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Grand Entretien : Christophe Maquet, Directeur de Veolia Afrique & Moyen-Orient

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Les ambitions et les projets de Veolia du spécialiste français de la gestion de l’eau et des déchets sur le continent notamment semblent obéir à des enjeux bien compris des tous : acteurs, partenaires et bénéficiaires. Du moins c’est l’explication de Christophe Maquet, le Monsieur Afrique et Moyen-Orient du groupe, qui confirme que «tous sont conscients des enjeux». Mieux, «ils sont prêts à changer la donne et ce nouvel état d’esprit me rend optimiste et déterminé», détaille-t-il. Quel bilan de parcours, près de deux décennies de présence en Afrique ? Entretien.

 

AFRIMAG : Que représente l’Afrique dans les activités de Veolia dans le monde ?

Christophe Maquet : Veolia est engagé sur le continent africain depuis plus de 21 ans. Nous y réalisons un chiffre d’affaires d’1 milliard d’euros et desservons près de 8,5 millions d’habitants pour l’eau potable, 6,6 millions pour l’assainissement et 3,8 millions pour l’électricité, grâce à 6 500 collaborateurs répartis au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Niger, au Ghana, en Namibie et en Afrique du Sud.


Cet engagement sur le long terme nous a permis de faire la preuve de notre valeur ajoutée. Au Maroc par exemple où, depuis 2002, à Rabat, à Salé, à Tanger et à Tétouan nos performances en matière de gestion déléguée ont conduit les taux de desserte à atteindre pratiquement 100% et où les taux de rendement eau et électricité ont nettement progressé pour se situer à 82% pour l’eau et 93% pour l’électricité. De la même manière, au Niger, après 20 ans de présence nous avons multiplié par 4,5 l’accès à l’eau potable des populations, desservant une eau de qualité à plus de 4 millions d’habitants partout dans le pays. Notre expertise séduit aussi les industriels.

Au Ghana, nous sommes ainsi aux côtés d’AngloGold Ashanti, 3ème producteur mondial d’or, afin de privilégier une bonne gestion des eaux et éviter des problèmes de pollution générée par l’extraction des minerais.

 

Justement, le dernier rapport de l’ONU rappelait que si l’accès à l’eau potable sûre est assuré à 94% en Europe et en Amérique du Nord, il n’est que de 24% en Afrique subsaharienne. Que vous inspire-t-il ?

Cela impose de se mobiliser afin de protéger la planète et ses habitants car l’eau est évidemment un enjeu majeur et transversal dans nos sociétés. « L’eau c’est la vie » me disait le Président de la République du Niger ( Mahamadou Issoufou NDLR) lors de notre dernière rencontre. Derrière l’eau et l’assainissement, il y a effectivement la santé, l’hygiène, l’alimentation, l’éducation, l’environnement, le climat. C’est le meilleur investissement pour un développement résilient et durable du continent.

La chance de ma génération, c’est de voir qu’en 20 ans s’est développée une culture du dialogue et de la co-construction. Aujourd’hui les interlocuteurs ont changé et j’ai en face de moi, au-delà des politiques ou des industriels, tout un écosystème d’interlocuteurs issus principalement de la société civile. Ce sont des entrepreneurs sociaux, des associations de consommateurs, des acteurs de la solidarité, des universitaires, des chefs d’entreprises, des patrons de startup. Tous sont conscients des enjeux. Mieux encore : ils sont prêts à changer la donne et ce nouvel état d’esprit me rend optimiste et déterminé.

Nous pouvons aujourd’hui miser sur ces nouvelles forces de l’Afrique pour relever ces immenses défis.

 

Parmi ces défis, la pandémie du coronavirus, Quel est son impact sur vos activités en Afrique ?

L’impact de la crise a été maîtrisé grâce à nos activités municipales qui ont bien résisté et représentent 90% de nos activités sur le continent. Nous en avons quand même subi des effets au Maroc avec une baisse des volumes d’électricité distribuée (-15%) pendant le confinement qui a été le plus long du continent. En dépit des discours alarmistes, les pays du continent africain ont su mieux gérer la crise Covid que les pays développés.

