforme à nos prévisions.

Mais ce succès n’aurait pas été possible sans les interlocuteurs de grande qualité, du côté Etat, pour négocier, suivre et gérer ce grand Projet. Je pense en particulier aux équipes de l’APIX.

Le modèle Builtoperate and transfer est de plus en plus privilégié par les partenaires du continent africain pour se doter en infrastructures. Avez-vous d’autres projets? 

Bien entendu. Et nous collaborons activement au côté du Ministère de la promotion des PPP, grâce à cette success story, à la diffusion de la bonne parole, c’est-à-dire de la pertinence du PPP. Nous n’avons pas de projet en cours de réalisation mais plusieurs en cours d’études, parfois à un stade très avancé, dans d’autres pays d’Afrique. Mais point n’est besoin d’aller trop loin, puisque le Sénégal, pionnier dans le domaine des PPP est précurseur avec l’Autoroute à Péage. N’oublions pas que le tronçon en concession DAKAR / DIAMNIADIO  a été étendu par marché complémentaire jusqu’au futur Aéroport International Blaise Diagne à Diass.

Nous restons attentifs au Sénégal, aux projets de PPP, qu’ils soient bâtimentaires ou d’infrastructures.

Quels sont les avantages d’un partenariat public-privé et comment surmonter les difficultés qui peuvent survenir notamment en cas de changement des interlocuteurs qui peuvent être des élus?  

Les deux avantages principaux, à mes yeux, sont :

  1. rapidité de contractualisation, par opposition à des appels d’offre souvent allotis ou sans prise en compte de l’exploitation future,
  2. pour le public : une prestation garantie tant du point de vue du service que des coûts, à travers un contrat transparent de performance. En effet, il ne faut pas oublier que le public garde un rôle important de contrôle de la prestation , mesurée à travers des indicateurs et liés à des pénalités financières.

Ce type de contrat permet  d’externaliser certaines missions vers un opérateur privé, doté de compétence que le pays ne possède peut-être pas. Il favorise donc le transfert de compétences. Les opérateurs locaux ne doivent pas craindre l’arrivée de groupes étrangers puisqu’une partie importante de la mission peut être réservée et sous traitée localement. Cette disposition peut faire l’objet d’une clause du contrat de PPP.

Il faut cependant regarder les choses en face. Le privé ne pourra souvent pas porter l’intégralité des coûts de projet (par exemple, en étant contraint sur certains tarifs pour des raisons sociales tout à fait compréhensibles). Ledit projet devra donc faire l’objet d’une subvention d’investissement par exemple. En termes de charge financière pour l’Autorité Publique, elle devrait néanmoins rester plus faible que si l’investissement avait été pris en charge totalement par le public à travers des contrats « classiques ». Du coup, l’économie réalisée reste disponible pour d’autres secteurs prioritaires.

Des interlocuteurs dédiés et compétents, tels que l’APIX que je citais tout à l’heure, sont avant tout des techniciens, chargés en premier lieu de développer des schémas décidés par le politique. Une fois le projet entre leurs mains, il souffre potentiellement moins des changements des élus.

Au Sénégal, l’existence d’un cadre juridique spécifique est de nature à faciliter les PPP. Quels sont les avantages qu’offre un tel cadre aux partenaires privés?

C’est indéniable. Ce dont a besoin tout investisseur ou opérateur comme le groupe EIFFAGE qui est capable de répondre à des projets très complexes et garantir une offre globale est finalement assez simple : il s’agit de connaitre exactement le contenu de notre mission et quelle est la règle du jeu. La loi PPP sénégalaise donne une visibilité qui rassure sur le cadre juridique complet attaché aux PPP. N’oubliez pas que l’opérateur privé doit aller lever des financements auprès de bailleurs dont une des  premières analyses va porter sur la validité juridique du contrat.

Cette loi me parait être la première étape pour tout pays qui désire bénéficier de PPP.

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