Il n’y a pas si longtemps, la Turquie était insignifiante dans le paysage aérien. Seule sa compagnie nationale, Turkish Airlines (Turk Hava Yollari Anonim Ortakligi), maintenait le pavillon national, et sa réputation était pour le moins quelconque, entachée par un crash dans la forêt d’Ermenonville, au nord de Paris. C’était, si je ne m’abuse, en 1974. Depuis, les choses ont bien changé.

Cela a commencé avec la nomination de Temel Kotil à la tête de la compagnie au début des années 2000. Celui-ci, largement appuyé par son gouvernement, a donné un souffle nouveau à son opérateur. Cela correspondait au moment où les compagnies du Golfe, et particulièrement Emirates, avaient fait la preuve qu’un très bon produit, adossé à des installations aéroportuaires de grande qualité, pouvait capter une clientèle pour laquelle une correspondance pour bénéficier des facilités d’un « hub » était tout à fait acceptable.
L’aéroport, catalyseur de la croissance
Restait pour la Turquie à disposer d’un tel outil. Or l’aéroport historique d’Istanbul était facilement saturé et ne permettait pas de supporter les grandes ambitions de son transporteur national. La décision de créer un nouvel aéroport a été le véritable facteur déclencheur de la croissance aéronautique turque. Il faut dire que le pays n’y a pas été de main morte. Les nouvelles installations de l’aéroport Atatürk d’Istanbul ont été pensées pour traiter une capacité de 150 millions de passagers, soit deux fois la jauge de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, alors la plus grande plateforme européenne. Certes, développer un tel ensemble nécessitait un très grand espace et imposait un fort éloignement d’Istanbul. Mais cela n’a pas arrêté les promoteurs de l’opération, et le pari s’est révélé gagnant.
Une stratégie de hub ambitieuse
Fort de ce nouvel outil, la compagnie pouvait envisager une forte croissance en suivant la stratégie des opérateurs du Golfe, qui avaient prouvé la réussite d’un système de correspondances à condition de fournir un très grand nombre de destinations et une architecture pensée pour faciliter les correspondances. L’arrivée sur le marché mondial de cette nouvelle plateforme a coïncidé avec la déferlante asiatique, et la compagnie nationale turque a été au rendez-vous, non seulement en multipliant les dessertes, mais en fournissant un rapport coût/prestations tout à fait convenable. Aujourd’hui, la compagnie possède 499 appareils, dont 97 dans sa filiale Ajet, et a transporté plus de 85 millions de passagers en 2025.
Et dans la foulée du transporteur historique, de nouveaux opérateurs sont apparus : SunExpress, qui s’est allié au groupe Lufthansa, et Pegasus Airlines, deux transporteurs « low-cost » qui ont largement fait leur place en Europe.
Istanbul, nouveau hub mondial
D’ores et déjà, l’aéroport d’Istanbul a pris une place majeure dans le transport aérien international, largement comparable aux « hubs » historiques du Golfe, lesquels sont pour le moment très handicapés par une situation géopolitique dont ils subissent les conséquences néfastes sans en avoir été les acteurs. Voilà qui a contribué à la prospérité des compagnies turques, même si l’on peut espérer le retour au calme dans la situation politique dans le Golfe.
Une expansion qui rappelle l’Empire ottoman
Et puis on voit maintenant arriver une phase offensive de la Turquie sur l’Europe, avec la prise de contrôle de Czech Airlines par Pegasus Airlines, laquelle vise également le hongrois Smartwings. Voilà qui est nouveau et démontre, s’il en était besoin, la bonne santé et les fortes ambitions turques sur les opérateurs européens. Cela ressemble fortement à un pied de nez de ce pays envers les autorités européennes qui font traîner son adhésion à la Communauté européenne, pour ne pas dire plus.
Le transport aérien est devenu une arme pacifique pour réaliser une nouvelle expansion d’un pays qui ne rêve que de retrouver la position dominante de l’Empire ottoman. Cela démontre l’importance du transport aérien, non seulement pour développer les échanges économiques et culturels, mais également pour obtenir, sans avoir recours à des armes destructrices, une influence étendue sur certaines grandes régions géographiques.
L’aveuglement européen
Les pays européens ne semblent pas avoir pris en compte l’avantage qu’ils pourraient tirer d’un transport aérien puissant, si l’on en juge par les mesures fiscales et écologiques toutes destinées à affaiblir un secteur d’activité pourtant si utile, comme la Turquie peut en faire la démonstration.
![Édito | Transport aérien : la Turquie mange l’Europe [Par Jean-Louis Baroux] Cela a commencé avec la nomination de Temel Kotil à la tête de la compagnie au début des années 2000. Celui-ci, largement appuyé par son gouvernement, a donné un souffle nouveau à son opérateur. Cela correspondait au moment où les compagnies du Golfe, et particulièrement Emirates, avaient fait la preuve qu'un très bon produit, adossé à des installations aéroportuaires de grande qualité, pouvait capter une clientèle pour laquelle une correspondance pour bénéficier des facilités d'un « hub » était tout à fait acceptable.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/10/Bbbbbbb-320x180.jpg)



![Édito | Transport aérien : la Turquie mange l’Europe [Par Jean-Louis Baroux] Cela a commencé avec la nomination de Temel Kotil à la tête de la compagnie au début des années 2000. Celui-ci, largement appuyé par son gouvernement, a donné un souffle nouveau à son opérateur. Cela correspondait au moment où les compagnies du Golfe, et particulièrement Emirates, avaient fait la preuve qu'un très bon produit, adossé à des installations aéroportuaires de grande qualité, pouvait capter une clientèle pour laquelle une correspondance pour bénéficier des facilités d'un « hub » était tout à fait acceptable.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/10/Bbbbbbb.jpg)
Turquie (Türkiye)




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