Le Sénégal se dote d’une armure numérique. Face à la vague croissante de cyberattaques et de fraudes en ligne qui secouent le continent, Dakar a décidé de passer à l’offensive. Le 13 août dernier, le ministère des Télécommunications et du Numérique a déposé devant l’Assemblée nationale un projet de loi de grande envergure : la protection des infrastructures d’information critiques et la sécurité numérique. L’objectif ? Bâtir un bouclier juridique et technique autour des systèmes qui font tourner l’État.
Ce texte, examiné par une intercommission des commissions des Lois et de la Culture, ne fait pas dans la demi-mesure. Il prévoit la création d’une Autorité nationale de cybersécurité, d’un CERT national — cette équipe d’intervention d’urgence en cas de crise informatique — mais aussi de CERT sectoriels et de Security Operations Centers (SOC), chargés de surveiller les réseaux, d’identifier les menaces et de coordonner la riposte. Autant de nouvelles structures qui devront veiller au grain, détecter les intrusions et réagir lorsqu’une infrastructure stratégique est visée.
Pour les autorités, cette architecture doit permettre de « renforcer la capacité à surveiller, détecter et répondre aux incidents à différents niveaux ». Un impératif qui s’impose alors que la transformation numérique du pays s’accélère et que les usages des services télécoms et numériques s’accompagnent d’une progression des fraudes en ligne.
Quand la cybercriminalité frôle les 4 000 cas par an
Les chiffres disponibles donnent la mesure du phénomène, sans toutefois en révéler toute l’ampleur. Selon le rapport annuel de la Police nationale sénégalaise, 3 794 infractions liées à la cybercriminalité ont été constatées en 2025, contre 3 902 un an plus tôt. Une légère baisse en apparence, mais ces données ne reflètent que ce qui a été porté à la connaissance des forces de l’ordre. Le volume réel de la cybercriminalité dans le pays reste largement sous-estimé, notamment les attaques qui ne font pas l’objet d’un signalement.
Les institutions publiques elles-mêmes n’échappent pas à la menace. Plusieurs administrations ont été ciblées ces derniers mois : le Trésor public en mai 2026, le service chargé de la délivrance des cartes nationales d’identité en février 2026, et la Direction générale des impôts et des domaines en octobre 2025. Chaque fois, ce sont des services essentiels pour des millions de Sénégalais qui ont été perturbés.
Un enjeu qui dépasse la simple sécurité informatique
Au-delà de la protection des systèmes d’information, la cybersécurité s’impose désormais comme un levier économique et stratégique. L’Union internationale des télécommunications (UIT) rappelle régulièrement aux États la nécessité de renforcer leurs capacités dans ce domaine pour tirer pleinement parti des technologies de l’information et de la communication.
Pour le Sénégal, l’enjeu est d’autant plus crucial que le numérique est appelé à prendre une place croissante dans l’économie. Selon la GSMA, le secteur pourrait générer jusqu’à 1 100 milliards de francs CFA, soit environ 1,9 milliard de dollars, de valeur ajoutée à l’horizon 2030. La sécurisation de cet écosystème devient dès lors une condition sine qua non à son développement. Une attaque contre une infrastructure critique, une administration ou un opérateur numérique peut en effet dépasser le simple préjudice technique pour affecter directement l’activité économique et la confiance des usagers.
Des fondations solides, mais un escalier encore à gravir
Le Sénégal n’est pas parti de zéro. Dans le « Global Cybersecurity Index 2024 » de l’UIT, le pays se situe au niveau trois sur cinq, avec un score de 67,17 sur 100. L’organisation relève des résultats relativement solides dans les domaines des mesures légales et techniques ainsi que de la coopération. Des progrès restent cependant nécessaires sur les volets organisationnel et du développement des capacités.
La création d’une Autorité nationale de cybersécurité et le renforcement du dispositif de réponse aux incidents pourraient marquer un tournant. Pour Dakar, le défi sera désormais de transformer cette architecture institutionnelle en capacités opérationnelles concrètes, alors que l’accélération du numérique élargit dans le même temps la surface d’exposition du pays aux cyberattaques.





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