Dernières nouvelles
Accueil » Economie et entreprise » Economie ivoirienne : Du rouge… au vert

Economie ivoirienne : Du rouge… au vert

Au lendemain de la crise post-électorale, la Côte d’Ivoire présentait une grosse dépression économique avec un taux de croissance du PIB en forte régression (-4.7%). Aujourd’hui, quatre ans après l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, les acquis sont remarquables. Avec des taux de croissance économique chevauchant allègrement les deux chiffres (9.8% en 2012 ; 8.7% en 2013 et une projection (9 à 10%) dans les mois à venir.

Alassane OuattaraDétail de taille : la forte croissance amorcée avec l’arrivée d’Alassane Ouattara à la tête du pays est essentiellement soutenue par les investissements publics, mais également par de la valeur ajoutée que le gouvernement a pu créer dans le secteur agricole, l’agro-industrie, le BTP, les mines, les autres industries manufacturières, sans oublier les services porteurs de valeurs économiques. Les premiers bols d’oxygène qui ont permis au pays d’amorcer la montée de la pente et s’offrir une cure de normalisation de la situation sociopolitique sont, sans conteste, les réformes ayant permis l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvre très endetté). Cette embellie économique s’est poursuivie jusqu’en 2013 et en 2014, portée par la poursuite des réformes structurelles tous azimuts engagées et la relance des investissements publics et privés intensifiées. Résultat : entre 2011 et 2012, les investissements publics ont plus que doublé (115%) pour culminer à 615 milliards de FCFA. Ce qui a permis le lancement des travaux de réhabilitation des différentes universités du pays, de la voirie urbaine, le 3ème pont d’Abidjan, la construction du pont de Bouafflé, de Jacqueville qui vient d’être inauguré dernièrement, tous de vieux projets attendus depuis longtemps.

Sur la période 2012-2013, les investissements publics ont été de nouveau portés en hausse de 51% par rapport à la période précédente, culminant à plus de 930 milliards de FCFA dédiés aux secteurs de l’énergie et des routes. Objectif : renforcer les capacités logistiques du pays et son attractivité en termes d’investissements. Des initiatives telles le Forum «Investir en Côte d’Ivoire (ICI 2014)», qui a vu la participation de plus de 3000 investisseurs potentiels représentant plus de 100 pays, selon les chiffres officiels, les progrès réalisés dans l’amélioration du climat des affaires et la Diplomatie économique engagée par les autorités, ont permis d’éclairer les horizons du pays et rendre la destination Côte d’Ivoire plus attractive pour les investisseurs privés.

C’est dans cette même dynamique que s’inscrit l’adoption d’un nouveau Code des investissements, la mise en place du Guichet unique pour la création d’entreprises (plus de 5500 entreprises créées depuis 2012, selon les chiffres officiels), la mise en place du Tribunal de commerce, la simplification des procédures d’obtention de la propriété foncière.

Des reformes qui paient…

Toutes ces réformes (la liste n’est pas exhaustive), ont permis à la Côte d’Ivoire de faire un bond qualitatif pour se hisser parmi les dix pays les plus réformateurs en 2012/2013, selon le rapport Doing Business 2014. Par ailleurs, le pays a bénéficié d’une bonne notation financière par des agences de renom comme Moody’s et Fitch et a réussi au-delà des attentes l’émission obligataire réalisée sur les marchés internationaux. Il convient de signaler que dans le cadre d’une émission récente Euro Bond, la Côte d’Ivoire avait pour ambition de lever 500 millions de dollars US et a obtenu des intentions de souscription de plus de 4700 millions de dollars. Ce qui confirme ainsi le regain de confiance des marchés financiers. Dans le cadre de la CEDEAO et de l’UEMOA, le pays a renforcé son leadership et bénéficié de concours importants de la Banque Centrale (BCEAO), afin d’appuyer les efforts des nouvelles autorités pour la relance de l’économie. En particulier, des actions conduisant au rééchelonnement des arriérés de la dette publique intérieure, l’amélioration des conditions de financement de l’économie par la baisse des taux directeurs, le relâchement des contraintes prudentielles sur les crédits bancaires à long terme et le renforcement de la liquidité des banques.

Au niveau des investissements privés, l’on note une injection d’environ 7 milliards de dollars US dans l’économie ivoirienne depuis la fin de la crise postélectorale. C’est à dire, plus de 3000 milliards de FCFA d’investissements privés au titre de secteurs stratégiques comme l’agro-industrie, les mines (or, manganèse), l’énergie (Azito et CIPREL), et l’industrie de manufacture légère. Quant à la consommation des ménages, elle s’est accrue de 10.2% en 2012 et de 10.3% en 2013, traduisant ainsi une reprise forte du pouvoir d’achat donc de la consommation et d’une certaine amélioration du bien-être des ménages, même si des voix s’élèvent, estimant que la répartition pourrait être inégale. C’est là d’ailleurs un des défis majeurs de la Côte d’Ivoire.

