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Mauritanie : Une affaire de rétrocommission dénoncée à partir du Sénégal

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La Société mauritanienne de gaz (Somagaz), entreprise à capitaux majoritairement publics, traverse une mauvaise passe. Une enquête de la Police des crimes économiques tente de situer les responsabilités dans une affaire de rétrocommission de 120 millions d’ouguiyas (300.000 euros) révélée par la société sénégalaise Entreprise industrielle SA.

 

L’enquête a été ouverte suite à une plainte de la société sénégalaise Entreprise Industrielle adressée au président de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) pour dénoncer un avis du ministère du Pétrole et de l’Energie rendant «infructueux» le marché que la société sénégalaise dit avoir gagné face à plusieurs concurrents internationaux. Elle a déjà conduit à l’arrestation d’un jeune homme d’affaires représentant d’une société internationale agissant dans le domaine de l’approvisionnement en hydrocarbures et d’un haut cadre de la Somagaz.

Entreprise Industrielle ne voit d’autres raisons au revirement de la Somagaz, déclarant ne pas disposer des fonds nécessaires à l’exécution du marché, que son refus de verser 5% de commission à des intermédiaires mauritaniens venus à Dakar expressément pour lui réclamer une telle forfaiture !

Un marché de 6 millions d’euros

Selon la lettre adressée à l’ARMP, le 28 juin dernier, le marché d’un montant de 257 636 393 MRU (6 000 000 euros) concerne la construction en faveur de SOMAGAZ d’une sphère GPL de 3300 M3, la réhabilitation et la requalification de deux sphères de 2000 M3 chacune, la réhabilitation du réseau incendie, et la mise à niveau du système anti-incendie. Avec cette offre financière, Entreprise Industrielle avait coiffé au poteau 13 autres concurrents dont les proposions oscillent entre 7 millions et 10 millions d’euros.

Sur les réseaux sociaux (WhatsApp et Facebook), l’affaire fait également du bruit. L’ex directeur général de la Somagaz, Cheikh Ahmed Ould Zahav, relevé de ses fonctions il y a un mois, parle de cabale menée par des pro Mohamed Ould Abdel Aziz, l’ancien président mauritanien aujourd’hui arrêté. Le camp adverse, celui de la société sénégalaise, conduit par son représentant en Mauritanie, Ethman Taher, ancien directeur administratif de  la Somagaz reconverti en intermédiaire, parle de tentative de corruption avérée.

Un système de corruption bien huilé

Le représentant de la société sénégalaise lève aussi le voile sur d’autres pratiques en rapport avec d’autres « marchés » qui ont suivi la même voie « infructueuse » parce que, dit-il, « les responsables de la Somagaz n’y trouvent pas leur compte » ! Il cite un appel d’offres lancé en 2018 pour l’acquisition de 40.000 bouteilles. La société chinoise, qui présentait l’offre économiquement la plus avantageuse, est recalée pour une simple erreur dans l’adresse du client. Le marché requalifié en gré à gré a été donné à la société indienne Maurya pourtant arrivée 6ème dans le premier AO ! La  même société qui avait raflé par le passé dix marchés de même nature ! Maurya bénéficie aussi, miraculeusement, d’un avenant équivalent à 20% de l’offre initiale !

La société sénégalaise retrace dans sa lettre ce qu’elle considère comme une vieille habitude à la Somagaz et non pas un dangereux précédent : « Nous avons déjà effectué en 2008 une étude pour le compte du groupe allemand Friedlender qui a été consulté par la SOMAGAZ pour faire un cahier de charge concernant justement ces consultations. Nous nous sommes rendus sur place et nous avons fait une vérification technique approfondie sur les sphères, le réseau incendie et les installations annexes. Nous avions à l’époque été étonnés que la SOMAGAZ puisse continuer à travailler dans ces conditions. Ce n’est que par miracle qu’une catastrophe n’est pas intervenue ».

« Entreprise Industrielle » qui déclare avoir tiré à deux reprises la sonnette d’alarme, ajoute que « si des mesures immédiates ne sont pas prises des vies humaines payeront le prix et une bonne partie des installations de la zone portuaire va voler en éclat ».

Tenant compte de cet avis, douze ans plus tard, les autorités mauritaniennes viennent en effet d’ordonner l’arrêt de toutes activités dans ces installations à haut risque, selon l’expertise de la société sénégalaise. De son côté, la Commission de Régalement des Différends (CRD) relevant de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics a suspendu la procédure de passation du marché consterné jusqu’au prononcé de sa décision définitive.

EI a une expérience de plus d’un quart de siècle dans les installations pétrolières. Elle a son actif la réalisation d’études et d’infrastructures (pipelines, sphères, terminaux) au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Burkina Faso. En Mauritanie, elle avait déjà construit une unité de stockage de 50000 TM, à Nouadhibou, à l’intérieur de la raffinerie de pétrole, pour le compte du GIP (société de gestion des installations pétrolières), filiale de la Société mauritanienne industrielle et minière (SNIM).

Sneiba Mohamed

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