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Décentralisation : Yamoussoukro, capitale ( effective)  de la Côte d’Ivoire ?

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Au lendemain des festivités d’indépendance du pays, la question mérite d’être posée car en 10 ans de gouvernance, le régime Ouattara n’a pas réellement franchi le pas.

Le père de l’indépendance ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, a bien transformé son village en mégapole mais ,Yakro n’est pas encore devenu le centre du pouvoir tant rêvé.

Indépendance tournante

Sur l’immense boulevard central de Yamoussoukro, le drapeau ivoirien fut célébré. L’image résume l’état actuel de la capitale administrative ivoirienne : populaire et quelque peu renovée. 

C’est bien là que l’indépendance de la Côte d’Ivoire fut célébrée cette fois, loin de l’effervescence d’Abidjan où se sont rassemblés, à 250 km plus au sud, ministres, ambassadeurs , hauts gradés, entrepreneurs et leaders socio-politiques. Pour la célébration des 62 ans de souveraineté, le 7 août, c’est Yamoussoukro qui a accueilli un défilé militaire, pour une festivité d’envergure, situation sécuritaire oblige. 

L’éclat fut rehaussé avec la venue du Président en exercice de la CEDEAO, Umaro Sissoco Embalo et son homologue du Libéria, George Weah.

Après de longues années sans célébrer l’indépendance à l’intérieur, le show de Yamoussoukro affiche une chose : réhabiliter la région des lacs.

Institutionnellement, le Président Alassane Ouattara a donné un statut en faisant du gouvernorat un ministère rattaché directement à lui, qui prend parfois part au conseil des ministres.

Défis intrastructurels

Après de longues années d’investissements, le visage de Yamoussoukro change timidement. Avec plus de 400 000 habitants, la capitale politique d’Eburnie garde encore l’impressionnant et poussiéreux héritage de Félix Houphouët-Boigny, natif de cette ville VIP qui n’était encore qu’un tout petit village. Le père de l’indépendance s’est inspiré de George Washington, qui a donné sa vie et son village à son pays, en voulant faire de même.

Durant le «miracle ivoirien», période faste de l’économie dans les années 1960-1970, Nana Boigny entendait bâtir une cité moderne, modèle et futuriste. «Il prônait un nouveau paysage ivoirien pour une rupture avec les capitales coloniales incarnées par Grand-Bassam, Bingerville, Sans Pedro et Abidjan . 

Avant l’indépendance, il s’était déjà fait construire une grande maison, devenue le palais présidentiel, résidence officielle du chef de l’Etat ivoirien. Mais depuis son décès, le 7 décembre 1993, aucun président ivoirien n’a réellement vécu dans ce bâtiment massif de six étages. L’enceinte du palais, longue de 22m, est entourée de trois lacs artificiels peuplés des fameux crocodiles sacrés. 

Lieu de recherche pour la paix, il accueille le Sénat, d’importants événements comme le discours de retrait à la présidentielle d’Alassane Ouattara le 5 mars 2020 dans la grande salle de 2 000 places.

À Yamoussoukro, d’autres édifices occupent les lieux : l’emblématique hôtel presîdent et l’éternelle Basilique Notre-Dame de la paix, financée par Houphouët himself : c’est le lieu le plus visité et le plus haut édifice chrétien du monde, devant la basilique Saint-Pierre de Rome.

Malgré cet élan, tout s’est brutalement arrêté après la mort en 1993 d’Houphouët. Sauf que ses «fils politiques» appelés aujourd’hui  »les héritiers » n’ont pu poursuivre son œuvre :  ni Henri Konan Bédié dans les années 1990, ni Alassane Ouattara, dans les années 2010.

L’actuel numéro 1 Ivoirien avait fait son mea culpa en ces termes : «je regrette de n’avoir pas pu transférer la capitale à Yamoussoukro comme je l’avais promis en dépit du  »travail important » fait ces dernières années» concédait-t-il en fin 2019 devant un parterre de chefs Baoulés, l’ethnie d’Houphouët à Yakro.

Gbagbo, père du transfert de la capitale

Invité à Yamoussoukro, l’ex-président a zappé la cérémonie. Pourtant, il est le seul à avoir fait du concret pour que le transfert de la capitale soit effectif.

Si Laurent Gbagbo avait commencé à réunir les conditions, après son éviction en 2010, Alassane Ouattara a pris un décret actant en 2012 la suppression du programme spécial de transfert des institutions de la République.

Ironie du sort, ce projet fut initié par Laurent Gbagbo. Pourtant farouche opposant d’Houphouët-Boigny et de son parti unique, l’ex-détenu de la Cour pénale internationale (CPI) est le seul à s’être réellement impliqué dans la poursuite des travaux.

Si le calcul était politique, force est d’admettre qu’il y a eu énormément d’investissements et qu’il fallait aller au bout : l’icône du  Front populaire ivoirien (FPI ) est un historien et avait envie de laisser une trace.

Yamoussoukro, capitale du futur

Si la grande majorité des institutions siège encore à Abidjan, des jalons furent posés ces trois dernières années. Pour preuve, Alassane Ouattara a installé la Chambre des rois et des chefs traditionnels, organe consultatif qui permet de cerner et contenir la paix sociale.

D’ailleurs  Ouattara a bouclé une extension du palais présidentiel à Abidjan en début d’année.

La zone destinée aux ambassades à Yamoussoukro est déjà localisée… mais aucune d’elles n’y a encore pris place. Idem pour les ministères, toujours bien implantés à Abidjan. Ça traîne donc les pieds car en vrai, nul n’est partant pour aller vivre à Yamoussoukro. 

Néanmoins,le projet de zone industrielle (750ha) destinée à accueillir des entreprises du secteur de l’agroalimentaire fait objet de convoitises.

Comme quoi, si la décentralisation d’Abidjan à Yakro n’est pas totalement abandonnée, le grand projet d’Houphouët est bien dans le pipe. Notamment chez ceux qui estiment urgent de désenclaver Abidjan, car surpeuplée et en perpétuel développement.

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