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Feuille de route / «Entrepreneuriat Afrique 2022» : Raviver l’esprit d’entreprise et startup (Partie I)

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Depuis des décennies, l’Afrique subit les conséquences des crises économique, financière, sociale et environnementale, ajouté à cela la pandémie du Covid-19.

Notre continent compte plus de 25 millions de chômeurs, les micro-petites et moyennes entreprises (MPME) n’ont pas encore réussi à rebondir pour retrouver leur niveau d’avant la crise.

Par
Mourad Bergheul

Expert Consultant formateur Facilitateur

L’économie africaine est confrontée aujourd’hui à des difficultés structurelles majeures menaçant sa compétitivité et sa croissance, ainsi qu’à des obstacles à la création d’entreprise et Startup. La crise économique et sanitaire joue un rôle de catalyseur qui devra entraîner de profonds changements et des restructurations pour la plupart des pays du continent.

Mourad Bergheul Expert Consultant formateur Facilitateur

Mourad Bergheul
Expert Consultant formateur Facilitateur

L’économie mondiale s’est elle aussi transformée au cours de la dernière décennie. L’augmentation rapide de la demande et de la production sur les marchés mondiaux ont mis sous tension les ressources et l’approvisionnement énergétique, provoquant ainsi un changement de la structure des coûts des entreprises africaines, qui pour bon nombre d’entre elles dépendent des importations.

La stratégie «Afrique 2022» devra réagir à cette situation en posant les bases de la croissance et de la compétitivité de demain pour les futures générations, qui seront intelligentes, durables et inclusives, et devront permettre de répondre à nos principaux défis à savoir : économique, social et environnemental. Il incombe à la fois aux États africains et aux différentes institutions de l’Afrique de corriger les problèmes du passé et de mettre l’Afrique sur la voie d’un développement plus durable pour l’avenir.

Actuellement, les jeunes –femmes et hommes- constituent le plus grand atout de l’Afrique. Certes la croissance économique sur le continent est plus au moins positive, mais il est impérieux de promouvoir la transformation économique inclusive et la création d’emplois induits par la croissance pour améliorer la qualité de vie de tous les Africains. La population jeune d’Afrique enregistre une croissance rapide et devrait doubler pour passer à plus de 830 millions à l’horizon 2050. Si elle est bien formée et orientée, une telle croissance de la population en âge de travailler pourrait contribuer pleinement à l’augmentation de la productivité et à la promotion d’une croissance économique positive et plus inclusive.

Pour renouer avec la croissance et retrouver un niveau d’emploi élevé, l’Afrique a besoin d’un plus grand nombre d’entrepreneurs femmes et hommes.

Nécessité d’une feuille de route pour chaque pays

Il y a nécessité de mettre en œuvre une feuille de route pour chaque pays africain qui définira une nouvelle vision et un certain nombre de mesures à prendre en considération aux niveaux du continent pour soutenir et promouvoir l’entrepreneuriat classique, social et vert. Cette feuille de route proposée et considérée comme un dénominateur commun pour tous les pays africains devra reposer sur trois axes :

– le développement de l’éducation et de la formation à l’entrepreneuriat classique-social et vert ;

  • la création d’un environnement économique adéquat ;
  • la mise en avant de modèles à suivre et l’inclusion de groupes spécifiques.

Défi de la prochaine décennie : comment stimuler davantage d’entrepreneurs …

L’entrepreneuriat est considéré par des experts comme étant un puissant levier de croissance économique, de richesse et de création d’emplois, il permet aussi l’apparition de nouvelles entreprises et startups et de nouveaux emplois, y compris les emplois verts, ouvre de nouveaux marchés et favorise le développement de nouvelles compétences et aptitudes chez les jeunes femmes-hommes africains.

Dans cette optique, l’entrepreneuriat classique, social et vert accroît la compétitivité et la capacité d’innovation des économies. Il joue un rôle important dans la réalisation des objectifs de plusieurs politiques sectorielles.

Il est à signaler que sans les emplois créés par les nouvelles entreprises quelle que soit leur taille et startup, le taux moyen de croissance net de l’emploi serait négatif. Les nouvelles entreprises, en particulier les MPME, et les startups représentent la principale source de création d’emplois dans les pays dits émergents.

En Afrique, les entreprises nouvellement créées connaissent une croissance plus lente et trouvent des difficultés pour certaines d’entre elles à rejoindre les rangs des plus grandes entreprises mondiales.

Le taux de création d’entreprises et la nature de ces dernières varient d’un pays à l’autre ; le faible enthousiasme que suscite la carrière de chef d’entreprise tient donc à des raisons diverses. Certains pays présentant un haut niveau de création d’entreprises ne sont pas aussi efficaces que d’autres pour aider les nouvelles micro- petites structures à se développer. De ce fait, et d’une manière générale, les candidats à la création d’entreprise et startup sont confrontés à un environnement difficile : le système éducatif notamment universitaire n’offre pas les bases nécessaires à une carrière de chef d’entreprise ; l’accès au crédit et aux marchés est plus en plus difficile, s’y ajoutent les lourdeurs des procédures administratives et surtout la crainte de la faillite.