Ils ont aussi su faire preuve d’innovation et de créativité. L’absence de mécanismes de solidarité internationale face au Covid-19 a engendré une émulation créatrice immédiate. Très vite, le Maroc était en capacité de produire cinq millions de masques issus de 17 usines. De la même manière, au Niger, la confection de milliers de masques en tissus nous a permis d’en distribuer 4 par collaborateur de notre filiale.

Cette crise a mis en lumière des fondamentaux que l’on avait fini par oublier ailleurs qu’en Afrique : nos services sont vraiment essentiels et notamment l’accès à l’eau. 

Investi d’une mission prioritaire, particulièrement en temps de crise sanitaire, nous avons mis en place des plans de continuité d’activités pour répondre aux besoins des populations en eau tout en garantissant la sécurité de nos collaborateurs opérant en première ligne, sur le terrain. Ils sont devenus les « héros du quotidien ». Nos métiers ont ainsi retrouvé leurs lettres de noblesse.

 

En tant que leader mondial des services collectifs, Veolia diversifie ses activités comme dans les déchets médicaux. Qu’est-ce qui vous empêche de déployer cette activité sur le continent qui connaît d’énormes difficultés quant à la gestion de ses déchets médicaux ?

 

Nous lançons effectivement au Maroc une nouvelle activité de gestion des déchets médicaux et pharmaceutiques car une grande partie des 22 000 tonnes de déchets produits par les professionnels de santé (hôpitaux, dentistes, vétérinaires…) ne sont pas traitées au Maroc et le ministère de la Santé a dû lancer un nouveau plan pour leur gestion qui comprend l’ouverture du champ de la gestion déléguée dans ce domaine.

Veolia s’est donc associé au marocain SOS NDD, société spécialisée dans la gestion de déchets pour créer VEOS et dès le début de l’année prochaine notre usine pourra traiter jusqu’à 4 000 tonnes de déchets médicaux et pharmaceutiques.

Notre offre comprend des solutions digitales de traçabilité, un espace client dédié et la certification de l’élimination des déchets. Surtout, l’objectif de notre traitement est d’éliminer le risque microbiologique afin de rendre ces déchets inertes et sans danger pour l’environnement.

Cet enjeu résonne fortement dans la période actuelle mais il nécessite un cadre, notamment législatif, pour prévoir des sanctions en cas de non-respect des consignes de gestion de ces déchets (seringues, aiguilles potentiellement contagieuses, etc.) qui doivent être triés, séparément des ordures ménagères, et banalisés, c’est-à-dire stérilisés.

Après le Maroc, nous pourrions étendre cette activité à d’autres pays où nous sommes présents à condition qu’ils garantissent que ces conditions sont réunies.

 

 

Bio-express

 

Christophe Maquet est depuis le 1er janvier 2019 Directeur de la zone Afrique et Moyen-Orient de Veolia et membre du comité de direction du groupe leader mondial des services à l’environnement. A ce titre, il est à la tête de 8 500 collaborateurs répartis dans une quinzaine de pays pour fournir les ressources nécessaires au bien-être des populations, à l’attractivité des territoires et à la performance des entreprises. De 2013 à 2019, il a occupé successivement chez Veolia le poste de Directeur Réseaux de Froid et Utilités Industrielles Asie et Moyen-Orient, puis celui de Directeur Énergie pour le Japon, la Corée du Sud, Singapour et Hong-Kong, avant d’être nommé en 2017 Directeur Clients Industriels de Veolia au Japon.

En 2007, il rejoint les équipes de Veolia au Moyen-Orient, où il sera successivement Directeur financier Energie, Directeur du développement Énergie puis Directeur général Utilities.

Christophe Maquet a intégré Veolia en 2004 en tant que contrôleur financier des activités Énergie du Groupe.

Né en 1978, il est diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole des Ponts et Chaussées.

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