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Bedoumra Kordje, candidat à la présidence de la Banque africaine de développement

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« La BAD a besoin d’un leader ayant une vision doublée d’un bon gestionnaire»

Bedoumra Kordje, actuel ministre tchadien des Finances et du budget, est candidat à la Présidence de la Banque africaine de développement (BAD). Il décline dans cette interview sa stratégie précampagne mais également sa vision une fois élu. Entretien.

AFRIMAG : Le gouvernement tchadien a annoncé officiellement en juin dernier votre candidature à la succession de Donald Kaberuka, dont le mandat à la tête de la Banque africaine de développement (BAD) s’achève en 2015. Qu’est-ce qui motive votre candidature ?

Bedoumra KordjeBedoumra Kordjé : Après plus de quatre décennies de mise en œuvre de réformes macroéconomiques, structurelles et sociales, l’Afrique se transforme et demeure porteuse d’espoirs pour une émergence économique qui repose sur un potentiel de forte croissance durable et inclusive à moyen terme. Les acteurs et observateurs de l’économie africaine s’accordent à reconnaitre que l’Afrique se trouve à la croisée des chemins qui, bien orientée et gérée, permettra d’assurer le saut qualitatif dans le processus de transformation institutionnelle, économique et sociale du continent et conduira vers une plus grande prospérité, au bénéfice des populations africaines. Dans cette perspective, les institutions africaines et toutes celles qui œuvrent pour le développement de ce continent, et au premier plan le Groupe BAD, première institution de financement du développement en Afrique, doivent travailler en synergie, demeurer crédibles et efficaces pour mieux accompagner activement l’Afrique. La BAD a besoin pour cela d’avoir, à sa tête un leader ayant une vision et est un bon gestionnaire à même d’impulser cette dynamique qui lui permette de jouer pleinement ce rôle. Les pays membres de cette Institution sont ainsi en droit d’attendre d’elle qu’elle soit plus innovante, moins bureaucratique et d’avantage orientée vers les résultats afin de les accompagner plus efficacement dans la transformation de la vie des populations. Mon ambition légitime et ma conviction profonde d’assurer cette mission à la tête de la BAD repose sur mon parcours qui m’a préparé sous tous les angles à ce que je considère comme un sacerdoce. Je serais efficace immédiatement afin de permettre à cette banque d’apporter des réponses appropriées à des défis d’aujourd’hui et de demain du continent africain.


Depuis votre entrée en course, comment avez-vous mené votre campagne ?

C’est de manière sereine que nous menons notre campagne. L’élection à la présidence de la BAD étant une élection particulière parce qu’elle implique essentiellement les Chefs d’Etat, nous travaillons de manière à convaincre en mettant en avant la force de nos idées et notre expérience. Nous bénéficions en cela du soutien de beaucoup de personnalités aussi bien africaines qu’occidentales qui croient à notre candidature. De même, beaucoup de pays amis, qu’ils soient régionaux ou non régionaux, nous encouragent sur cette voie.

Est-ce que le fait d’appartenir à l’Afrique centrale, qui est le seul bloc à n’avoir pas assuré la présidence de l’institution panafricaine (l’Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est ayant eu, chacune, à diriger l’institution) est un grand atout pour vous ? Est-ce à dire également que vous avez le total soutien des pays d’Afrique centrale ?

Ma candidature est portée par le Président de la République du Tchad, son Excellence Idriss Deby Itno, dont l’envergure, le poids et la dimension africaine et internationale sont reconnus et respectés. C’est aussi la candidature de l’Afrique centrale qui n’a jamais occupé cette responsabilité et voudrait aussi cette fois-ci apporter sa contribution au développement de l’Afrique à ce poste. Le Président de la République est en relation constante avec ses pairs de l’Afrique Centrale. Cette volonté de soutenir cette candidature a été très clairement exprimée par l’Afrique Centrale lors de la Session du Conseil des ministres des États membres de la CEEAC organisée du 21 au 22 novembre à N’Djamena. Contrairement aux années précédentes, il n’y a aucune autre candidature de l’Afrique Centrale. Au-delà de la CEEAC, les préoccupations des pays amis et d’autres personnalités influentes du continent, c’est de voir quelqu’un capable de prendre cette banque en main, de la faire avancer. La BAD a fait beaucoup de progrès, mais il y a encore naturellement beaucoup de choses à faire pour ce continent en mouvement. Je crois que c’est ce qui a dominé d’abord dans la convergence observée au niveau de la CEEAC et des autres pays africains et non-africains qui sont de plus en plus nombreux à soutenir cette candidature.