De nouveaux outils pour améliorer le climat des affaires

Dans ce contexte, il y a urgence de mettre en place de nouveaux mécanismes et outils pour améliorer le climat des affaires des entreprises pour accroître la compétitivité de nos économies.

Par ailleurs, les mesures de soutien initiées par les pouvoirs publics de certains pays aux micro-petites et moyennes entreprise-(MPME) et startup restent déséquilibrées et insuffisantes. Les différentes institutions en charge de la gestion de ce secteur d’activité ne tiennent toujours pas malheureusement en considération les caractéristiques propres et spécifiques des petites entreprises, singulièrement les micro-entreprises et startups.

A titre d’exemple, l’Algérie, a franchi un pas dans ce sens, une nouvelle législation a été élaborée pour donner une deuxième chance aux jeunes entrepreneurs –femmes et hommes – qui ont bénéficié des aides de l’Etat pour créer leur entreprise et qui ont eu des difficultés dans leurs parcours à rembourser les crédits octroyés par les banques pour le financement de leurs projets. Un fonds spécial dédié aux jeunes qui souhaiteraient créer leurs startups a été mis en place.

En plus de cet environnement difficile et dans certains pays africains, l’état d’esprit ambiant ne reconnaît ni ne récompense les efforts déployés par les entrepreneurs, ne met pas à l’honneur les jeunes chefs d’entreprise qui réussissent et ne les présente pas comme des modèles à suivre, créateurs d’emplois et de richesse. Pour que l’entrepreneuriat devienne le moteur de notre croissance économique, l’Afrique a besoin d’un profond changement culturel.

Toutes les TPME sont uniques : leurs différences de taille, de domaine d’activité et de forme juridique exigent que les décideurs politiques leur accordent une attention particulière et adaptée en conséquence.

Il faut mettre tout en œuvre pour que le métier d’entrepreneur paraisse attrayant. Il en est de même aux entrepreneurs sociaux et verts, dont le potentiel est souvent sous-estimé par les pouvoirs publics, car ils créent aussi des emplois durables et ont à l’évidence mieux résisté à la crise que le reste de l’économie. Vecteurs d’innovation et d’inclusion sociale, les entrepreneurs sociaux et verts contribuent à la réalisation des objectifs des nations.

Pour faire face et remédier à la situation actuelle concernant l’acte d’entreprendre l’ensemble des administrations, devront engager des mesures ambitieuses et coordonnées pour l’intérêt général.

Dans ce sillage, je propose dans cette première partie, une feuille de route qui définira des mesures communes décisives qui permettront de libérer le potentiel entrepreneurial de l’Afrique, de lever les obstacles actuels et de promouvoir la culture de l’entreprise. Cette feuille de route vise à faciliter la création des MPME et startups et à rendre l’environnement économique plus attractif et surtout favorable aux jeunes entrepreneurs femmes et hommes, afin qu’ils puissent prospérer et se développer. A l’international, pourquoi pas !?

Ma feuille de route proposée s’articule autour de trois axes :

Promouvoir l’éducation et la formation à l’entrepreneuriat au niveau des lycées, universités et centres de formation professionnelle afin de soutenir la croissance et la création d’entreprises et startups.

Compte tenu de la conjoncture difficile que traverse la majorité des pays à l’échelle planétaire, l’éducation à l’entrepreneuriat est l’un des investissements les plus rentables que peut faire l’Afrique.

Pourquoi  ?

Les expériences de certains pays industrialisés prouvent que lorsque les étudiants participent durant leurs cursus scolaire –secondaire et ou universitaire à des formations sur l’entrepreneuriat créent plus tard leur propre entreprise ou startup.

Les jeunes qui bénéficient d’un apprentissage entrepreneurial acquièrent des connaissances sur les métiers de l’entreprise et startup ainsi que des compétences et des aptitudes essentielles, telles que l’esprit d’initiative, la ténacité, le travail en équipe, la compréhension des risques et le sens des responsabilités, la créativité, etc. C’est cet état d’esprit qui permet aux jeunes futurs entrepreneurs de transformer leurs idées de projet en action et qui de ce fait, développe fortement l’employabilité à travers la création de leur propre structure quelle que soit sa taille ou sa forme.

A mon humble avis, et compte tenu de mon capital d’expérience en ma qualité d’expert consultant formateur facilitateur en entrepreneuriat classique et vert depuis trente années, l’esprit d’entreprise est l’une des compétences-clés du développement économique de l’Afrique. Le rôle de l’entrepreneuriat en tant qu’instrument permettra d’améliorer les niveaux d’employabilité en Afrique. A cet effet, les pays africains devront mettre en place des stratégies nationales d’éducation à l’entrepreneuriat et devront rendre obligatoire l’acquisition de compétences entrepreneuriales dans le cadre des cursus d’enseignement. Cependant, l’apprentissage devra être plus vivant grâce à des modèles pratiques d’apprentissage expérientiel, chaque pays devra choisir le modèle qui lui convient le mieux en prenant en considération également le témoignage d’entrepreneurs qui se sont confrontés au jour le jour aux réalités du terrain.

