Fragilisée par les perturbations dans le Golfe, l’Inde accélère la diversification de ses approvisionnements en fertilisants. Selon Reuters, plusieurs pays africains figurent désormais parmi les partenaires stratégiques envisagés, ouvrant de nouvelles perspectives commerciales pour le Continent.
Confrontée aux conséquences de l’escalade militaire au Moyen-Orient, l’Inde revoit en profondeur sa stratégie d’approvisionnement en engrais. Selon Reuters, New Delhi explore activement de nouvelles sources, notamment en Afrique, afin de réduire sa dépendance au Golfe.
Lors d’un point de presse tenu le 30 mars, Aparna Sharma, Secrétaire adjointe au ministère des Produits chimiques et des Engrais, a confirmé que plusieurs pays africains figuraient parmi les options étudiées, aux côtés de la Russie, de l’Australie, de la Malaisie et du Canada.
Cette réorientation intervient dans un contexte de fortes perturbations logistiques, notamment au niveau du détroit d’Ormuz, passage clé pour le commerce mondial d’engrais et de pétrole.
L’Afrique, nouvelle frontière des approvisionnements
Parmi les partenaires potentiels identifiés, Reuters cite plusieurs poids lourds africains de la production d’engrais, dont le Maroc, l’Algérie et l’Égypte. Le Togo est également mentionné, grâce à ses importantes réserves de phosphates, essentielles à la fabrication de fertilisants.
Ce repositionnement stratégique pourrait renforcer les échanges commerciaux entre l’Inde et le continent africain, déjà en croissance ces dernières années. Il s’inscrit également dans une dynamique plus large de recomposition des flux mondiaux d’engrais, marquée par une diversification accrue des sources d’approvisionnement.
Avant la crise, la région du Golfe représentait une part significative des importations indiennes : entre 20 % et 30 % pour l’urée et près de 30 % pour le phosphate diammonique (DAP), toujours selon Reuters.
À cela s’ajoute une dépendance énergétique importante, l’Inde important environ la moitié de son gaz naturel liquéfié (GNL) depuis cette même région. Or, la hausse des prix du gaz impacte directement les coûts de production des engrais, accentuant la pression sur l’ensemble du secteur agricole.
Une course contre la montre pour sécuriser les stocks
Face à ces incertitudes, les autorités indiennes entendent anticiper. New Delhi prévoit ainsi de constituer d’importants stocks d’urée entre avril et mai, en prévision de la saison agricole estivale.
Au total, 39 millions de tonnes d’engrais seront nécessaires, dont 18 millions de tonnes sont déjà disponibles. L’enjeu est crucial pour ce pays, à la fois deuxième consommateur mondial d’engrais et pilier de la sécurité alimentaire globale.
Au-delà des enjeux nationaux, cette reconfiguration des approvisionnements pourrait avoir des effets en chaîne à l’échelle mondiale. Une étude du cabinet Global Sovereign Advisory (GSA) alerte notamment sur l’impact potentiel d’une hausse prolongée des prix des engrais.
Le riz, dont l’Inde est le premier exportateur mondial avec près de 40 % des parts de marché, apparaît particulièrement exposé. Toute perturbation dans l’accès aux fertilisants entre juin et août pourrait se répercuter directement sur les prix mondiaux à partir de la fin de l’année 2026.
Une opportunité stratégique pour l’Afrique
Dans ce contexte, la diversification engagée par l’Inde représente une opportunité majeure pour les producteurs africains. Elle intervient d’ailleurs dans un mouvement plus large : quelques jours plus tôt, Reuters révélait également des discussions entre les États-Unis et le Maroc pour sécuriser leurs propres approvisionnements en engrais.
À mesure que les tensions géopolitiques redessinent les routes commerciales, l’Afrique pourrait ainsi s’imposer comme un acteur clé du marché mondial des fertilisants, au cœur des enjeux de sécurité alimentaire du XXIe siècle.





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