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Mauritanie. SNIM : 105 milliards de bénéfices, pas encore une santé de fer mais…

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La Société nationale industrielle et minière (SNIM) de Mauritanie vient de prendre, lors de la dernière session de son Conseil d’’administration, des mesures en faveur de son personnel, alors que son bilan pour l’année 2019 affiche un bénéfice net de 105 milliards d’ouguiyas. La société qui fait face à des difficultés financières et structurelles depuis 2014, semble donc retrouver le chemin de la croissance.

Les mesures prises par le CA tendent à faire bénéficier les travailleurs des fruits de la croissance, en attendant de pouvoir reverser, à nouveau, des dividendes aux actionnaires. Elles accordent 3 salaires aux cadres, 3,5 salaires pour les maîtrises et 4 salaires pour les ouvriers, en sus de 10 % d’augmentation au choix, pour tout le personnel en deux vagues (en juillet et en septembre 2020) et du renflouement de l’enveloppe sociale qui passe ainsi de 500 millions d’ouguiyas à 650 millions d’ouguiyas (soit une augmentation de 30%).

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SNIMCertes, la SNIM ne peut plus réaliser son ambition – démesurée ? – d’intégrer le top 5 mondial des exportateurs de minerai de fer à l’horizon 2025, avec une production annuelle de 40 millions de tonnes, mais semble sur la voie de retrouver la rigueur dans le management qui a toujours constitué l’une de ses forces depuis sa création en 1974, par la nationalisation des Mines de Fer de la Mauritanie (créées en 1952 pour exploiter les gisements de minerais de fer dans la région de la « montagne de fer » Kédia d’Idjil, près de Zouerate).

Il s’agit, à chaque fois, de saisir les opportunités. Celles que la SNIM a exploitées présentement sont «un cours du minerai de fer qui a dépassé les 110 dollars la tonne, atteignant son niveau le plus élevé depuis avril 2014 et qui «progresse désormais de plus de 50% depuis le début de l’année (2019), toujours soutenu par les perturbations de la production au Brésil», souligne le site spécialisé www.capital.fr. Mais, également, par les prix, en chute libre, des hydrocarbures à cause d’une demande atone pour cause de pandémie du coronsvirus (Covid-19).

Exportations en hausse

Ce vent favorable a permis à la SNIM de jouer à fond la carte de la production pour vendre plus et à prix raisonnable. La société a pu dépasser, certes légèrement, la production de 12 millions de tonnes, en 2019, mais si la tendance des prix se maintient, avec une offre d’environ 100 USD la tonne de minerai de fer, et un carburant presque donné, affichant des records historiques à la baisse (une chute de plus de 75 % depuis le début de l’année 2020), son bilan pourrait encore être meilleur fin 2020.

Les exportations du minerai de fer qui s’élèvent à 9.479 millions MRU sur le troisième trimestre 2019, sont en hausse de 6,9 % par rapport au trimestre précédent.

SNIMAu quatrième trimestre, elles enregistrent une baisse de 9,3 % par rapport au trimestre précédent, à 8 601,8 millions MRU. L’effet sans doute de la pandémie du coronavirus mais l’impact sur le bilan général de l’année 2019 est atténué par la bonne tenue des prix du fer durant les trois premiers trimestres : en comparaison à leur valeur il y a un an, les ventes ont augmenté de plus de 50%. Les principales destinations du fer mauritanien sont la Chine (60 %), le Japon (11,1 %) et l’Allemagne (10,9 %). En quantité, les exportations du minerai de fer qui ont dépassé 3 millions de tonnes sont en hausse de 4,9 % d’un trimestre à l’autre.

Au cours du trimestre, les exportations ont subi les effets négatifs d’un repli des cours du minerai de fer sur le marché international (-13,1 %). En effet, le cours moyen du fer s’établissait à 88,7 dollars US la tonne au quatrième trimestre 2019 contre 102,1 E.U au troisième trimestre 2019. En décembre 2019, le cours du minerai de fer se négociait à 93 dollars US la tonne sur le marché international.

Endettement et investissements non porteurs

Sur son site, la SNIM affiche une vingtaine de projets réalisés, en cours, ou abandonnés. Si certains de ces réalisations ont un caractère social évident, comme les hôpitaux de la SNIM à Zouerate et à Nouadhibou, et la modernisation des réseaux électriques de Zouerate, d’autres ont poussé la société à s’endetter sans véritablement tirer profit de ces investissements disparates : Immeuble de la SNIM à Nouakchott (cédé à la BCM), hôtel 5 étoiles Sheraton dont les travaux ont accusé un retard considérable. Annoncée en 2015, la construction de cet hôtel qui devait durer 24 mois, sont en phase de finalisation, comme indiqué dans un appel d’offres ouvert et international, en date du 04 mars 2020, pour des travaux de «Finition et décoration intérieure» pour cet établissement, premier du genre en Mauritanie, mais qui aura coûté à la SNIM la bagatelle de 60 millions de dollars US !