Dans ce contexte, Il est nécessaire de définir des objectifs d’apprentissage pour tous les formateurs en charge de la formation entrepreneuriale à travers un programme dit «formation de formateurs à l’entrepreneuriat», animé par des experts formateurs en la matière afin de généraliser et de mettre en œuvre dans les établissements d’enseignement des méthodes et pratiques efficaces d’apprentissage entrepreneurial.

Cette façon de faire, va permettre d’accroître la professionnalisation d’un corps spécifique d’enseignants-chercheurs en entrepreneuriat. Il demeure entendu qu’une telle action fera l’objet d’un suivi régulier et planifié au niveau des incubateurs, pépinières et maisons de l’entrepreneuriat.

L’enseignement supérieur au service de l’entrepreneuriat.

En matière d’entrepreneuriat, le rôle de l’enseignement supérieur va bien au-delà de la seule transmission de connaissances et devra aussi s’inscrire dans des écosystèmes, et surtout dans des partenariats et des alliances industrielles. Les établissements de l’enseignement supérieur devront faire de l’entrepreneuriat un vecteur-clé d’innovation, ils contribueront ainsi à créer des passerelles entre éducation et innovation au profit de l’industrie.

Les universités devront aussi développer une démarche entrepreneuriale, celle-ci sera conçue de manière à aider les universités intéressées à s’auto-évaluer et à améliorer leurs capacités respectives, grâce à des modules d’apprentissage sur-mesure.

Les actions à mettre en œuvre sont :

✓ Mettre en place une initiative africaine pour l’acquisition de compétences entrepreneuriales, qui réunira les compétences existantes en matière d’analyse d’impact, de partage des connaissances, de développement de méthodologies et de tutorat.

✓ Renforcer la coopération entre les pays africains, afin d’évaluer l’instauration de la formation à l’entrepreneuriat dans chaque pays, sur la base de l’expérience pratique et ce dans le but d’aider les administrations publiques qui souhaiteraient tirer les enseignements des succès de leurs homologues dans le domaine.

✓ Promouvoir la reconnaissance et la validation des compétences entrepreneuriales acquises durant les cycles de formation.

✓ Faciliter les échanges et l’expérience entre les universités africaines en matière de formation à l’entreprenariat.

✓ Soutenir les dispositifs efficaces de création d’entreprise et startup et favorisée par l’université – Spin Off /entreprises et startups nées de la recherche universitaire, et les écosystèmes qui voient le jour entre université et entreprise et startup en s’articulant autour de grands défis majeurs en Afrique.

✓ Veiller à ce que l’esprit d’entreprise figure comme compétence-clé dans les programmes de l’enseignement primaire, secondaire, professionnel et supérieur.

✓ Offrir aux jeunes –femmes et hommes-universitaires et ceux issus de la formation professionnelle, la possibilité de bénéficier au moins d’une expérience pratique de l’entrepreneuriat avant de quitter l’enseignement à travers des thématiques suivantes : de l’idée au projet, la gestion d’un projet entrepreneurial, les compétences entrepreneuriales, ou encore qu’est-ce qu’un projet social ou vert.

Au niveau institutionnel et ressources, nous préconisons les actions suivantes à mettre en œuvre :

Nous citerons à titre d’exemples dans le cadre des préconisations relatives aux leviers institutionnels et aux ressources :

  • La création d’une structure de promotion et de développement de l’enseignement à l’entrepreneuriat dans le système éducatif pour chaque pays africain ;
  • La création d’un observatoire africain des pratiques pédagogiques en entrepreneuriat ;
  • La création d’un comité africain de l’enseignement en entrepreneuriat pour donner plus de poids et intérêts eu égard aux enjeux socio-économiques et environnementaux de notre continent, en faisant participer les pouvoirs publics d’un côté et les acteurs du secteur privé et autres partenaires de l’écosystème entrepreneurial.
  • Développer l’esprit d’entreprendre et la culture entrepreneuriale classique, sociale et verte à travers des séminaires au niveau des Universités, Ecoles, Centres de recherche, etc…,
  • Rechercher des partenaires actifs sur des programmes d’enseignement avec d’autres universités étrangères des pays émergents pour partager et échanger les expériences dans le domaine de l’entrepreneuriat classique, social et vert.
  • Organiser au moins une fois par an «un colloque sur la création d’entreprise et startup en Afrique», avec la participation de tous les acteurs qui sont en relations directe ou indirecte avec la création et le développement de l’entreprise.

Par

Mourad Bergheul

Expert Consultant formateur Facilitateur

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