Nairobi a relancé jeudi 19 mars un gigantesque projet d’extension de son réseau ferroviaire. Le chemin de fer reliant le port de Mombasa à l’Ouganda, estimé à plusieurs milliards de dollars, avait été interrompu pendant six ans après que Pékin a bloqué les décaissements financiers, arrêtant de facto les travaux de construction. La China Road and Bridge Corporation (CRBC) est le maître d’œuvre principal du chantier
Selon le montage financier convenu entre le Kenya et la Chine, le financement se fera par la titrisation des recettes issues de l’exploitation de la liaison ferroviaire, ce qui marque un changement de braquet des modalités de financement de projets d’infrastructure que Pékin réalise sur le Continent, basé essentiellement sur l’emprunt.
La première section de la ligne reliant le port de Mombasa à Nairobi, a été achevée en 2017. Mais après que la Chine a drastiquement réduit le financement des grands projets d’infrastructure africains dans le cadre de son initiative « la Ceinture et la Route », le projet s’est enlisé dans la vallée du Rift, à plus de 350 km de la frontière ougandaise, bloquant ainsi une liaison transfrontalière prévue pour stimuler la logistique et le commerce dans la sous-région.
« Aux sceptiques, je vais leur dire que nous ne faisons que confirmer que nous avions un plan. Ce plan n’a jamais été une route qui ne menait nulle part », a affirmé le chef de l’Etat kényan William Ruto lors d’une cérémonie de lancement le début des travaux.
Des voix critiques dans le pays affirmaient que ce projet était un symbole de la « diplomatie du piège de la dette » pratiquée par la Chine, Pékin accordant des prêts importants, souvent opaques, à des pays plus pauvres pour des projets d’infrastructure.
En 2025, le Kenya et la Chine ont renégocié les conditions des prêts pour les deux premières phases afin de réduire les remboursements annuels de Nairobi.
Un nouveau montage financier
Le Kenya utilise actuellement une taxe de développement ferroviaire prélevée sur le fret transporté sur la ligne existante, qui devrait rapporter environ 35 milliards de shillings (270 millions de dollars) par an au titre du fonds d’amorçage pour la construction de nouvelles sections.
Pékin expérimente de nouvelles modalités de financement des projets d’infrastructure d’envergure qui impliquent un partage accru des risques entre les entreprises chinoises et les gouvernements africains. Cet accord a été rendu possible par un changement de cap opéré par la Chine en 2024, qui privilégiera désormais les investissements plutôt que la dette. Après avoir investi des milliards de dollars dans des projets d’infrastructures africains, la Chine a commencé à réduire drastiquement ses prêts au Continent, face aux inquiétudes concernant la viabilité de la dette.





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