La Development Finance Corporation (DFC) a mis 155 millions de dollars sur la table pour entrer au capital de West Indian Ocean Cable Company (WIOCC), opérateur de câbles sous-marins et d’infrastructures de connectivité en Afrique, basé en Afrique du Sud, qui fournit des capacités de télécommunications aux opérateurs télécoms, fournisseurs de cloud et grandes entreprises du continent. Un geste qui en dit long sur l’appétit américain pour les infrastructures numériques africaines — et sur sa volonté de contenir l’influence chinoise sur le continent.
L’annonce est tombée mercredi 16 septembre, sans grand tapage mais avec un montant qui parle de lui-même. La DFC, bras armé financier de Washington pour les investissements dans les pays en développement, s’engage au capital de WIOCC Group, opérateur panafricain d’infrastructures numériques basé en Afrique du Sud. Selon les informations relayées par Reuters, l’opération pèse 155 millions de dollars — un chiffre présenté par l’institution américaine comme son plus important investissement en fonds propres à ce jour.
Fibre, câbles sous-marins et data centers dans le viseur
L’argent frais doit permettre à WIOCC d’accélérer le développement de ses réseaux de fibre optique, de renforcer ses capacités en matière de câbles sous-marins et d’étoffer son offre de centres de données à travers le continent. Dans son communiqué, la DFC ne cache pas ses arrière-pensées géostratégiques : l’investissement « s’inscrit dans la droite ligne des intérêts stratégiques des États-Unis, qui visent à soutenir les hyperscalers américains et l’écosystème technologique américain, tout en élargissant l’accès à une infrastructure numérique sécurisée, abordable et résiliente sur l’ensemble du continent africain ».
Traduction : au-delà du coup de pouce à WIOCC, c’est bien la présence des géants technologiques américains sur le marché africain que Washington entend consolider.
La hantise chinoise
Car l’opération ne se joue pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une compétition de plus en plus vive pour le contrôle des infrastructures numériques du continent, où les équipementiers chinois — Huawei en tête — occupent une position dominante. Selon des données de Counterpoint Research citées par Reuters, le groupe chinois pèserait à lui seul environ 52 % du marché africain des infrastructures 5G.
Face à ce constat, les États-Unis multiplient les initiatives pour proposer des alternatives crédibles. Cinq jours avant l’annonce concernant WIOCC, le 11 septembre, Washington avait déjà accordé un prêt de près de 100 millions de dollars à Africell, opérateur à capitaux américains implanté dans quatre pays du continent, afin de financer l’acquisition d’équipements auprès de fournisseurs américains et alliés plutôt que chinois.
WIOCC, valeur montante des infrastructures panafricaines
L’intérêt de la DFC pour WIOCC ne relève pas du hasard : le groupe est en pleine phase d’expansion. Début septembre déjà, il avait bouclé un tour de table de 300 millions de dollars auprès d’Africa Finance Corporation et de Vision Invest, destiné à développer ses réseaux de fibre terrestre, ses centres de données ainsi que certains de ses actifs sous-marins.
Avec ce nouvel apport américain, WIOCC voit donc ses moyens renforcés à un moment charnière, où la demande africaine en cloud, en stockage de données et en capacités liées à l’intelligence artificielle explose. De quoi consolider sa position d’acteur incontournable des infrastructures numériques panafricaines — et, pour Washington, un pion de choix dans sa partie d’échecs technologique face à Pékin.











