La création d’une première année de médecine dans l’Yonne dont le local central sera inauguré le 21 septembre prochain portera le nom de Lucie Randoin, de retour mémoriellement dans sa terre natale. Ce lieu de rassemblement de 30 étudiants en première année de médecine (en visioconférence) à Auxerre représente pour demain une mise en abyme de la santé-densité en tant que générateur d’opportunités.
Ouvert sur le monde, l’art peut pleinement favoriser ce dialogue prospectif avec les sciences sur l’impact de nos actions et de notre simple existence sur le déroulement de l’avenir. Des artistes de Bahreïn, du Canada et de Colombie regorgent de propositions pour ériger une biologie «santé-densité» à laquelle Lucie Randoin avait construit son empreinte «Présente dans le futur.»
La crise sanitaire Covid-19 a souligné un vrai besoin car la recherche pharmaceutique est aujourd’hui l’activité économique et industrielle la plus liée à la recherche fondamentale. Aucun autre secteur n’a autant besoin d’un lien fort et direct entre les entreprises et les laboratoires des universités.
Avec la grande bascule de la pharmacie de la recherche chimique vers la biotechnologie, l’essentiel des nouveaux médicaments est issu en tout ou partie des travaux académiques, d’où le succès mondial de la région de Boston, aux Etats-Unis, siège d’Harvard et du MIT ou encore de Sorbonne Plage dans les années 1930 entre Paimpol et l’île de Bréhat, tête de proue du chimiste et chef d’entreprise Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal.
Les deux premiers vaccins contre le Covid-19 disponibles en Europe étaient issus de deux entreprises fondées par des universitaires, BioNTech en Allemagne, créée par trois chercheurs de l’université de Mayence, et Moderna, fondée par un biologiste d’Harvard.
Héritage de Lucie Randoin, la nutrition-santé représente une science d’avenir . Elle repense le monde qui nous entoure : végétal, agro-transformation, circularité entre terre et mer sur lesquels reposent massivement l’alimentation, les milieux naturels, les innovations circulaires et le monde de demain.
Cette santé-densité entre en résonnance avec des thèmes bien ancrés dans notre époque : la prédominance de la technologie, l’imminence des événements et les conséquences de nos décisions quotidiennes à l’échelle personnelle et mondiale. Tout ce que nous faisons façonne ce qui est à venir et chaque seconde influence la suivante.
Dans cette référence à l’avenir, si instable et si fragile que le simple fait d’y penser peut en changer le cours ; la biologiste Lucie Randoin avait imaginé un laboratoire souterrain pour l’innovation. Elle entretenait des relations épistolaires avec Théophile Lognoné lorsqu’il a fondé les industries Probiomer.
Mais bien avant cela, pendant la guerre de 1914-1918, Lucie Randoin a assuré, à titre bénévole, la direction des travaux pratiques au Laboratoire de physiologie de la Sorbonne, en l’absence du chef de travaux et des préparateurs, tous mobilisés, d’octobre 1914 à janvier 1918.
En 1944, elle a conservé des sérums et vaccins de l’Institut Pasteur dans des sous-sols pour la Résistance. Dans un courrier adressé au directeur du CNRS en octobre 1944, elle fait également mention d’autres faits de résistance au sein de son service durant l’Occupation allemande. En effet, le Laboratoire de physiologie de la nutrition qu’elle dirigeait a hébergé temporairement un prisonnier évadé qui fit partie des Forces françaises de l’intérieur, un membre du Comité directeur de l’OCM, une traductrice-bibliographe d’origine russe, naturalisée française et de confession juive, ainsi que quelques jeunes hommes affiliés au Laboratoire et réfractaires au Service du travail obligatoire (STO). De même, en vue du maintien de la santé publique, Lucie Randoin n’a cessé de faire, plus ou moins clandestinement, des conférences sur l’alimentation», en zone libre et zone occupée.
Lucie Randoin est aussi connue pour ses nombreux voyages et recherches en Afrique, en particulier à Madagascar, où elle a passé de nombreuses années à étudier la faune et la flore du pays. Lucie Randoin a publié de nombreux articles et livres botaniques, dont « Flore de Madagascar et des Comores » dont elle est co-auteur avec Raymond Capuron. On se souvient également d’elle pour son travail dans la préservation des habitats naturels de Madagascar et la promotion des efforts de conservation dans le pays.
Une proposition d’un timbre-poste à son effigie a été transmise au Stamp Advisory Committee c/o Singapore Philatelic Museum dans la mesure où Singapour importe plus de 90 % de ses aliments. L’objectif « 30 d’ici 30 » fixe l’ambition de renforcer la capacité de Cité-Etat à produire durablement 30 % des besoins nutritionnels localement d’ici 2030. Lucie Randoin, son parcours de biologiste et ses travaux hygiénistes avaient donné un élan pour doter notre pays de filières ultra modernes d’approvisionnement dans une France d’après-guerre, traumatisée par les pénuries alimentaires. Elle fut aiguillonnée par l’avance des britanniques dans ce domaine, ses travaux en recherche fondamentale ayant été précurseurs. Pour entretenir un dialogue croisé entre les arts et les sciences, la fondation culturelle Théophile Lognoné a invité des artistes du monde entier à présenter des œuvres de Lucie Randoin « Présente dans le futur ».











