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Les infrastructures de transport au cœur des débats à Nairobi

En prélude de la remise du Trophée Babacar Ndiaye le 12 juin 2019 à Malabo en Guinée Equatoriale en marge des Assemblées annuelles de la BAD, The Africa Road Builders vient d’organiser à Nairobi une rencontre autour de l’état des infrastructures routières et de transport en Afrique.

Mohamed H’Midouche, ancien représentant-résident pour l’Afrique de l’Ouest de la BAD et actuel membre du Comité scientifique du Trophée Babacar Ndiaye

La capitale kenyane, Nairobi, a accueilli du 20 au 21 mars la conférence inaugurale : ” The Africa Road Builders” pour le lancement de la 4ème édition de la remise du Trophée Babacar Ndiaye, ancien Président de la BAD. Ce prestigieux prix récompense ceux qui œuvrent au développement des infrastructures en général, routières et de transport en Afrique. Le Trophée sera remis au Président de la Gambie (voir encadré) pour la détermination qui a été la sienne dans la réalisation du pont qui relie désormais le Sénégal et la Gambie. L’événement proprement dit, aura lieu le 12 juin 2019 à Malabo, la capitale de la Guinée Equatoriale, en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).

The Africa Road Builders dont l’objectif assigné est de contribuer à la promotion des routes et des transports modernes et performants en Afrique a réuni des spécialistes dans plusieurs domaines liés aux infrastructures. Parmi les intervenants spécialisés dans le financement des infrastructures en Afrique,  Mohamed H’Midouche, ancien représentant-résident pour l’Afrique de l’Ouest de la BAD et actuel membre du Comité scientifique du Trophée Babacar Ndiaye.

Lors de son intervention Mohamed H’Midouche n’a pas manqué de brosser un tableau peu reluisant de l’état des infrastructures routières et de transport du continent mais également des politiques coercitives des Etats africains qui n’encourage point les échanges entre pays africains (commerce intra-africain). Et les conséquences d’un tel manque de coopération sont nombreuses. Citons entre autres, le déficit d’interconnexion en termes d’infrastructures, la faiblesse des relations bancaires interrégionales…
Ce qui explique largement l’orientation de la quasi-totalité des exportations africaines vers les marchés extérieurs au continent. Et du coup lui ampute une bonne part de la valeur ajoutée créée sur place. “Plus de 80% des exportations africaines continuent d’avoir pour destinations des marchés situés hors du continent”, avance H’Midouche lors de son intervention.

1000 et une contraintes
Parmi les principales difficultés que rencontrent les travailleurs africains dans leur propre continent, les questions liées aux visas et aux permis de travail viennent en tête. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les Africains ont besoin d’un visa pour se rendre dans 55% des autres pays que les leurs. Dans 25 % des autres pays africains, le visa peut être obtenu à l’arrivée, et dans 20 % seulement des pays, il n’est pas nécessaire. Le paradoxe dans cette situation de fait, c’est que les conditions d’entrée dans les pays africains sont plus faciles pour les voyageurs non africains.
Il faut ajouter à ces problèmes politiques et administratifs ceux liés à la logistique et aux coûts de production.

