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Miriem Bensalah Chaqroun, Présidente de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM)

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« Plusieurs industriels marocains n’exportent plus de produits finis en Afrique mais créent de la valeur sur place»

 

Influente et dynamique, Miriem Bensalah Chaqroun est une femme d’action qui préside la Confédération Générale des Entreprises du Maroc. Elle a été désignée, mardi 21 octobre dernier à New York, membre du Conseil d’administration de l’ONG US «Initiative for Global Development » (IGD). La patronne de patrons marocains est la première femme afro-arabe à siéger aux côtés de quatre autres nouveaux membres, dans ce directoire qui réunit un total de 10 CEO leaders de grands groupes internationaux africains et américains. Créée en 2003 et parrainée par les anciens Secrétaires d’Etat américains Madeleine Albright et Colin Powell, IGD est constituée d’un réseau de dirigeants de 80 compagnies opérant dans des secteurs à fort potentiel de croissance. Elle a pour objectif la lutte contre la pauvreté à travers la promotion de la croissance et l’investissement dans les pays en développement, notamment en Afrique. AFRIMAG l’a rencontrée ainsi que le Dr. Mima S. Nedelcovych, Président de IGD en marge de la cinquième édition du Sommet mondial de l’entrepreneuriat qui s’est tenu à Marrakech du 19 au 21 novembre 2014, la première en terre africaine. Les deux leaders ont bien voulu nous accorder cette interview.

Miriem Bensalah, Présidente de la CGEM

Miriem Bensalah, Présidente de la CGEM

AFRIMAG : Comment jugez-vous la situation de l’économie marocaine à un mois de la fin de l’année ?

Miriem Bensalah Chaqroun : La situation économique du Maroc est en constante progression. Cette amélioration est confirmée par les différentes agences de notations internationales et par un certain nombre d’indices macroéconomiques, notamment la réduction du déficit budgétaire.

Cette embellie est quelque peu confortée par l’engagement du projet de Loi de finances 2015 : 75% de la commande publique est adressée aux entreprises. C’est une décision importante à plus d’un titre eu égard au poids de l’investissement public dans la relance de l’économie nationale. Un tel relent économique ne peut qu’être favorablement accueilli par les opérateurs économiques dont le premier souci est de maintenir les emplois existants, mais également d’en créer de nouveaux massivement afin de renforcer la dynamique économique qui doit bénéficier à l’ensemble du pays.

Comment expliquez-vous cette résilience de l’économie marocaine au moment où ses principaux partenaires sont en stagnation ? D’où vous tirez vos forces ?

Nos forces prennent appui dans la vision de SM Le Roi Mohammed VI qui entend faire du Maroc un pays émergent de tranche supérieure. Cette philosophie économique se traduit dans les faits par une accélération des réformes, un meilleur climat des affaires et une multiplicité de partenariats pouvant contribuer au rayonnement du Maroc. Si l’Europe, notre principal partenaire, est encore dans une situation atone, il y en a d’autres qui se portent bien aujourd’hui. C’est le cas des Etats Unis d’Amérique, l’Asie et les pays arabes du Golfe, notamment. Notre implication dans le développement de notre  propre continent par le biais de la coopération Sud-Sud vient consolider cette nouvelle stratégie économique. C’est donc autant d’opportunités pour faire valoir le savoir-faire, le dynamisme économique et social qui caractérisent le Maroc. A cela, il faut ajouter le rôle actif de la société civile et des ONG qui arrivent avec des propositions innovantes pour accompagner l’entreprise.

Ceci étant, dans le domaine de la formation, les universités deviennent des partenaires de plus en plus proactifs avec le monde de l’entrepreneuriat pour améliorer les conditions d’employabilité et des opportunités de travail. Un dialogue social est également entamé et devrait aboutir- je l’espère- à la signature d’un pacte social pour une meilleure compétitivité de nos entreprises.  

Quel est, selon vous, le moral des patrons marocains ?

Le moral des patrons est intimement lié à la Confiance. Lorsqu’il existe une dynamique économique, source d’opportunités, nécessaire à la création d’entreprises qui est mise en place, alors les entrepreneurs redoublent de dynamisme .Le développement de nouveaux secteurs d’activités, de nouvelles sources d’énergie telles que le solaire ou l amélioration du climat des affaires ne peuvent qu’être positifs pour l’esprit et le moral des entrepreneurs.

Le Maroc est une destination industrielle de certains métiers mondiaux à haute valeur ajoutée (aéronautique, automobile, électronique, etc.), avec la présence des grands constructeurs mondiaux comme Bombardier, Renault… Mais à côté de ces fleurons, subsiste une industrie classique moins performante souffrant d’un manque de compétitivité. Le nouveau programme d’accélération industrielle lancé en avril dernier suffira-t-il à changer la donne ?

