Face à la chute des débarquements et à la flambée des prix, Rabat tranche. À compter du 1er février, l’exportation de sardines congelées sera interdite afin de préserver l’approvisionnement du marché intérieur, à l’approche du Ramadan. Une décision à fort impact économique pour un pays leader mondial de la conserve.
Le Maroc interdira l’exportation de sardines congelées à partir du 1er février prochain. L’annonce a été faite le lundi 5 janvier par Zakia Driouich, Secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, sans précision sur la durée de cette mesure exceptionnelle. Objectif affiché : renforcer l’approvisionnement du marché national et contenir la hausse des prix pour les consommateurs, dans un contexte de tension accrue sur cette ressource prisée par le consommateur marocain, particulièrement durant le mois de Ramadan.
Cette décision s’inscrit dans une logique de régulation conjoncturelle, alors que la sardine, pilier de l’alimentation populaire, est devenue plus rare et plus chère sur les étals ces derniers mois.
Des débarquements en chute libre
Les chiffres traduisent l’ampleur du problème. Selon les données de l’Office national des pêches (ONP), les débarquements de sardines ont chuté de 46 % entre 2022 et 2024, passant de 965 000 tonnes à seulement 525 000 tonnes. Une baisse brutale qui a intensifié la concurrence entre les différents usages — consommation locale, transformation industrielle et exportation.
Cette raréfaction a provoqué plusieurs épisodes de flambée des prix en 2025, dans différentes régions du Royaume, alimentant le mécontentement des ménages et poussant les autorités à intervenir.
Une équation délicate pour les autorités
Pour les observateurs du secteur, l’interdiction des exportations met en lumière l’équilibre fragile que doivent gérer les pouvoirs publics. D’un côté, la nécessité de garantir un accès abordable au poisson pour la population ; de l’autre, la préservation d’un appareil industriel fortement tourné vers l’international.
Car le Maroc reste le premier producteur et exportateur mondial de conserves de sardines. Chaque année, près de 15 000 tonnes sont expédiées vers l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, faisant de la sardine un produit stratégique pour la balance commerciale et l’emploi industriel.
Vers un tournant dans la gestion de la ressource ?
Face à l’érosion des stocks halieutiques, les professionnels plaident pour des mesures structurelles. Dès juin 2025, l’Union nationale des industries de la conserve de poisson (UNICOP) appelait à renforcer les contrôles portuaires, à intensifier la lutte contre la pêche illégale et à interdire strictement la capture des juvéniles. L’organisation insistait également sur le respect rigoureux des périodes de repos biologique, condition clé pour la durabilité de la ressource.
L’interdiction temporaire des exportations apparaît ainsi comme un signal fort, mais aussi comme un rappel : sans une gestion durable et concertée des stocks, la sardine marocaine pourrait devenir une richesse de plus en plus disputée, au détriment de l’équilibre économique et social du secteur.





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