Dans un rapport parlementaire « Make or Break : The UK’s Digital Future », le comité sur les compétences numériques (Digital Skills Committee) de la Chambre des Lords tirait en 2015 le signal d’alarme concernant la capacité du Royaume-Uni à répondre aux enjeux du numérique dans les années à venir. Il soulignait en particulier une série de faiblesses sur la capacité du pays à se maintenir en position de leadership sur la scène internationale.
Dans un monde où les talents sont nomades, les capitaux voyageurs et les emplois mobiles, l’Année européenne des compétences soulève aussi un questionnement pour les territoires dont l’identité est multiple.
Par exemple, un Breton peut-il représenter un Européen du 21è siècle avec une culture plurielle, bretonne, française mais aussi anglo-saxonne (avec l’avènement du numérique) ? Aujourd’hui, entre «Petite» Bretagne et Grande-Bretagne, nous sommes très loin d’avoir fait le tour de ce que les nouvelles technologies peuvent apporter. Mais pour avancer il faut sortir des partenariats habituels entre institutions et créer des opportunités de rencontres et d’échanges permettant l’émergence d’idées nouvelles et souvent inattendues.
Les nouvelles technologies se doivent de valoriser les territoires et les stratégies touristiques. La France est un pays qui est dans un devenir touristique basé sur la richesse de son patrimoine. Toutefois, même avec le fanion 2024 des Jeux Olympiques, le pays reste dans un grand retard par rapport aux évolutions technologiques actuelles et par conséquence aux attentes de ses touristes.
Inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1979, le Mont-Saint-Michel constitue une véritable prouesse artistique et technique : sur un îlot rocheux au milieu de grèves immenses soumises au va- et-vient de puissantes marées s’élève la Merveille de l’Occident, abbaye bénédictine dédiée à l’Archange Saint-Michel et le village né à l’abri de ses murailles.
Dans les religions juive, chrétienne et musulmane, les archanges sont plus que des anges, “ils annoncent les plus grands mystères”. La baie du Mont-Saint-Michel, espace mouvant d’eau et de grèves dont la consistance et la perception évoluent au gré des marées contribue à la magie des lieux.
Aujourd’hui, cet écrin maritime peut devenir une vitrine des nouvelles technologies en faveur de la sauvegarde de notre patrimoine. Des œuvres d’art animées pourraient être projetées sur l’édifice du Mont-Saint-Michel à raison de deux à cinq minutes par heure. Des touristes et des particuliers pourraient ainsi acheter des secondes d’animation personnalisées pour faire, par exemple, une demande en mariage. D’autres pistes futuristes pourraient émerger comme l’expérimentation d’un “Uber du Pèlerin“.
Seiji Uchida, un Japonais paralysé des jambes, a réalisé son rêve de gravir les ruelles sinueuses du site, grâce à un robot à assistance musculaire : le robot HAL (Hybrid assistive limb). Alimentée par une batterie, sa structure était bardée de capteurs détectant le signal d’activation des muscles humains émanant du cerveau. Grâce à des micromoteurs, l’ensemble prenait en charge le travail musculaire requis pour porter une masse, marcher ou monter des escaliers. Arrivé au sommet après une lente ascension d’une heure trente, rythmée par quelques pauses, ce robot blanc de 25 kilos a savouré la vue sur la baie, en riant. «C’est l’homme bionique, c’est Robocop» s’exclamaient les passants. Nous voudrions tous que le Mont Saint-Michel reste comme il est et que les personnes handicapées puissent le visiter. C’est important qu’ils puissent regarder le monde à notre hauteur.
D’autre part, nous pourrions imaginer que la Merveille de l’Occident tisse une toile en Orient, dans le cadre d’un partage d’expérience avec la réhabilitation du patrimoine de la ville de Qufu (ville natale de Confucius), financée par l’Union européenne, la ville de Rennes et la ville de Saint-Jacques-de- Compostelle.
Un circuit de noces romantiques pourrait s’imaginer autour de neuf portes (la porte du Mont-Saint- Michel et les 8 portes des remparts de Saint-Malo). Le chiffre “9” est un chiffre sacré en Chine. Les 9900 pièces de la Cité interdite. Les 9 ferrures horizontales et 9 ferrures verticales de nombreux temples. Signer un contrat le 9 du mois en Chine est un signe de bonheur…
Quel meilleur périple pour quelqu’un qui souhaiterait découvrir le Mont-Saint-Michel que de revivre ses chemins de mémoire au travers de technologies comme la réalité augmentée, les dispositifs d’immersion, ou encore l’imagerie 3D en “s’insérant” dans le passé. Ces technologies sont déjà présentes, plutôt matures et peuvent sous la houlette de nos historiens et géographes constituer une formidable aventure pour le touriste de demain. Ceci en s’appuyant d’une part sur de nombreuses expertises technologiques mais aussi sur l’appétence des professionnels du tourisme qui en ont bien compris l’intérêt stratégique et qui sont tous engagés dans des stratégies d’innovation numérique.
Les drones constituent également une formidable opportunité car ils permettent de voir le territoire et donc son histoire et sa géographie sous un angle de vue inédit. Le survol en drone du Mont St Michel depuis n’importe quel point du monde pourrait être complété par d’autres usages ou prototypes : drone livreur de commandes ou guide de promenades, garde champêtre, agent de circulation ou de premiers secours.
Le Mont Saint Michel est un véritable puits de connaissances et de réflexions. C’est pourquoi un livre blanc a été imaginé par la commission de prospective Kavadenn (qui signifie « découvertes ») de l’association des cadres bretons : https://play.google.com/store/books/details/Kevin_LOGNON%C3%89_Renaissance_hors_les_murs_d u_Mont_Sa?id=xjyCEAAAQBAJ&hl=en&gl=US







