La Rumba congolaise, vous connaissez ? Oh que si ! C’est ce genre musical avec lequel Franco Luambo, TabuLey Rochereau ou le virtuose Papa Wemba ont bercé le cœur de nombreux mélomanes en Afrique et ailleurs dans le monde. Et comme ça laisse croire, les figures emblématiques de la Rumba sont des hommes alors qu’elles ont aussi un visage féminin. Comme un black-out, la touche féminine, qui a contribué à donner à la Rumba ses lettres de noblesse, a longtemps été sous l’éteignoir
C’est ce silence que brise la scénariste et femme politique française, Yamina Benguigui dans un film documentaire titré ‘’Rumba congolaise, les Héroïnes.’’ Une œuvre poignante où la danse et la musique deviennent des vecteurs d’émancipation. A travers des archives inédites et des témoignages bouleversants, la réalisatrice franco-algérienne offre une relecture féminine d’un patrimoine longtemps dominé par des récits masculins en reléguant au second plan ces voix pétillantes comme celle de Mbilia Bel, Abeti Masikini, ou encore Tshala Muana. Disons le : ‘’Rumba Congolaise, les Héroïnes’’ est une ode émouvante à ces Pionnières Oubliées de ce patrimoine immatériel de l’humanité classé à l’Unesco depuis 2021.
Ce documentaire, d’une profondeur saisissante, se distingue non seulement par sa qualité esthétique et narrative, mais également par la pertinence de son propos : rendre aux femmes de la rumba congolaise la place éminente qui leur fut trop longtemps déniée. Son film n’est pas qu’une simple œuvre cinématographique, il est un acte de justice mémorielle, une exploration délicate et puissante des parcours de ces femmes dont le talent, la détermination et la résilience ont façonné les contours de ce genre musical emblématique.
La scénariste tisse une tapisserie complexe et nuancée

Le documentaire nous plonge au cœur des récits de ces «héroïnes,» des voix qui, pour la première fois avec une telle amplitude, peuvent s’exprimer et témoigner de leurs expériences. A travers une immersion dans leur quotidien, Yamina Benguigui tisse une tapisserie complexe et nuancée de leurs vies. On découvre ainsi les défis auxquels elles furent confrontées, les préjugés tenaces qu’elles durent braver dans un milieu majoritairement masculin, mais aussi la passion indéfectible qui les animait et l’impact profond qu’elles eurent sur l’évolution de la rumba. Le film révèle comment, malgré les obstacles, ces femmes ont su s’affirmer, non seulement comme des interprètes et des compositrices de talent, mais aussi comme de véritables pionnières, brisant les carcans sociaux et artistiques de leur époque.

orchestres étaient majoritairement masculins. © Archives
Ce qui frappe dans «Rumba congolaise, les héroïnes,» c’est la manière dont Yamina Benguigui lie art et lutte. La danse, souvent perçue comme un simple divertissement, y est présentée comme un langage corporel de résistance. Les mouvements sensuels des danseuses, longtemps stigmatisés, étaient en réalité une revendication de leur droit à exister pleinement.
La rumba comme moyen d’expression

Le film retrace avec finesse le parcours de ces femmes qui, dès les années 1950, ont utilisé la scène comme une tribune pour leur liberté. À Kinshasa comme à Brazzaville, la rumba n’était pas seulement une musique elle était un moyen d’expression, une arme contre les oppressions coloniales puis postcoloniales. Les témoignages recueillis par Benguigui révèlent des destins brisés par l’oubli, mais aussi une résilience extraordinaire. L’une des séquences les plus émouvantes montre une ancienne danseuse des clubs de Kinshasa racontant comment elle a dû abandonner sa carrière sous la pression familiale, alors qu’elle illuminait les nuits africaines de son talent
Un acte de justice mémorielle

Contrairement aux hommes, peu de chanteuses ont eu droit à des biographies ou des hommages posthumes. Pourtant, l’héritage de ces femmes perdure. Benguigui met en lumière une nouvelle génération d’artistes, comme Fally Ipupa ou Béatrice Dalle (qui rend régulièrement hommage à ces icônes, qui se réapproprient cet héritage. Le film se clôt sur une note d’espoir. En effet, des collectifs féminins à Kinshasa et Paris œuvrent pour faire revivre ces mémoires, à travers des spectacles et des expositions.
Avec «Rumba congolaise, les héroïnes,»Yamina Benguigui signe bien plus qu’un film. C’est un acte de justice mémorielle. En redonnant une voix à ces femmes, elle réhabilite une part essentielle de la culture africaine. Son approche, à la fois cinématographique et anthropologique, fait de ce documentaire une œuvre incontournable, autant pour les amateurs de musique que pour les défenseurs des droits des femmes.





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