Quoiqu’il en soit, l’on note le retour de la confiance chez les citoyens et chez les investisseurs. Même si pour des spécialistes comme Madani Tall de la Banque Mondiale, beaucoup reste encore à faire. Notamment sur la bonne gouvernance, la corruption, la transparence dans les marchés publics, la réforme des banques publiques, avec l’appui de la Banque Centrale, pour mieux cibler leur rôle dans le financement de l’économie, le renforcement de la production énergétique tout en veillant à la viabilité financière du secteur, la réhabilitation et le renforcement des zones industrielles ainsi que la création de nouvelles zones, la question des inégalités et la qualité des services publics fournis aux populations.

Au niveau de l’enseignement primaire, l’on note des investissements importants consentis depuis 2011. Le taux brut de scolarité a atteint 91% grâce à la reconstruction des infrastructures scolaires, au renforcement des dépenses d’investissement et à la formation d’enseignants. Si ces progrès sont notables en terme quantitatif, il convient de reconnaître que la qualité de l’éducation à ce niveau reste faible en général. Quant à l’enseignement supérieur, avec la révation et la modernisation des universités à grand frais, ce secteur (environ 170.000 étudiants), bénéficie aujourd’hui, de près de 21% des dépenses publiques du secteur de l’éducation (la moyenne dans la sous-région est de 18%).

Croissance indéniable

La filière Cacao qui reste névralgique pour le développement de la Côte d’Ivoire, a fait l’objet d’un combat ‘’épique’’ en vue de sa réforme. Pour nombre d’experts, le salut de la Côte d’Ivoire est intimement lié au devenir de cette filière. Pour ce faire, la Banque mondiale a fait le pari d’une réforme qui a permis de réduire la taxation globale à 22% du prix CAF, mettre fin aux situations de rente dans la filière, relever le prix bord-champs payé aux producteurs à au moins 60% du prix CAF, redéfinir les rôles et à calibrer la taille des institutions de gestion de la filière. Tout cela pour une meilleure gouvernance mais surtout pour une plus grande efficacité dans les services rendus aux producteurs. Aussi, le Programme de vente anticipée à la moyenne (PVAM) que le gouvernement, comme la Banque mondiale, jugeait la meilleure option pour garantir un prix décent aux producteurs; programme qui avait été tant décrié au départ, est désormais accepté par tous comme ayant fait ses preuves. La qualité du cacao ivoirien s’est aussi redressée grâce à des mesures de contrôle plus strict. Si toutes ces réformes sont poursuivies avec la même rigueur, dans le cadre de la plate-forme de partenariat public-privé mise en place, on peut espérer de beaux jours pour le cacao ivoirien et par conséquent le bien-être des producteurs et des populations rurales.

La croissance est là, forte, saluée, enviée même. Certes, des voix ne manquent pas de faire remarquer que cette croissance n’est pas partagée. Mais, selon les experts, une croissance forte est nécessaire, mais pas suffisante pour réduire la pauvreté et contenir les inégalités. Toutefois, en ce qui concerne la qualité de vie et le bien-être du citoyen, les progrès réalisés dans les secteurs de l’Education et de la Santé sont des indicateurs crédibles de l’évolution générale du pays, notamment en matière de développement humain. En prenant ces deux secteurs et en faisant un point rapide sur les améliorations du cadre de vie (la sécurité, l’assainissement, les routes, l’eau, l’électricité, etc.) on est en mesure d’apprécier les évolutions positives enregistrées depuis 2011.

Enfin, apprend-on toujours des experts, l’emploi des jeunes en particulier reste un souci majeur, et ce, malgré les efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires, notamment la Banque Mondiale dans le cadre de diverses initiatives. Il est indéniable qu’il n’existe pas de recettes toutes faites pour créer des emplois, mais au moins trois facteurs s’imposent comme des constances : le développement du secteur privé, la stabilité macroéconomique et la stabilité sociopolitique. Ces trois facteurs qui sont autant de défis sont en passe d’être gagnés par les autorités ivoiriennes. N’empêche ! Les performances réalisées en trois ans par la Côte d’Ivoire résonnent bien comme un grand saut du rouge au vert, porteur d’un espoir justifié.

Alassane Ouattara Croissance

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*