À Nairobi, lors du sommet Africa Forward coorganisé par la France et le Kenya, Proparco a multiplié les annonces stratégiques en faveur du financement du secteur privé africain. Agriculture, commerce, infrastructures ferroviaires, entrepreneuriat féminin et innovation financière : plusieurs milliards d’euros de flux potentiels pourraient être mobilisés à travers une série d’accords structurants conclus avec des partenaires panafricains de premier plan.
Premier temps fort du sommet : le renforcement du partenariat entre Proparco et Ecobank.
Les deux institutions ont signé un protocole d’accord visant à mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros sur trois ans afin de soutenir les chaînes de valeur agricoles en Afrique.
L’ambition est de répondre aux besoins croissants de financement dans la production, la transformation et la commercialisation agricoles, alors que les systèmes alimentaires africains subissent les effets combinés des tensions géopolitiques, de la hausse des coûts énergétiques et des perturbations logistiques mondiales.
Depuis 2012, Proparco a déjà injecté plus de 400 millions de dollars dans le groupe bancaire panafricain sous forme de prêts, garanties de trade finance et mécanismes de partage des risques dédiés aux PME.
PME agricoles, agro-industrie et commerce des matières premières dans le viseur
Le nouvel accord repose sur trois axes majeurs : le premier concerne le soutien aux PME agricoles dans 33 pays africains grâce aux garanties Impact+ et ARIZ, avec une enveloppe pouvant atteindre 100 millions d’euros. Le deuxième vise le financement de projets agro-industriels à travers des mécanismes de cofinancement et de partage des risques afin de soutenir les investissements de long terme dans les filières agricoles stratégiques. Enfin, le troisième pilier porte sur le financement du commerce des matières premières agricoles. Grâce à des garanties partielles de risque, le partenariat prévoit de mobiliser jusqu’à 200 millions d’euros supplémentaires pour fluidifier les échanges et renforcer la sécurité alimentaire.
Pour Jeremy Awori, Directeur général du groupe Ecobank, cette initiative répond à une urgence continentale : «la croissance de l’Afrique exige des actions à grande échelle. Ces capitaux financeront concrètement l’alimentation, les moyens de subsistance et la création de valeur locale.»
Le programme Ellever veut accélérer l’entrepreneuriat féminin africain
En parallèle, Proparco et Ecobank ont signé une lettre d’engagement autour du programme Ellever.
Lancé en 2020, ce dispositif a déjà accompagné plus de 84 000 entreprises dirigées par des femmes dans plus de 30 pays africains.

Grâce au soutien financier de Proparco et du programme européen Impact+, 400 entrepreneures de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Kenya bénéficieront désormais d’un parcours intensif de formation de 12 mois mêlant gestion d’entreprise, finance, mentorat et outils numériques.
Le Transgabonais au cœur d’un vaste chantier de modernisation
Autre dossier stratégique dévoilé à Nairobi : le financement de la modernisation du réseau ferroviaire gabonais.
Proparco et SETRAG ont signé un protocole d’accord portant sur un financement global de 225 millions d’euros, soutenu également par la Société financière internationale (SFI).
Ce programme concerne la phase III de rénovation des 648 kilomètres du Transgabonais, infrastructure vitale pour le transport de passagers, de fret et de minerais au Gabon.
Le projet bénéficie du soutien coordonné du groupe AFD ainsi que de l’initiative européenne Global Gateway.
Une infrastructure vitale pour l’économie gabonaise
Le Transgabonais représente aujourd’hui près de 20 % du PIB du Gabon et demeure un axe stratégique pour le désenclavement des territoires.
Selon SETRAG, 400 kilomètres de traverses et 160 kilomètres de rails ont déjà été remplacés malgré des contraintes géologiques importantes.
Au-delà du transport minier, le programme vise à renforcer le fret non minier et les services passagers, tout en sécurisant l’acheminement du manganèse, minerai critique pour les industries mondiales et la transition énergétique.
Françoise Lombard, Directrice générale de Proparco, souligne : «ce projet illustre notre engagement en faveur d’infrastructures durables au cœur des économies locales et des enjeux de transition climatique.»
Une coalition bancaire panafricaine pour combler un déficit de 50 milliards de dollars
À Nairobi, Proparco a également lancé l’Africa AgriTrade Coalition, une plateforme réunissant 16 institutions financières africaines et internationales.
Parmi les membres fondateurs figurent notamment Ecobank, Qatar National Bank, Coris Holding, Equity Group Holdings ou encore Mauritius Commercial Bank.
L’objectif : réduire un déficit de financement du commerce agricole estimé à plus de 50 milliards de dollars sur le continent.
Cette insuffisance freine des secteurs stratégiques comme le cacao, la noix de cajou, les céréales, les engrais, le maïs ou encore le soja.
Vers une nouvelle architecture du financement agricole africain
La coalition entend faciliter les mécanismes de partage des risques, renforcer les transactions interbancaires et fluidifier les échanges le long des corridors agricoles africains.
Les premières opérations devraient être lancées dès les prochains mois, avec une montée en puissance progressive du réseau bancaire partenaire.
Cette initiative s’inscrit directement dans les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui cherche à accélérer l’intégration économique du continent.
BOAD et Proparco innovent avec une opération financière inédite de 200 millions d’euros
Dernière annonce majeure du sommet : la signature entre BOAD et Proparco d’une opération de financement croisée historique de 200 millions d’euros.
Structurée par Galite, cette transaction entre l’euro et le franc CFA constitue une première mondiale selon les deux partenaires.

L’objectif est double : renforcer les réserves de change de la zone UEMOA et permettre un accès accru aux financements en monnaie locale pour les entreprises régionales.
Un levier stratégique pour le secteur privé ouest-africain
Pour la BOAD et Proparco, cette innovation financière doit permettre d’accélérer le financement de projets structurants dans les économies de l’UEMOA.
Françoise Lombard estime que cette opération «apporte une solution tangible pour accroître la mobilisation de ressources en monnaie locale au service du secteur privé.»
De son côté, Serge Ekué, PDG de la BOAD, y voit «une étape importante dans la capacité collective à drainer davantage de financements vers des projets à fort impact économique et social en Afrique.»





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