Le président tchadien Mahamat Idriss Déby a signé, ce vendredi 14 août, un décret de grâce collective en faveur de Succès Masra et de huit autres responsables politiques. Cette décision, rendue publique sur la page officielle de la présidence, met un terme à leur incarcération et entraîne la « remise totale des peines privatives de liberté » pour l’ensemble des condamnés.
Succès Masra, économiste de 42 ans et figure de proue de l’opposition tchadienne, était détenu depuis plus d’un an. L’ancien chef du gouvernement, également président du parti Les Transformateurs, avait été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » ainsi que pour « complicité de meurtre ». Aux côtés de lui, huit dirigeants membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), la principale plateforme d’opposition, purgaient depuis le mois de mai une peine de huit ans de prison ferme. Ils avaient été reconnus coupables d’avoir fomenté une insurrection.
Cette mesure de clémence a été saluée par le camp de l’opposant. « Nous remercions le président de la République d’avoir bravé les obstacles et choisi d’avancer dans l’esprit de l’unité nationale qui est en train de naître », a réagi le Dr. Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti Les Transformateurs, avant d’ajouter : « nous espérons enfin nous asseoir autour d’une table pour faire avancer la paix. »
La trajectoire de Succès Masra est marquée par les turbulences de la vie politique tchadienne. Contraint à l’exil au Cameroun à la fin de l’année 2022, après la répression sanglante d’une manifestation dont les autorités n’ont jamais communiqué le bilan, il était rentré au pays un an plus tard à la suite d’un accord négocié à Kinshasa. Nommé Premier ministre quelques mois plus tard, il avait ensuite participé à l’élection présidentielle de mai 2024, où il s’était classé deuxième avec près de 20 % des voix, loin derrière Mahamat Idriss Déby, réélu avec environ 60 % des suffrages. Un scrutin dénoncé par une grande partie de l’opposition et entaché de contestations.
Le Tchad, pays d’Afrique centrale peuplé de près de 20 millions d’habitants, est dirigé depuis 2021 par Mahamat Idriss Déby. Celui-ci avait pris les rênes d’une junte militaire à la suite de la mort de son père, le maréchal Idriss Déby Itno, tué au combat par des rebelles après trois décennies de pouvoir sans partage.
Avec AFP





Tchad