L’exemple du transport aérien est édifiant à cet égard. L’Afrique compte un nombre très limité de compagnies aériennes pour pouvoir relier deux pays du continent d’Est en Ouest, du Nord au Sud en 24h. Pour ce faire, il arrive même de transiter par un aéroport européen ou du Moyen-Orient.
Dans le secteur des infrastructures routières, portuaires ou autres connectivités essentielles au développement des échanges, la situation reste bloquée par des considérations politiques ou d’ego, c’est le cas du poste frontalier entre la Mauritanie et le Sénégal au niveau de la ville de Rosso. Même si ce problème est en voie de règlement grâce à un financement de la BAD et d’autres bailleurs de fonds qui accompagnent les deux voisins. “L’absence d’un ouvrage de franchissement permanent entre les deux rives du fleuve Sénégal, constitue un handicap majeur à la mise en œuvre des politiques de développement économique et d’intégration régionale et continentale”, souligne Mohamed M’Hmidouche. Selon les spécialistes, avec la construction du pont de Rosso d’une longueur de 1500 m, le trafic de véhicules sur cet axe devrait plus que tripler d’ici 2025. Ce qui va intensifier l’activité économique sur la rive du fleuve Sénégal.
Ajoutons à ces nombreuses difficultés, la cherté des coûts du fret et du transport. En Afrique Centrale par exemple, transporter une tonne de marchandises entre Douala au Cameroun et N’Djamena au Tchad revient à 0,11 dollar le km, soit deux fois plus qu’en Europe occidentale (0,05 dollar) et plus de cinq fois plus qu’au Pakistan (0,02 dollar). Les coûts élevés de transport conduisent à une baisse de la compétitivité et à un accroissement des prix des facteurs de production. Le manque d’infrastructures de transport est une cause majeure de disparités économiques intra-régionales en Afrique subsaharienne. Les pays enclavés font face à des temps et à des coûts de transport plus élevés causant un tassement des taux de croissance du PIB.

Des initiatives qui donnent à espérer
Cela étant, tout ne semble pas cependant sombre. Comme l’a montré Mohamed H’Midouche dans ses slides lors de son intervention, quelques exemples allant dans le bon sens nous viennent ici et là. C’est notamment le projet du Gazoduc, initié par le Roi Mohammed VI du Maroc et le Président Muhammadu Buhari du Nigeria, devant permettre la création d’un marché ouest-africain de gaz naturel. Ce projet est une aubaine pour les pays de la région traversés par le gazoduc de bénéficier de ses retombées. Ou la mise en commun d’unités de productions d’engrais en cours de construction à Jorf Lasfar et à Lekki Free Zone au Nigeria, avec à la clef un investissement de 2,5 milliards de dollars engagés par les deux parties. H’midouch a aussi cité d’autres cas de projets réussis en Afrique et qui contribuent à l’intégration régionale et à la prospérité de l’Afrique, notamment des institutions financières panafricaines solides, à l’image de l’African Development Bank Group et la Banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur (BMICE), ainsi que des structures panafricaines comme West Africa Power Pool, West Africa Monetary Zone ou alors la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), dont l’accord de création a été signé le 21 mars 2018 à Kigali, capitale du Rwanda.

Le Pont Sénégal-Gambie: un bel exemple de coopération

Adama Barrow, Président de la Gambie et Macky Sall du Sénégal

L’objectif de ce pont qui a été inauguré le 21 janvier 2019 par Le Président Adama Barrow de la Gambie, en présence de son homologue du Sénégal, Macky Sall, est de stimuler la croissance économique des pays du Corridor transgambien (Kaolack-autoroute transgambienne-Ziguinchor). Ce corridor est considéré comme une partie de l’autoroute trans-ouest-africaine (Corridor Dakar-Lagos), et de la CEDEAO dans son ensemble en y favorisant l’intégration grâce à des infrastructures de transport fiables, efficaces et ininterrompues qui améliorent la compétitivité de l’ensemble de la région.
L’objectif assigné est également de faciliter le flux de circulation par voie terrestre entre le Nord et le Sud de la Gambie et du Sénégal et, par extension, entre les États membres de la Cedeao mais également l’axe routier Tanger-Lagos. Pour ses promoteurs, le pont facilitera les déplacements et l’accès aux marchés et aux activités économiques pour les communautés implantées dans sa zone d’influence. Il s’agit aussi de désenclaver la Casamance au Sénégal. Les résultats attendus sont la réduction des coûts de transport, du temps de trajet et des formalités administratives aux frontières. Ceci aboutira à densifier le potentiel commercial, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté et à l’autonomisation socio-économique des communautés à proximité du corridor et celles de la région ouest-africaine dans son ensemble.
Ce pont contribuera grandement à l’opérationnalisation de la ZLECA, dès son entrée en vigueur qui ne saura tarder dès que 22 Etats auront ratifié l’accord.

 

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