Le rendement des fonds propres des banques opérant sur les cinq plus grands marchés bancaires du continent- Afrique du Sud, Maroc, Nigéria, Kenya et Egypte- a reculé de 2,6 points de pourcentage depuis 2016, sous l’effet combiné de la baisse des marges et du maintien des coûts d’exploitation à des niveaux élevés.
Malgré un rebond de leurs bénéfices depuis 2021, les banques africaines peinent à inverser le processus de décrochage de leur rentabilité apparue bien avant la pandémie du Covid-19 en raison notamment d’un ratio coût/revenu très élevé, s’alarme le cabinet de conseil en stratégie McKinsey dans une étude qu’il vient de publier. Ses auteurs soulignent que, depuis le début de 2022 et malgré les incertitudes macroéconomiques, les revenus des banques africaines sont désormais supérieurs aux niveaux pré-pandémie, «grâce à des augmentations de volumes soutenues, des taux d’intérêt plus élevés et des coûts du risque stables». Pour autant, le rendement des fonds propres (ROE) reste encore un à deux points de pourcentage en dessous des niveaux d’avant pandémie. Les banques kényanes sont les seules à échapper à ce coup de mou, relèvent les analystes de McKinsey.
En réalité, souligne le cabinet-conseil, cette tendance baissière de la rentabilité est antérieure à la crise sanitaire. Le ROE des banques est en baisse constante depuis 2016 sur les cinq plus grands marchés bancaires du continent : Afrique du Sud, Egypte, Kenya, Maroc et Nigeria. Ce ratio, qui mesure la rentabilité des capitaux propres que les actionnaires mettent à disposition, a diminué en moyenne de 2,6 points de pourcentage au cours des six dernières années.
Ce chiffre masque des disparités entre les différents pays. L’Egypte a enregistré la plus forte baisse (-9,5 points), suivie par l’Afrique du Sud (2,7 points) et le Maroc (2,1 points).
Partant de très bas, le Nigeria est le grand marché africain à avoir connu une augmentation du ROE de son secteur bancaire depuis 2016 (+3,6 points de pourcentage), sous l’effet d’une baisse du coût du risque consécutive aux réformes économiques, d’une remontée des prix du pétrole, d’un assouplissement précoce des restrictions sanitaires et des mesures de restructuration décidées par Banque centrale.
Les consultants de McKinsey expliquent le coup de froid sur la rentabilité de banques par plusieurs facteurs : le recul des revenus nets d’intérêts, la pression à la baisse des taux d’intérêt et la diminution des marges de frais et de commissions due à une concurrence accrue et à la numérisation à marche forcée des services bancaires.
Dans le même temps, les coûts d’exploitation sont restés constants. Par exemple, au Maroc, les coûts d’exploitation moyens de 2016 à 2021 sont restés stables autour de 2,3 %, tandis que les revenus nets d’intérêts ont diminué de 2 % à 1,8 %. Cela a contribué à faire baisser le rendement des fonds propres moyen de 9,2 % en 2016 à 7,1 % en 2021.
L’analyse de McKinsey montre en effet que les banques opérant sur la plupart des marchés africains ont des ratios coût/revenu très élevés. A l’échelle continentale, le ratio moyen coût/actifs est compris entre 4 et 5 %, soit un niveau deux fois plus élevé que la moyenne mondiale.
Les pistes pour rebondir
Pour améliorer leur rentabilité, les banques africaines devraient s’attaquer aux divers blocages en matière de productivité, en procédant à des révisions de leur structure de coûts et en réinventant leurs modèles d’exploitation, suggère McKinsey. Le cabinet de conseil en stratégie voit six domaines où une meilleure allocation des ressources pourrait contribuer à améliorer la productivité, tout en apportant une valeur ajoutée aux clients. Il s’agit en premier lieu de développer les canaux numériques dans le métier de la banque de détail pour réduire le coût des services. Actuellement, l’adoption de canaux de distribution digitalisés se situe entre 25 et 30% en Afrique contre 50% en Asie et en Amérique latine. Une numérisation de bout en bout des processus pourrait se traduire par une réduction de 30 % du coût des services par rapport aux agences, relèvent les consultants de McKinsey.
La deuxième piste à creuser concerne le renforcement de la digitalisation du middle-office et du back-office. Dans ce chapitre, des opérations automatisées pilotées par l’intelligence artificielle pourraient se traduire par réduction des coûts de 40 à 60%.
Par ailleurs, les banques africaines devraient intensifier leurs investissements dans les technologies afin d’automatiser les tâches manuelles et accélérer la migration des applications et des infrastructures informatiques vers le cloud.
Dans le domaine des « fonctions Support », McKinsey recommande aux banques d’externaliser leurs opérations à un centre de services partagés ou bien de les automatiser complètement grâce aux bots et à des logiciels de machine learning.
Par ailleurs, les banques gagneraient à introduire plus de flexibilité dans la gestion de leurs actifs immobiliers en offrant à leurs employés la possibilité de travailler à domicile grâce à la migration vers les plateformes de cloud computing ou encore en renégociant les baux des agences.
Enfin, McKinsey conseille aux banques du continent d’utiliser des techniques d’intelligence artificielle dans la fonction Approvisionnement, notant qu’elles peuvent par exemple utiliser la reconnaissance optique de caractères et le traitement automatique du langage naturel pour payer les fournisseurs ou encore des outils de machine learning pour améliorer le coût de gestion de la trésorerie dans les agences et les distributeurs automatiques de billets.











