«Là où les racines de la tradition restent vivantes, le grand arbre Afrique, si dangereusement secoué par les vents contraires, peut plier, mais ne pas rompre.»

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L’Afrique, un continent grand comme trois fois l’Europe ou plus d’une fois et demie l’Amérique du Sud. Nous sommes face à la démesure, nous regardons avec émerveillement la luxuriance imaginative et juvénile de ses peuples.
Tombé dans l’oubli, le père jésuite Éric de Rosny, est né d’une famille noble française, il a vécu un demi-siècle en Afrique, notamment à Douala, témoin privilégié de l’évolution de la société camerounaise.
Éric de Rosny s’enracine en apprenant les langues du Cameroun, jusqu’à devenir un «homme souche.» Plus encore, il devient nganga, c’est-à-dire désorceleur, ou plutôt «tradipraticien», au gré de rencontres avec des hommes et des femmes aux yeux ouverts sur les ndimsi, les réalités cachées. Celui qui a tôt pratiqué les exercices spirituels d’Ignace de Loyola perfectionne sa vision et la met au service de ses contemporains.
Fort de cette expérience, le prêtre jésuite se fait alors anthropologue, et révèle les péripéties de son initiation et les arcanes de la médecine traditionnelle et sacrée du Monde bantou.
Sage et homme-souche
De son initiation, un jour, il est surpris en écoutant la radio de «voir» des hommes s’entre-tuer : «Des images intérieures montaient de mes yeux, associées aux paroles que j’entendais. J’entrais ainsi dans le cercle des visionnaires qui ont “quatre yeux », un privilège rare, dévolu à certains ngangas.» Depuis lors, l’initiation lui permet de voir, par brusques éclairs d’images, cette violence permanente qui hante les relations entre les êtres. À la fin de sa vie, il est consacré par le peuple Sáwá beyoum ba bato, c’est-à̀-dire sage et homme-souche.
À travers ses ouvrages, Éric de Rosny s’efforce de faire voir – presque sentir – ce qu’il découvre, sans cacher la difficulté́ des rencontres et les multiples questions qui se posent à lui en tant qu’anthropologue et jésuite. Sa préoccupation essentielle est de répondre à la souffrance physique ou morale, en s’appuyant sur ce qu’il a appris par son initiation au « monde invisible » et à la « double vue », auxquels il articule ses recherches et sa vie religieuse.
À l’image du Sage Amadou Hampâté Bâ, ethnologue et défenseur de l’oralité, le Père jésuite consigne tout ce qui risquerait de s’oublier de la mémoire culturelle et, avec des chercheurs africains, il conduit des travaux en botanique, en droit, mais aussi sur les grands récits de la Tradition bantou.
La compréhension de l’héritage culturel est mise constamment en défi, non sans angoisse et parfois avec violence, par les bouleversements majeurs, en cause la modernité débridée occidentale : exode urbain, extension de la médecine des hôpitaux, système judiciaire importé, nouveaux mouvements religieux, transformation des relations familiales. Il observe aussi l’attrait croissant de la migration internationale…
Pour conclure, en 1970, les Pères fondateurs (Cambodge, Niger, Sénégal et Tunisie) de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (A.C.C.T.), ultérieurement l’Organisation Internationale de la Francophonie l’O.I.F.) a, dès l’origine reconnu et souhaité préserver la diversité linguistique et culturelle comme un atout et une richesse. La Francophonie est avant tout une terre de diversités ayant la langue française comme trait d’union, ceci dans un dialogue pacifique et fécond au développement des peuples.
À quand des diplomates, des hommes d’affaires, des intellectuels, des chercheurs… s’exprimeront à nouveau dans les langues nationales, régionales respectives des 54 pays africains ?
J’aime à me rappeler une pensée de l’épistémologue Gaston Bachelard «Le langage est aux postes de commande de l’imagination.»
Lecture
L’intégrale «Cultures et Guérisons » d’Éric de Rosny
par Anne-Nelly Perret-Clermont, Jean-Daniel Morerod et Jérémie Blanc.
2022, Livreo-Alphil, Coffret avec 3 tomes, 1264 p.
Ouvrages couronnés du Prix Castex de l’Académie française
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