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Etats-Unis : pourquoi il faut prendre au sérieux la candidature de Kanye West

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L’ambition du célèbre rappeur producteur afro-américain est simple : siphonner les voix l’électorat de Joe Biden, afin de faciliter la réélection de Donald Trump.

Ce n’était donc pas une blague. Le rappeur, producteur et designer Kanye West sera bien candidat à la présidentielle américaine, le 3 novembre prochain. On se souvient (ou pas) de sa conférence de presse surréaliste, le 4 juillet dernier, en Caroline du Sud. Ce jour-là, devant un parterre de 200 personnes, l’artiste, vêtu d’un gilet pare-balles, annonce ses ambitions présidentielles, dénigre au passage Harriet Tubman (1822-1913), une figure historique du combat pour l’abolition de l’esclavage, puis, soudain, fond en larmes à l’évocation de l’avortement auquel sa mère s’est refusée voilà quarante-trois ans malgré l’insistance de son mari. « Sans ma mère, Kanye West n’aurait jamais existé ! » s’écrie la mégastar américaine, la voix tremblante, en parlant de lui à la troisième personne.  

Deux mois et demi plus tard, le milliardaire du hip-hop (sa fortune est estimée à 1,3 milliard de dollars), qui n’a pas tenu un seul meeting, est en train de finaliser les formalités administratives en vue de sa participation au scrutin présidentiel. Et cela, avec l’appui de conseillers et d’experts républicains, nombreux dans son entourage ; avec, aussi, le soutien de Jared Kushner, gendre du président Trump, qu’il connaît bien et qu’il a encore croisé en vacances cet été ; et, enfin, avec la bénédiction de Jésus-Christ, qui, selon lui, est à l’origine de sa candidature. 

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On s’en doute : l’époux de la star Kim Kardashian – qui s’est récemment dite inquiète pour la santé mentale de son mari, atteint de troubles bipolaires – n’a pas la moindre chance d’accéder à la Maison-Blanche. Ni de remporter le scrutin dans aucun des 50 Etats américains. Mais tel n’est pas l’objectif poursuivi par l’intéressé, qui, du reste, ne sera présent que dans 12 d’entre eux : l’Arkansas, le Colorado, l’Oklahoma, l’Utah, le Vermont, l’Iowa, le Minnesota, l’Idaho, le Kentucky, la Louisiane, le Mississippi et le Tennessee. 

Mission: siphonner les voix de Joe Biden

En réalité, le leader du… Birthday Party – ainsi nommé parce que « lorsqu’on gagne, c’est l’anniversaire de tout le monde » – n’a qu’une ambition : siphonner les voix de l’électorat naturel de Joe Biden, notamment parmi les électeurs de la génération Z, nés entre 1997 et 2002, et parmi les minorités ethniques. « Je ne le nie pas », a reconnu Kanye West, à propos de cet objectif, dans une longue interview au magazine Forbes le mois dernier. 

Admirateur de Donald Trump, qu’il a rencontré dans le bureau Ovale, en 2018, lors d’une séquence télévisée mémorable (le rappeur arborait une casquette « Make America Great Again » et a monopolisé la parole pendant vingt minutes devant un président très concentré), West est crédité de 2 % des intentions de vote dans les Etats où il se présente. Selon le même sondage (Politico/Morning Consult), sa popularité atteint 4 % chez les Latinos et 6 % chez les jeunes de la génération Z, mais stagne à 2 % parmi les Noirs. 

Dans un pays où l’élection présidentielle se joue dans une poignée d’Etats susceptibles de basculer d’un camp à l’autre (les « swing States »), ce faible score peut suffire à nuire à Biden. Selon le sondeur démocrate Terrance Woodbury, « une partie des millennials [la génération des digital natives, qui ont grandi avec les nouvelles technologies]et certains électeurs noirs déçus par le Parti démocrate » sont prêts à se tourner vers le fantasque outsider.

La chose n’est pas si anodine, car, en 2016, la victoire de Donald Trump s’est jouée à moins de 2 % dans six Etats. Dans le Michigan (10 millions d’habitants), par exemple, et dans le Wisconsin (5,8 millions), deux Etats industriels de la région de Grands Lacs, Hillary Clinton n’a perdu qu’avec 13 080 et 27 257 voix de retard. Dans le petit New Hampshire (1,3 million d’âmes), la différence en faveur de Trump n’était que de 2 701 bulletins ! Au total, la défaite de la candidate démocrate ne s’est jouée qu’à 77 000 suffrages dans des circonscriptions des swing States. 

« Dans une élection serrée, et celle de novembre le sera probablement, chaque voix compte, confirme, à New York, le politologue Andrew J. Polsky du Hunter College. La candidature de West peut faire la différence, surtout si l’on songe que cette tactique électorale se conjugue avec d’autres, comme ce qui se met en place en Géorgie [10 millions d’habitants]. Là-bas, la diminution du nombre de bureaux de vote vise à embouteiller ceux qui subsistent, afin de créer des files d’attente interminables et ainsi décourager les électeurs. »  

En 1992, George H. Bush perd à cause de Ross Perot

« En fait, poursuit Polsky, les third party candidates [les candidats d’un troisième parti], c’est-à-dire ni républicains ni démocrates, pèsent sur chaque présidentielle sans que l’on y prête suffisamment attention. L’histoire montre qu’ils grignotent l’électorat de l’un des candidats mais pas des deux à la fois. » En 1992, les 18,9 % obtenus par le candidat indépendant Ross Perot (1930-2019) permirent la victoire de Bill Clinton sur George H. W. Bush, auquel ce milliardaire texan vouait une haine tenace. 

En 2000, la candidature du militant consumériste Ralph Nader (2,74 % des voix) a empêché la victoire d’Al Gore et permis, sur le fil, celle de George W. Bush. Enfin, en 2016, 1,5 million de voix de l’écologiste Jill Stein (1 % des suffrages) ont desservi Hillary Clinton, qui, sans la présence de celle-ci, aurait sans doute battu Trump. 

Les « troisièmes candidats » pèsent dans chaque scrutin

Par définition, le poids des « troisièmes candidats » se faire surtout sentir dans les swing States, où les matchs électoraux sont plus serrés qu’ailleurs. Or Kanye West n’est pas parvenu à se qualifier dans la plupart de ces Etats pivots, déterminants pour le scrutin de novembre 2020 : la Floride, le Wisconsin, le Michigan, ou encore la Pennsylvanie. 

S’étant mobilisé trop tard, il n’est présent que dans un seul d’entre eux, le Minnesota, très convoité par Trump. En 2016, Hillary Clinton y avait considérablement reculé par rapport à Barack Obama quatre ans plus tôt. Cette année, le président juge cet Etat gagnable… avec l’aide de Kanye West. 

Là comme ailleurs, ce dernier compte sur sa notoriété mais également sur celle de sa femme, Kim Kardashian (188 millions de followers sur Instagram), pour séduire une frange de l’électorat biberonnée aux réseaux sociaux. Cette dernière a le mérite de se prévaloir d’un embryon de pensée politique. Considérée comme l’une des « 100 personnalités les plus influentes du monde » (Time Magazine, en 2015), cette amie personnelle d’Ivanka Trump s’est engagée dans une croisade auprès du père de cette dernière en faveur d’une réforme de la justice.  

Il s’agit de revenir sur la législation mise en place dans les années 1990 par Bill Clinton, laquelle a conduit à la surpopulation carcérale au détriment, avant tout, des Afro-Américains. La cause défendue par Kim Kardashian est juste. Mais sera-ce suffisant pour convaincre les électeurs de voter pour son instable époux ?

Source : Lexpress.fr

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