Comment transformer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en marché réellement opérationnel ? Dans un rapport publié ce vendredi 28 août à Addis-Abeba, intitulé Integrating Africa : From Threads to Hubs, la Banque mondiale trace une feuille de route : passer de simples liens commerciaux à de véritables pôles de production régionaux.
Le document, lancé avec la Commission de l’Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), chiffre notamment à 60 % la part des coûts commerciaux que les pays peuvent réduire seuls, par des réformes internes.
Des réformes internes avant de nouvelles négociations
Le constat du rapport est clair : le commerce intrarégional ne représente aujourd’hui qu’environ un cinquième des exportations de l’Afrique subsaharienne. Pourtant, les gisements de croissance existent, et une bonne partie ne dépend pas de laborieuses négociations entre États. Selon la Banque mondiale, près de 60 % des coûts commerciaux estimés relèvent de mesures unilatérales ou internes : lourdeurs douanières, faiblesses logistiques, restrictions de transport, fragmentation des normes, obstacles dans les services et carences d’infrastructures.
Les leviers identifiés sont connus : guichets uniques électroniques, inspections calibrées sur le niveau de risque, concurrence accrue sur les marchés du fret, règles d’origine simplifiées, institutions de normalisation renforcées et ouverture des services de transport, financiers et professionnels. Autant de mesures à même de réduire les coûts sans attendre l’aval des partenaires régionaux. Le rapport va plus loin sur les services : une libéralisation plus poussée du transport, des télécommunications, de la finance et des professions réglementées pourrait accroître le commerce des services au sein de la ZLECAf de 60 à 64 % d’ici 2035, avec à la clé des échanges intrarégionaux renforcés et des emplois plus nombreux et de meilleure qualité.
Quatre priorités pour bâtir des pôles de production
L’institution de Washington articule ses recommandations autour de quatre axes qui se renforcent mutuellement : développer des chaînes de valeur régionales reliant la production au-delà des frontières, réduire les frictions commerciales et réglementaires, approfondir et faire respecter les accords commerciaux régionaux, et fournir des biens publics régionaux — corridors de transport, marchés de l’électricité, réseaux numériques et systèmes de paiement. L’enjeu est industriel autant que commercial : les échanges entre pays africains portent des chaînes de valeur plus diversifiées et plus manufacturières que les exportations vers les marchés mondiaux, toujours concentrées sur les matières premières.
« L’Afrique dispose d’un accord de libre-échange continental. Aujourd’hui, tout l’enjeu réside dans sa mise en œuvre », souligne Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Est et australe, qui évoque un marché continental de 54 économies et 1,5 milliard d’habitants. Même tonalité du côté de l’Union africaine : « Aucune institution ne peut porter seule le chantier de l’intégration de l’Afrique », déclare son Excellence Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission, appelant États membres, communautés économiques régionales et secteur privé à traduire les cadres continentaux en investissements concrets.
Reste à mesurer les progrès à l’aune de résultats tangibles : délais de franchissement des frontières raccourcis, coûts logistiques en baisse, barrières non tarifaires éliminées, reconnaissance croisée des qualifications et des normes. C’est à ce thermomètre-là, et non aux engagements signés, que la ZLECAf prouvera qu’elle fait vivre entreprises et citoyens.





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