fbpx

Afrique : Les ravages de la résistance aux antibiotiques 

Pinterest LinkedIn Tumblr +

«L’antibiorésistance est la plus grande menace sanitaire mondiale», alertait déjà en 2016 l’économiste britannique Jim O’Neill après avoir piloté un rapport sur le sujet à la demande du gouvernement de Sa Majesté.

Six ans après, une étude parue récemment dans la revue «The Lancet» confirme l’ampleur du désastre. Contrairement au rapport de 2016, qui ne reposait encore que sur des projections, l’étude du «Lancet» livre pour la première fois, chiffres réels à l’appui, la photographie des ravages de l’antibiorésistance dans le monde», souligne Laurence Choulier, chercheuse au CNRS qui intervenait à un colloque organisé le 16 mars dernier à Strasbourg.

Les auteurs de l’étude du «Lancet» ont, pour l’année 2019, collecté les données fournies par pas moins de 204 pays et territoires, et ce sur une large gamme de 23 pathogènes et 88 combinaisons pathogène-traitement différents. Et les conclusions de cette recension exhaustive, première du genre, font froid dans le dos : La résistance aux antibiotiques a directement causé la mort de 1,27 million de personnes, soit un tribut deux fois plus que la mortalité due au paludisme.

La résistance aux antibiotiques représente 16,4 décès pour 100.000 dans le monde avec cependant de fortes disparités régionales. Dans les pays à hauts revenus tels ceux de l’Europe de l’Ouest ou de l’Amérique du Nord, où ce taux s’établit à 13 décès pour 100.000, l’antibiorésistance résulte d’une surconsommation d’antibiotiques. Mais c’est bien dans les pays pauvres, où les antibiotiques, loin d’être surconsommés, font au contraire défaut, que l’antibiorésistance fauche le plus de vies : l’Afrique subsaharienne est la région la plus touchée avec 27,3 décès pour 100.000, suivie de l’Asie du Sud (25,1).

Cette plus grande fragilité des pays pauvres, où l’accès aux médicaments comme à l’eau potable n’est pas toujours garanti et les mauvaises conditions d’hygiène plus répandues qu’ailleurs, résulte en particulier de la conjonction de deux facteurs. D’une part, un usage de ces médicaments qui n’est pas toujours optimal : il peut arriver que l’on prescrive une durée de traitement trop courte pour pallier la pénurie de tel antibiotique, mais cela favorise l’apparition de résistances. D’autre part, la forte concentration humaine rencontrée dans des situations aussi diverses que les camps de réfugiés, les bidonvilles, les hôpitaux surchargés et insalubres, etc. et qui démultiplie la dissémination de ces mêmes résistances.

 

Partager.

Répondre