On se rappelle également que, le 22 novembre 2017, le conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a accordé un prêt de 50 millions de dollars US au profit de la Société nationale industrielle et minière de Mauritanie (SNIM). Le coût total du projet de dragage du chenal était évalué à 110 millions USD. Outre la BAD, il est également financé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la SNIM, respectivement à hauteur de 55 millions et de 5 millions de dollars.

La justification de cette opération: la SNIM cherche à « améliorer sa compétitivité. »  Accordé sur le guichet secteur privé de la BAD, le prêt devait permettre « le financement de l’approfondissement et de l’élargissement d’un chenal d’accès de 25 km au port minéralier de Nouadhibou », la capitale économique du pays. Mais problème : aucune trace de ce projet dans la nomenclature que la SNIM fait figurer sur son site officiel consultable ici  !

La réalisation du dragage du chenal a, notamment, pour objectif de permettre à la SNIM d’augmenter ses exportations de fer à travers le renforcement des infrastructures portuaires qui, à terme, seront en mesure d’accueillir des navires d’une capacité allant jusqu’à 230.000 tonnes, contre un maximum de 150.000 tonnes actuellement.

Avoir investi 15 millions d’euros (5 milliards d’ouguiyas) dans un siège de prestige à Nouakchott  était aussi, de l’avis de bon nombre d’experts, une grossière erreur.

Ce sont sans doute ces dépenses fastes et cet éparpillement qui ont « déréglé » les finances de l’entreprise dans un contexte économique mondial peu favorable.

Vent politique favorable

Deuxième employeur du pays, après l’État, avec environ 5000, la SNIM est un maillon essentiel de l’économie mauritanienne. Elle devrait renforcer sa position avec le vent politique favorable qui souffle sur le pays, depuis le départ d’Aziz. Contrairement à son prédécesseur, le président Ghazouani accorde aux responsables (ministres, directeurs, chefs de projets, etc.) une grande marge de manœuvre, dans les limites de leurs missions, mais insiste aussi sur l’impératif de résultats.

Le gouvernement possède actuellement 78 % de la SNIM et le reste appartient à cinq organisations financières et minières arabes (dont le FADES et la BID) qui continuent à exploiter les mines de minerais de fer de Zouérate. La Société nationale industrielle et minière représente 15 % du PIB de la Mauritanie et emploie environ 5 000 personnes.

Sur l’histoire de la mise en exploitation de la mine, « la première minéralisation d’hématite a été découverte à Kédia d’Idjill, en tant que crêtes proéminentes ou Guelbs. À la suite, deux corps massifs de minerais de magnétite, Guelb Rhein et Oum Arwagen ont été découverts juste à côté. Quelques années plus tard, le gîte de haute qualité de M’Houadat a été identifié et la production a commencé en 1991. Le gîte de M’Houadat comprend une crête d’une longueur de 14 km qui contient quatre corps hématitiques fortement inclinés, à forme de lentille et de haute qualité qui sont toujours en exploitation. Aussi en 1991, une minéralisation de haute qualité a été découverte à TO14 près de Tazadit dont la production continue aujourd’hui. En 1999 et 2000 la prospection s’est concentrée sur la délinéation des minéralisations profondes dans la zone de M’Houadat et Guelb Atomai à l’ouest de Zouerate. »

La SNIM occupe le second rang des producteurs africains de minerai de fer avec une capacité annuelle de 12 millions de tonnes. Les principaux clients sont en Chine et en Europe. Les produits sont des calibrés siliceux (XCB : 52 % pds Fe), des fines naturellement riches (XFC : 58 %, TZFC : 62 %, TZF : 64,5 %) et des concentrés (GMAB : 66 %).

L’économie de la Mauritanie reste très dépendante des industries minières qui représentent 30% du PNB et constituent plus d’un tiers des revenus fiscaux et non-fiscaux de l’Etat.  Le minerai de fer, l’or, le cuivre et le pétrole représentent 75% des exportations, et 80% de la totalité des investissements étrangers en Mauritanie concernent l’industrie minière.

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