Le Président Abdoulaye Wade a eu cent ans ce 29 mai 2026.
La coïncidence de cette date avec la fête de Tabaski explique que l’événement ait fait l’objet d’une moindre solennité pour l’instant.

Cependant, une telle longévité pour une personnalité d’exception est toujours l’occasion, pour ceux qui ont eu l’honneur et la chance de le côtoyer tant soit peu, de lui exprimer quelques marques de gratitude.
C’est ce que j’essaierai de faire dans ce narratif
Je suis tombé sous le charme de ce grand homme d’État, bardé de diplômes, quand un jour de l’année 2006, alors que je travaillais à l’Afreximbank au Caire comme senior directeur de département, je fus introduit auprès de lui à Dakar par sa conseillère économique, Mme Gnounka Touré, très professionnelle et affable, pour examiner la possibilité de faire de Dakar le siège du bureau régional Afrique de l’Ouest de l’Afreximbank.
Très vite, nos échanges se sont transformés en débats vivants sur les mécanismes de financement du développement du continent. Depuis lors, il a instruit cette respectée dame que je devais avoir un accès privilégié à lui pour, dira-t-il, me donner l’opportunité de le « challenger en toute liberté » sur les questions économiques et financières ; ce dont je ne me suis pas privé par la suite.
Quand je fus nommé Premier ministre en décembre 2008 par le Capitaine Moussa Dadis Camara pour diriger le gouvernement de transition militaire de l’époque, nos rapports prirent une dimension plus stratégique.
Lorsque je suis venu, en avril 2009, présenter les condoléances de la Guinée à l’occasion du décès de sa belle-fille, Aida Marème Karine, occasion au cours de laquelle il me fit le grand privilège de me communiquer les numéros par lesquels je pouvais accéder facilement à lui. Dieu sait que cela m’a été utile par la suite.
D’abord pour le convaincre d’effectuer une visite officielle en Guinée au moment où le pays était sous sanction, afin que sa stature et l’ascendance notoire qu’il avait sur le CNDD puissent ouvrir un canal de communication privilégié avec la communauté internationale. Peu de gens ont compris à l’époque l’avantage que le pays a tiré de cette visite.
Ensuite, j’ai dû recourir à sa grande ouverture d’esprit pour boucler les financements et diligenter les études du barrage hydroélectrique de Kaléta dont l’énergie serait répartie entre la Guinée, le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.
C’est également cette relation privilégiée que j’ai mise à profit pour gérer une partie de la suite du drame des événements tragiques du 28 septembre 2009. J’eus en effet recours à lui en début de soirée de ce jour fatidique pour qu’il accepte d’avoir un rendez-vous téléphonique avec le Capitaine Dadis Camara, afin que celui-ci me permette de me rendre à la clinique Pasteur où étaient retenus sous bonne garde les leaders des forces vives Celou Dalein Diallo, Jean-Marie Doré, François Lounceny Fall, Bah Oury, Sidya Touré et Mouctar Diallo ; dans le but de les ramener à leurs domiciles respectifs ce soir même. Ce qui fut fait, à l’exception de M. Cellou Dalein dont l’état de santé nécessitait qu’il restât encore sous soins médicaux.
Cette même particulière attention m’a permis, avec l’appui de la CEDEAO, que le Président Wade dépêche son avion quelques jours plus tard pour évacuer Cellou Dalein à Dakar. Ce jour-là, pour éviter toute entrave de dernière minute, je l’ai conduit moi-même de la clinique Pasteur à l’aéroport à bord de mon véhicule de commandement. Avec mon ministre des transports, M. Mamadi Kaba, j’ai supervisé personnellement son embarquement avec ses accompagnateurs à bord de l’avion sans son passeport que des policiers opportunistes voulaient soumettre à d’inutiles et tatillonnes vérifications.
Je terminerai la narration de l’attention très particulière que le Doyen Abdoulaye Wade a toujours prêtée à mes sollicitations pour évoquer l’aide qu’il m’a apportée le 3 décembre 2009 lorsque le Commandant Toumba Diakité a tiré sur le Capitaine Moussa Dadis Camara. Je me devais de prendre urgemment la situation en main, étant la plus haute autorité sur place ce jour-là au pays. Je le contactai sans hésiter.
Il fit immédiatement suite à ma demande en m’envoyant nuitamment une équipe médicale dont le diagnostic, au petit matin, m’amena à le déranger à nouveau pour qu’il autorise que cette même équipe médicale puisse convoyer sur le Maroc le Président Moussa Dadis grièvement blessé.
Le Doyen Abdoulaye Wade a en plus fait preuve de magnanimité à mon égard en instruisant les services du domaine et de l’urbanisme du Sénégal de m’attribuer une parcelle de terrain au quartier des Almadies, lorsqu’il a appris que j’avais exercé mes fonctions de Premier ministre sans salaire et sans budget, que j’avais été amené à vendre ma deuxième propriété à l’époque pour faire face à mes charges et que, pour des raisons d’éthique, j’avais décliné l’offre de mon successeur, Monsieur Jean-Marie Doré, pour l’attribution d’un terrain de l’État guinéen.
Je sais qu’à travers l’Afrique le Président Abdoulaye Wade a posé beaucoup d’actes salvateurs, sans parler de son propre pays qui lui doit d’avoir été l’inspirateur de la première vraie alternative démocratique.
C’est pourquoi, après avoir traversé tout un siècle, j’exprime mes souhaits sincères de santé pour ce grand baobab que le Sénégal a fourni à toute l’Afrique.
Kabiné Komara
Ancien Premier ministre de Guinée.
![Tribune | Anniversaire : les cent ans d’Abdoulaye Wade, mes relations personnelles et stratégiques avec ce grand homme [Par Kabiné Komara, ancien Premier ministre de Guinée] Cependant, une telle longévité pour une personnalité d'exception est toujours l'occasion, pour ceux qui ont eu l'honneur et la chance de le côtoyer tant soit peu, de lui exprimer quelques marques de gratitude.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/Maitre-Abdoulaye-Wade-320x180.jpg)
![Édito | Le transport aérien et ses sources de stress (Suite) [Par Jean-Louis Baroux] Les difficultés ne sont pas terminées. La première chose que voit le passager à son arrivée vers la salle d’embarquement est une queue. Sauf à être sur place depuis quelque temps pour prendre les premières positions dans la file, il faudra à notre client aller au fond de la queue et si, par hasard il a payé un accès privilégié, comme d’ailleurs beaucoup le font, il devra trouver où commence la file des prioritaires, laquelle est souvent aussi longue que la normale.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Avion--320x154.jpg)


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