Environ 60 % des pays les plus pauvres du monde sont déjà surendettés ou fortement menacés de le devenir. Leur dette publique représente en moyenne 70 % de leur PIB, soit une augmentation de plus de 60 % par rapport à la situation d’il y a dix ans.
Ce constat de la Banque mondiale montre clairement que le Mal de l’Afrique est toujours celui de la dette. De cette aide qui ne dispense pas de l’aide. Elle prend souvent la forme de la Facilité de crédit rapide (FCR) qui permet d’apporter rapidement une aide financière concessionnelle aux Pays à faible revenu (PFR) qui font face à un besoin urgent de financement de la balance des paiements.
Environ 20 % des financements de l’IDA (Association internationale de développement) dans le monde prennent la forme de dons, le reste étant constitué de crédits à faible taux d’intérêt remboursables sur une longue période. Les financements à faible coût de l’IDA permettent à ces pays d’éviter des opérations coûteuses et d’alléger leur fardeau financier. Enfin, l’IDA aide les gouvernements confrontés à un endettement élevé et à des déséquilibres budgétaires à gérer les risques tout en systématisant des pratiques d’emprunt durables et transparentes.
Cette précarité installe la plupart des pays africains dans un cercle vicieux. Elle les oblige à consacrer une plus grande partie de leur budget au service de la dette plus qu’à la satisfaction de besoins essentiels, notamment la santé et l’éducation, qui profiteraient à leurs citoyens les plus vulnérables.
C’est bien pour cette raison que lors des Assemblées annuelles 2024, la Banque africaine de développement (BAD) a estimé que la résolution de la dette des pays africains est la «pierre angulaire de la réforme de l’architecture financière mondiale.»
La dette extérieure totale de l’Afrique, qui s’établissait à 1 120 milliards de dollars US en 2022, a atteint 1 152 milliards de dollars US à la fin 2023. Avec des taux d’intérêt mondiaux à leur plus haut niveau depuis 40 ans et l’arrivée à maturité, cette année, de nombreux titres de dette obligataire émis par les pays africains, les défis ne manquent. L’Afrique paiera 163 milliards de dollars au titre du service de la dette rien que pour cette année 2024, ce qui constitue une forte augmentation par rapport aux 61 milliards de dollars de 2010.
Si l’Afrique fait l’actualité, quand est posée la question de l’endettement dans le monde, ce n’est pas parce qu’elle est le plus grand client des instances de crédits mais plutôt par le fait de l’inefficience d’emprunts à coups de milliards de dollars dont la corruption constitue un moyen d’absorption «incurable.» Dans l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2023 de l’Afrique subsaharienne, Transparency International parle d’«impunité pour responsables corrompues, d’espace civique restreint et d’accès à la justice limité.»
Dans les pays américains et européens considérés comme de «bons risques», bénéficiant de notations souvent favorables, même quand ils sont au creux de la vague, la dette atteint pourtant des sommets inégalables en Afrique !
Ainsi six pays de l’UE conservent toujours une dette publique supérieure à 90 % de leur PIB, le seuil le plus important du nouveau Pacte de stabilité et de croissance révisé en 2024. Avec un ratio atteignant 161,9 %, la Grèce détient de loin le plus fort taux d’endettement de l’Union européenne, devant l’Italie (137,3 %), la France (110,6 % du PIB, soit plus de 3 101 milliards d’euros), l’Espagne (107,7 %) ou encore la Belgique (105,2 %). Le Portugal (99,1 %) a réussi à réduire nettement sa dette publique de 8,4 points de pourcentage par rapport au troisième trimestre 2024 (107,5 %). C’est aussi dans ces pays-là que l’amélioration par rapport au troisième trimestre 2022 est parmi les plus spectaculaires (-13,3 au Portugal, -10,8 points de pourcentage en Grèce ou encore -3,9 pour l’Espagne). A l’inverse, l’Estonie (19,6 %) et la Bulgarie (23,1 %) présentent actuellement les taux d’endettement les plus faibles au sein de l’UE. Vient ensuite le Luxembourg (25,7 %).
Les progrès récents réalisés par certains pays africains pour alléger le fardeau de leur dette envoient un signal clair au monde entier : ils ont consenti l’effort qu’il faut pour aller dans le sens des réformes préconisées par les institutions de Bretton Woods, mais il reste encore de grands défis à relever. En effet, dans les environnements fragiles en particulier, comme ceux de l’Afrique, le développement n’est pas linéaire et peut facilement régresser si l’élan s’essouffle. Le renforcement de l’État et des institutions doit se poursuivre, tout comme l’aide internationale.











