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Congo : Les choix qui ont mené aux déboires des finances publiques

Au Congo, le pétrole est certes une formidable opportunité pour le développement, mais sa part prépondérante dans l’économie toujours faiblement diversifiée du pays a toujours été perçue comme une menace. Il y a en effet encore peu qu’Eustache Ouayoro, le directeur pays de la Banque mondiale pour les deux Congo, faisait remarquer non sans une certaine appréhension que ce secteur pétrolier «représente 70% du PIB, 90% des exportations et 80% des revenus» du pays. Or, l’expérience montre que non seulement cette manne n’est pas intarissable, mais elle est sujette aux fluctuations du marché.

L es récentes évolutions dans les finances publiques congolaises donnent malheureusement raison à ceux qui exprimaient leurs craintes face à une économie trop dépendante du pétrole et gérée de façon peu prudente par rapport à l’endettement. Deux agences de notation ont récemment revu à la baisse leur opinion à la lumière de la baisse de la solvabilité du Trésor public congolais. Certains partenaires financiers de ce pays d’Afrique centrale, tels que la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI), ont exprimé leur grande préoccupation au regard de la tournure prise par les évènements au cours des deux dernières années.

A l’heure du difficile constat d’un pays à la fois en récession et au bord d’une cessation de paiement qui appelle à leur responsabilité les autorités publiques congolaises, notamment ceux du ministère des Finances, certains préfèrent jeter l’anathème sur les autres. D’après certaines sources Gilbert Ondongo, l’argentier congolais au moment des faits (2014-2015), n’hésite pas aujourd’hui à nier sa responsabilité et à se décharger sur les dirigeants d’une entreprise publique, à savoir la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Si certains, notamment ceux qui sont peu au fait des mécanismes de financement, beaucoup se demandent toutefois aujourd’hui si cet exercice de justification ne cache pas une auto-accusation. En disant «ce n’est pas moi, c’est l’autre» – pour paraphraser Guy Busquets dans son ouvrage Guernica -, Gilbert Ondongo démontre combien il minimise sa responsabilité dans la situation financière que traverse actuellement son pays. Si jamais les informations rapportées sont fondées, il ne serait pas exagéré de conclure que son objectif premier ne semble pas être de rendre compte de son action, mais plutôt de prendre les choses à l’envers.

Si par simple bon sens, il les remettait à l’endroit, il se rendrait compte qu’a priori, il n’a commis aucune erreur à recourir à des contrats de prépaiement, terminologie usuelle dans les milieux du négoce international. La pratique est en effet plus courante et généralisée qu’il n’y paraît. Beaucoup de pays des BRICS, notamment le Brésil et la Russie y ont recours. En Afrique, la première économie du continent, à savoir le Nigeria, mais également l’Angola utilisent ce type de mécanisme de financement qui présente l’avantage d’être moins coûteux que d’autres qu’offre le marché des capitaux. En effet, ces prépaiements constituent une sorte d’avance consentie par un organisme financier et garantie par les revenus futurs des matières premières. Le prêteur qui prend moins de risques à travers ces avances est sûr de rentrer dans ses fonds avant les autres créanciers. Il peut donc se permettre aussi de consentir des taux d’intérêts plus favorables. Dans le cas du Congo, le ministère des Finances ne pouvait y recourir sans impliquer la SNPC qui, du coup, devenait un acteur-clé du dispositif, même si le bénéficiaire des fonds récoltés restait le Trésor public.

C’est exactement ce qui s’y est passé en 2014-2015 dans les prépaiements négociés avec les sociétés Worldwide Energy, Trafigura, Glencore ou encore Orion Oil Ltd. Toutes ces sociétés n’auraient pu débourser aucun kopek si le ministre des Finances de l’époque, Gilbert Ondongo n’avait pas signé les “lettres de confort” correspondant à chaque opération de prépaiement. Ces lettres dites de confort sont en effet des conditions suspensives à l’exécution des contrats liant la SNPC à ses différents partenaires financiers. Le ministère des Finances aurait peut-être eu raison de se plaindre de ces contrats si, après les avoir avalisés, il n’avait pas vu la couleur de l’argent. Sauf preuves contraires, les documents disponibles semblent montrer que la totalité des fonds concernés ont bien été versés dans les comptes du Trésor public congolais. De plus, aucune de ces opérations n’a été conclue à un taux d’intérêt supérieur à 8% par an. Certains n’ont d’ailleurs coûté aux contribuables congolais que 4%. C’est dire tout l’avantage que le ministère des Finances a tiré du recours à ces contrats qui lui ont d’ailleurs permis de financer ou de cofinancer les grands projets de développement du pays à travers le département ministériel en charge des grands travaux et de l’aménagement du territoire.

Au regard de ce que les populations congolaises vivent majoritairement aujourd’hui comme un « rêve de développement » brisé, la vraie question à se poser est celle de l’utilisation de l’ensemble des sommes concernées par les prépaiements sur les ventes de pétrole. Pour y répondre, il suffit de faire un petit retour en arrière, notamment sur la période avant 2012 lorsque les cours du pétrole frôlaient ou dépassaient parfois la barre des 100 dollars US le baril et d’évaluer les performances de ce département ministériel. C’est au cours de la période sus-indiquée que, à la demande du ministère de l’Aménagement du territoire et des grands travaux, dirigé lui par Jean Jacques Bouya, beaucoup de chantiers ont été planifiés et financés ou cofinancés par l’Etat à travers le ministère des Finances (hôpitaux, universités, routes…). Force est de constater aujourd’hui qu’outre l’incapacité du ministère des Grands travaux  et de l’aménagement du territoire à respecter la discipline qu’implique la gouvernance d’Etat qui veut que seul le ministre des Finances puisse engager l’endettement du pays, ses faibles performances en raison notamment du non achèvement de nombreux projets à travers le territoire national, plusieurs chantiers conduits par Jean-Jacques Bouya ont été, selon plusieurs sources, lancés et mis en œuvre en contradiction avec les règles des marchés publics congolais.  

C’est justement là que sont interpellés les dirigeants des deux ministères impliqués, Gilbert Ondongo et Jean-Jacques Bouya, respectivement ministre en charge des Finances et des Grands travaux au moment des prépaiements concernés dans le « rêve de développement » brisé des Congolais.

Au moment de la reddition des comptes, ils seront amenés à s’expliquer sur les entorses éventuelles aux règles de bonne gouvernance. Car il se dit que le non-respect des mécanismes du contrôle institutionnalisé, a largement contribué à dévoyer la marche du Congo vers le développement et à faire du pétrole plus une malédiction qu’un puissant facteur de développement. La grande leçon qui peut être tirée par les citoyens est que la bonne gouvernance est la principale condition pour faire du pétrole un facteur de développement en Afrique. 

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