Deux premiers panels ont traité des «défis de la gouvernance par temps de pandémie» et du «multilatéralisme dans la construction d’un nouvel ordre mondial»
Le Policy Center for the New South a lancé le 1er novembre la 10ème édition de sa conférence internationale de haut niveau Atlantic Dialogues, sur le thème de «l’Atlantique élargi en récupération difficile» de la crise Covid. Les 20 sessions sont déclinées sous forme de wébinaires, accessibles en ligne sur les pages Facebook, YouTube et Atlantic Dialogues du Policy Center.
Karim El Aynaoui, président du Policy Center for the New South, a mentionné dans son mot d’ouverture les « défis qui se posent pour la politique macroéconomique au niveau mondial : le changement dans la loi internationale, la rivalité accrue entre la Chine et les États-Unis, la concurrence entre les puissances arabes, africaines et asiatiques qui est en train de changer le paysage politique. Ces changements n’affectent pas uniquement le Sud de l’Atlantique mais également ses partenaires transatlantiques classiques».
Le défi de la gouvernance par temps de pandémie
La discussion d’ouverture a porté le 1er novembre sur «le défi de la gouvernance par temps de pandémie», en présence d’Ana Palacio, Paulo Portas et Hubert Védrine, anciens ministres des Affaires étrangères de l’Espagne, du Portugal et de la France, ainsi que d’Obiageli Ezekwesili, ancienne ministre de l’Education du Nigeria, co-fondatrice de Transparency International et conseillère économique senior de l’Africa Economic Development Policy Initiative (AEDPI). Répondant à deux grandes questions sur les réponses des gouvernements et le rôle de la gouvernance pour surmonter la pandémie, ils ont livré des analyses marquées par une grande diversité de vues, dans l’esprit des Dialogues atlantiques.
«La Covid-19 est un problème mondial et la solidarité internationale n’a pas été effective», a souligné Obiageli Ezekwesili, appelant à une refonte du multilatéralisme. Ana Palacio a de son côté estimé que la Covid ne représente «qu’une crise, et il y en aura d’autres». La pandémie, selon elle, «a été un révélateur, notamment du populisme, avec des leaders comme Donald Trump et Jair Bolsonaro qui ont fait preuve d’arrogance et même d’insuffisance. Une situation dévastatrice s’est déclarée en Amérique latine. Nous avons constaté l’infiltration de la Chine dans le système multilatéral, et l’incompétence de l’Union européenne, où s’est manifesté un égoïsme intra-européen».
Pour Paolo Portas, «très peu de gouvernements ont bien géré la pandémie, comme la Corée du Sud, Taïwan et Singapour, des pays qui avaient déjà affronté le SARS. Alors que l’Europe, société vieillissante, a beaucoup souffert, l’Afrique est jeune et a montré une plus grande mémoire pandémique». Hubert Védrine, de son côté, estime «exagéré de parler d’un échec de gouvernance», et pense que «le multilatéralisme ne peut pas imposer de décisions à des pays puissants». Il appelle cependant à une évaluation globale de la gestion de la pandémie, que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) «pourrait conduire malgré ses manquements».
Le multilatéralisme dans la construction d’un nouvel ordre mondial
Modéré par Andres Schipani, correspondant du Financial Times posté à Nairobi, le panel du 5 novembre a permis à Paolo Magri, directeur du think tank italien ISPI et Youness Abouyoub (Maroc), responsable de la «construction de l’État» dans la région MENA pour les Nations unies, de s’exprimer sur l’état du multilatéralisme.
««Mon pays d’abord», telle a été l’approche de tout le monde durant la pandémie, a souligné Paolo Magri.Chacun a placé ses intérêts en premier. Cette crise globale est survenue en pleine transformation du monde dominé par l’Occident tel que nous l’avons connu. La Chine et la Russie se rejoignent, ce qui était impensable il y a 20 ans. Aujourd’hui, pour plusieurs raisons, nous poussons la Russie dans les bras de la Chine, et d’autres pays pourraient la rejoindre».
Youness Abouyoub pense pour sa part que cette transformation n’offre pas de réelle alternative : «Nous n’avons plus deux façons de voir le monde comme durant la guerre froide, mais une compétition entre deux types de nationalismes. Aller d’une domination à l’autre n’est pas une solution. L’économie n’est pas vue comme étant au service du développement, et le monde n’est pas considéré comme un bien commun».
Les 18 autres sessions des Dialogues atlantiques, programmées en novembre et décembre, iront de la géopolitique à l’économie, en s’interrogeant sur le changement climatique et les impératifs de santé publique dans le Sud global.
Repères
Policy Center for the New South ?
Le Policy Center for the New South (PCNS) est un think tank marocain dont la mission est de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, aussi bien économiques que sociales et internationales, qui concernent le Maroc et l’Afrique, parties intégrantes du Sud global. À ce titre, le PCNS mobilise des chercheurs, publie leurs travaux et capitalise sur un réseau de partenaires de renom, issus de tous les continents. Le PCNS organise tout au long de l’année une série de rencontres de formats et de niveaux différents, dont les plus importantes sont les conférences internationales annuelles « The Atlantic Dialogues » et « African Peace and Security Annual Conference » (APSACO).





Maroc
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