Quelles sont vos chances par rapport à vos concurrents ?

J’ai une longue expérience, en tant que décideur public et international, en matière de leadership, de conduite de dialogue, de développement de partenariat bilatéral et multilatéral, de gestion stratégique axée sur les résultats. Toute ma vie, j’ai travaillé pour le développement de ce continent, sous ses multiples et complexes dimensions. Les expériences particulières que j’ai acquises aussi bien à la Banque durant 29 ans, qu’au Gouvernement et au Cabinet du Président de la République du Tchad m’ont préparé à cette mission. De façon plus spécifique, parmi les atouts majeurs, ma responsabilité de Secrétaire général de la BAD, m’a permis de façon permanente de participer au dialogue stratégique et de politique des décideurs de l’Institution, c’est-à-dire la Conseil d’administration et la Direction de la BAD. J’ai appris et contribué à la construction du consensus perpétuellement recherché entre les administrateurs, qui représentaient à la BAD des intérêts parfois divergents de leurs pays respectifs, entre les administratifs et la Direction de la BAD, dans les décisions importantes qui engagent l’avenir de la BAD et de ses pays membres. Comme Vice-président chargé des services institutionnels et responsable des ressources humaines, j’ai compris les actions clé nécessaires pour assurer effectivement le fait que les ressources humaines restent la clé de réussite de cette Institution. Au Tchad, comme Secrétaire général de la Présidence de la République, j’ai aussi compris la complexité et la dimension multiple de la gestion d’un pays, que je n’aurais pas appréhendées dans toutes leurs dimensions en tant que fonctionnaire de la BAD. Comme ministre de l’Economie et de la coopération internationale, puis ministre des Finances et du budget, j’ai conduit des réformes et des changements à l’échelle du pays et mesuré le courage qu’il faut pour libérer les énergies de développement. Je peux donc me targuer d’avoir eu une bonne préparation pour être immédiatement opérationnel et efficace à la tête de la BAD au service de l’Afrique.

Quels sont vos plus grandes réalisations depuis que vous êtes à la tête du ministère des Finances et du Budget de votre pays ?

Malgré le contexte économique difficile lié à la guerre que nous impose le terrorisme international et aux baisses des recettes pétrolières au deuxième semestre, des résultats importants ont été obtenus dans le domaine de la gestion des finances publiques en termes d’amélioration et d’assainissement. Pour être succinct, nous avons mis en œuvre des réformes qui ont permis au Tchad d’obtenir le 1er août 2014, l’Accord du FMI au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC), et qui conduira, après plus de 10 ans d’attente, à la concrétisation de l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE), attendue pour le premier semestre de cette année 2015. De même, nous avons pu obtenir une augmentation de plus 15% des recettes fiscales hors pétrole par rapport à l’objectif annuel. Nous avons également initié un recensement des fonctionnaires qui a permis d’assainir la base des données et de faire gagner à l’Etat environ 17 milliards de FCA par an. Enfin, nous avons mis en place un mécanisme de suivi des recettes pétrolières ainsi que leur publication qui ont contribué à ce que le Tchad soit éligible le 15 octobre 2014 à l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE). Donc, globalement un pas important a été franchi dans l’assainissement des finances publiques et qui se poursuit en 2015 avec des actions importantes, telles que l’informatisation des impôts, l’audit de tout le portefeuille de l’Etat et la mise en place d’une comptabilité intégrée de l’Etat.

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