La compétitivité reste l’axe essentiel de notre tissu entrepreneurial. Une étude sérieuse sur la compétitivité de l’entreprise marocaine a été rendue publique par la Confédération que je préside récemment après 18 mois de travail. Il est intéressant de souligner que le gouvernement se soit imprégné de ce paradigme en apportant son soutien à la compétitivité avec le plan d’accélération industrielle. Nous avons un tissu industriel qui a besoin d’être compétitif et accompagné par des mesures concrètes. L’objectif affiché aujourd’hui est l’intégration de l’ensemble de l’économie. On le constate avec des nouveaux arrivants dans la métallurgie, la chimie-parachimie, l’agro-industrie, le textile… et surtout le solaire avec à la clé un transfert de technologies nouvelles et innovantes. Les industries de transformation ne sont pas en reste puisqu’elles créent beaucoup de valeur ajoutée. Le cas emblématique des entreprises qui gravitent autour de l’OCP en est un excellent exemple.

Tous les pays émergents se positionnent sur ces différents secteurs. Comment faites-vous pour tenir la dragée haute à la concurrence ?

Nous avons une consommation intérieure qui s’accroit, un climat des affaires qui s’améliore à travers le volet compétitivité et des entrepreneurs de très grande qualité. Il faut ajouter à ces atouts la simplification du process d’importation de matières premières, la formation professionnelle, une volonté affichée d’améliorer l’accès aux financements, etc. Ce sont des points qui permettent à une offre comme la nôtre d’être attractive.  

La relation du patronat marocain avec le chef du gouvernement n’a pas été un long fleuve tranquille. Pourquoi ?

C’est un jugement de valeur de votre part que je ne partage pas car nous ne sommes pas dans une configuration conflictuelle annoncée. Etre partenaire ne signifie pas être d’accord sur tout et la recherche du consensus ne doit pas être une fin en soi. Nous travaillons intensément et en bonne intelligence avec le gouvernement, les syndicats, et la société civile mais en faisant en sorte que notre voix soit audible, claire et sans décodage. Notre avis sur l’urgence de certaines réformes, ou sur les législations qui concernent l’Entreprise sont portés haut et fort par notre confédération. En étant des partenaires sérieux, cela nous permet de nous faire entendre. Nous sommes donc fiers d’être une force de propositions concrètes et crédibles.

Comment analysez-vous la difficulté à trouver un compromis sur la réforme des retraites ?

En ce qui concerne le secteur privé, nous sommes dans une dynamique qui tient. Nous avons une caisse de retraite qui fonctionne correctement. D’après l’étude actuarielle réalisée, nous sommes loin du déficit que connaissent aujourd’hui les caisses de retraite du secteur public.  

En tant que citoyen tout simplement, nous avons notre point de vue sur la gestion des retraites. Comment pourrait-on admettre que le régime des retraites soit fragilisé ou en « danger » ?  L’urgence donc est de travailler sur cette réforme. Ce que nous avons fait sur recommandation du CESE (Conseil économique social et environnemental) dans le cadre des négociations multipartites.

Le Maroc se rapproche de plus en plus de l’Afrique au sud du Sahara. Quelle analyse économique pourriez-vous faire sur ce rapprochement ?

Depuis son intronisation, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a  fait de l’intégration sud-sud une réalité et une priorité stratégique. Cela s’est traduit par la multiplication de ses visites dans le continent. Quatorze pays  ont déjà  été visités à plusieurs reprises par le Souverain. Et il a inscrit l’entreprise marocaine dans cette vision. Il est clair que nous faisons partie d’un continent jeune qui a des perspectives de croissance incontestables.

Le Maroc, géographiquement est proche de l’Europe. Il est aussi proche des Etats Unis sur la partie ouest de l’Atlantique. Cette proximité et le développement économique que nous enregistrons depuis plus d’une décennie expliquent en partie les accords de libre-échange que nous avons signés avec un certain nombre des nations dont les Etats Unis d’Amérique et les pays arabes du Golfe arabique. Ceci nous positionne en tant que hub idéal pour toutes ces raisons.

En Afrique, les entreprises marocaines sont présentes aujourd’hui dans de nombreux secteurs d’activité. Cela va de la banque aux assurances en passant par les télécom, les BTP, l’agroalimentaire, le pharmaceutique, le textile…

Plusieurs industriels marocains n’exportent plus de produits finis en Afrique mais créent de la valeur ajoutée industrielle sur place. Dans le cadre de l’amélioration des affaires, quand il y a des accords de non double imposition cela facilite les échanges. Il faut souligner que le Maroc est le premier pays africain à permettre aux Investissements directs étrangers (IDE) de transférer la totalité de leurs bénéfices après impôts dans la transparence la plus totale.

Cadre fiscal avantageux, coûts compétitifs de la main-d’œuvre, performance économique… des arguments pour attirer les investisseurs. Pourquoi les hommes d’affaires africains, et ils sont nombreux qui comptent pourtant à l’échelle mondiale, n’investissent pas au Maroc ?

Nuance s’il vous plait, ils n’investissent pas encore massivement au Maroc…. Mais nous sommes des gens patients et nous allons les convaincre par des faits. Au Maroc et sur le continent, notre système bancaire et financier est performant, régulé et normé. La justification de l’existence de Casablanca Finance City (CFC) est largement expliquée par ces bons points enregistrés par le système financier marocain. Pour l’industrie, nous savons que notre continent se doit d’améliorer le secteur de la transformation et le Maroc est l’un des pays en Afrique qui transforme le plus. Je suis donc persuadée que notre opiniâtreté et nos résultats finiront de convaincre les magnats africains dont vous parlez, de s’intéresser à nous autant que nous nous intéressons à leurs pays.

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