Par temps calme, le transport aérien s’est très bien accommodé du fameux « Yield Management » dont l’objectif est de maximiser les recettes de chaque vol en faisant varier les tarifs au jour le jour si ce n’est à la minute. Certes il comporte des excès que nous avons souvent dénoncés, mais reconnaissons que, dans l’ensemble ce concept a permis de faire voyager de nouvelles couches de clientèles, de remplir les vols, parfois trop, et d’assurer une meilleure rentabilité aux transporteurs. Mais lorsque la géopolitique amène de fortes perturbations, le même outil se retourne contre ses utilisateurs.
Les clients
Ceux-ci alléchés par des tarifs attractifs à la condition d’acheter leurs billets très longtemps à l’avance, souvent plusieurs mois, se retrouvent piégés en cas d’annulations de vols, voire de cessation d’opérer entre des destinations. Or la plupart des billets sont assortis de conditions drastiques, en général, ils sont non revalidables, c’est-à-dire qu’on ne peut pas changer le vol, non remboursables et non cessibles, ce qui veut dire qu’on ne peut pas faire bénéficier un billet, impossible à utiliser pour des raisons personnelles à quelqu’un d’autre. Autrement dit, si pour une raison quelconque le vol acheté est annulé, le prix est tout simplement perdu, sauf si l’annulation est le fait de la compagnie qui doit alors proposer une solution de rechange.
Reste que parfois, les transporteurs ne sont pas en cause. C’est le cas lors des grèves des contrôleurs aériens qui obligent les opérateurs à annuler tout simplement des vols sur injonction des autorités des aviations civiles. Les conflits armés entrent également dans cette catégorie. Les compagnies aériennes sont soumises aux contraintes des assureurs et elles sont dans l’obligation d’annuler leurs vols. C’est le cas en particulier pour les opérations des transporteurs européens vers l’Asie car ils ne peuvent pas survoler la Russie suite à l’embargo mis sur ce pays pour cause de conflit avec l’Ukraine et maintenant de la guerre au Moyen-Orient qui interdit de très nombreux survols.
Finalement les billets sont tout simplement perdus et leur remboursement reste au bon vouloir des compagnies lesquelles mettent parfois une certaine mauvaise volonté pour le faire comme on a pu s’en rendre compte lors de la pandémie du Covid.
Les compagnies aériennes
Pour elles également les achats anticipés par les clients ne sont pas alors une bonne affaire. Les prix promotionnels affichés longtemps avant les conflits géopolitiques ne couvrent pas l’évolution des prix du carburant.
Les grands groupes de transport ont pris l’habitude de couvrir leurs besoins en kérosène très longtemps à l’avance. Air France/KLM ou Lufthansa par exemple ont couvert au moins 80% de leurs besoins à des prix qui convenaient à leur équilibre d’exploitation. Rappelons que le pétrole oscillait à un cours de 65 dollars le baril alors qu’il est maintenant aux alentours de 100 dollars. Or le carburant représente entre 25% et 33% des coûts pour un transporteur. Pour ces grands opérateurs, l’impact est donc très minime ce qui ne les empêche pas de prendre des surcharges carburant, une façon comme une autre de faire des réserves au cas où les conflits dureraient.
Mais les petites compagnies sont frappées de plein fouet et elles sont dans l’obligation de s’approvisionner au prix affiché. Il est alors compréhensible qu’elles cherchent à équilibrer leurs coûts par le moyen des surcharges carburant. Sauf que ces dernières sont un peu délicates à appliquer sur des billets achetés fermes. Certains transporteurs « low costs » ont bien tenté la manœuvre mais il n’est pas certain que le procédé soit bien légal. Les avocats se penchent activement sur la question. Reste que le procédé qui consiste à garder les prix de vente de manière à sécuriser les affichages dans les comparateurs de prix et de rajouter, de manière obligatoire, des montants parfois très significatifs, jusqu’à un tiers du prix d’appel parait tout de même très douteux.
La période troublée que traverse le transport aérien laissera certainement des traces. Certaines compagnies déjà fragiles auront du mal à la traverser. Nombre de vols sont annulés, tous les transporteurs essayant de limiter la casse car la demande de transport qui s’annonçait florissante s’est beaucoup rétrécie.
Le transport aérien subit la triple peine. Les vols sont devenus plus longs, car afin d’éviter les zones de guerre, les avions doivent faire de longs détours, la demande de transport s’est amoindrie au moins en attendant que les opérations militaires s’arrêtent et le prix du carburant fait du « yoyo » ce qui empêche toute visibilité.
Allez, bon courage quand même.
![Édito | Le piège du « Yield Management » [Par Jean-Louis Baroux] Ceux-ci alléchés par des tarifs attractifs à la condition d’acheter leurs billets très longtemps à l’avance, souvent plusieurs mois, se retrouvent piégés en cas d’annulations de vols, voire de cessation d’opérer entre des destinations.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/Hh-1-320x132.jpg.webp)
![Tribune | Le détroit de Gibraltar et la géopolitique des corridors maritimes à l’ère des ruptures [Par Pr. M El Hassane Hzaine] Le premier choc géopolitique survient en 711 ap. J.-C, lorsque le chef militaire Omeyyade Tariq ibno Ziyad et son armée musulmane franchissent le détroit, inaugurant sept siècles de présence musulmane marqués par une culture andalouse rayonnante sur les deux rives.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/DG-320x193.jpg.webp)


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