90 % des entreprises. 60 % des emplois du secteur formel. 40 % du PIB africain. Les PME africaines sont au cœur du maillage socio-économique des pays du continent. Et pourtant, ce potentiel énorme est encore partiellement inexploité du fait d’un déficit systémique d’accès au financement.
« Moins d’un quart des TPE et PME accèdent effectivement à un prêt bancaire », estime ainsi Léonce Yacé, Directeur général de NSIA Banque Côte d’Ivoire, pour le magazine français Entreprendre.fr. Dans ce contexte, établissements bancaires, Fintech et organismes publics multiplient les initiatives pour imaginer des modèles innovants de financement, alors que les liquidités se font plus rares après la crise sanitaire.
Un manque systémique de financement pour les PME africaines
Les chiffres sont vertigineux. En Afrique subsaharienne, les besoins en financement non honorés des PME étaient, en 2018, estimés à 330 milliards de dollars, selon MSME Finance Gap. Sans surprise, les femmes à la tête des PME sont surexposées aux difficultés d’accès au crédit, plaçant les entrepreneuses dans une situation de double peine aux conséquences socio-économiques majeures pour l’ensemble des pays africains. Ce gouffre de financement est d’autant plus délicat à combler que la grande majorité des PME opèrent dans le secteur informel, sans accès à un compte bancaire et aux services qui y sont associés.
Dans ce contexte, l’enjeu du financement des PME africaines est d’ailleurs devenu depuis plusieurs années, l’une des priorités d’action des politiques de soutien au développement menées par les bailleurs internationaux. Entre mars 2019 et 2022, l’initiative « Choose Africa » de l’Agence française de développement et de sa filiale Proparco, dédiée aux pays en développement, a permis de déployer 3,5 milliards d’euros — contre 2,5 prévus dans un premier temps — pour mettre en œuvre des solutions complémentaires de financement pour PME et start-up. En novembre 2020, un partenariat entre la Banque européenne d’investissement (BEI) et le groupe bancaire panafricain Ecobank a autorisé le lancement d’une facilité de crédit à long terme de 100 millions d’euros sur 9 ans, ainsi qu’une capacité d’assistance technique dirigée notamment vers les femmes africaines à la tête de PME. Des mécanismes d’autant plus urgents — et insuffisants — que, dans les années à venir, aucun signe n’indique que la soif de financement devrait se tarir. « 78 % des jeunes Africains (sont) désireux de créer leur propre entreprise dans les cinq ans », explique Léonce Yacé, qui se fonde sur les données de l’Ichikowitz Family Foundation.
Les FinTech tirent — un peu — leur épingle du jeu
Mais, malgré des progrès notables, les solutions d’autofinancement ou d’associations informelles d’épargne et de crédit continuent de rester les principales sources de financement des PME. Un modèle encore artisanal qui, à long-terme, apparaît encore bien incapable de mobiliser les fonds nécessaires pour répondre à des besoins en hausse. Les acteurs bancaires traditionnels, marqués par une très forte aversion au risque, restent quant à eux un peu en retrait du financement des PME. Une réalité qui n’échappe pas aux spécialistes du secteur. « Les PME et les TPE restent les principaux vecteurs qui autorisent une solide croissance économique. Mais elles ont besoin d’accompagnement pour leur développement et d’innovation pour leur mécanisme de financement », souligne Léonce Yacé.
« Cet environnement peu bancarisé a été favorable à l’émergence de modèles alternatifs », estime Clotilde Bouchet, pour LeLab de BPIFrance. Et tout particulièrement les Fintech. Sur le continent, les solutions FinTech se sont ainsi d’ores et déjà imposées comme des alternatives crédibles aux modes traditionnels de financement et connaissent des perspectives de croissance stratosphériques. Au Nigéria, où la FinTech Lidya a déployé un mécanisme de financement des PME, l’entreprise avait accordé pour moins de 2 millions de dollars de prêts en 2017, contre 10 millions en 2019 et 30 millions en 2019. D’autres acteurs plus récents, spécialisés sur les microcrédits, enchaînent quant à eux les tours de table, preuve de la profondeur du marché. En septembre dernier, la fintech nigériane NowNowDigital System a annoncé une levée de fonds de 13 millions de dollars et une implantation successive au Liberia et en Angola. En août, c’est la fintech kényane Pezesha qui a rendu publique une levée de fonds de 11 millions de dollars pour étendre son infrastructure de prêt numérique en Afrique de l’Ouest. Loin de rester en retrait, les banques imaginent aussi des solutions innovantes pour répondre aux besoins. Et invitent les chefs d’entreprise à prendre leur part.
Le système bancaire traditionnel toujours en quête de garanties
La montée en puissance des acteurs bancaires traditionnels sur le marché du financement des PME repose ainsi sur l’amélioration des modèles de gouvernance des entreprises africaines, encore trop éloignés des standards internationaux. « Les PME doivent faire des efforts pour améliorer leur gouvernance, leur information financière et tout ce qui permettra de rassurer les banques et de maîtriser les risques pour faciliter leur accès au financement », estime Léonce Yacé. Une vision largement partagée par la plupart des observateurs, qui estiment en effet qu’accorder un prêt à une PME en Afrique est largement plus risqué que dans le reste du monde, du fait d’une asymétrie d’informations entre les banques et les PME. « De nombreuses PME et start-up africaines sont incapables de fournir les informations financières requises par les créanciers pour évaluer leur solvabilité », déplorent par exemple Jean-Marc Gravellini et Florian Léon de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI). Une nécessaire montée en puissance de la gouvernance d’autant plus importante dans certains des États les plus défaillants, où tous les signaux sont au rouge en termes de stabilité politique, de garantie juridique et de climat des affaires, créant ainsi les conditions d’un contexte « crisogène » n’encourageant que très peu les institutions bancaires à investir.
Malgré tout, les acteurs bancaires aspirent à prendre leur part dans le financement des PME africaines. Les principaux acteurs du continent imaginent ainsi de nombreux mécanismes alternatifs pour améliorer les relations avec ce segment de clientèle. Avec un maître-mot : la personnalisation des offres. « Côté banque, on peut par exemple penser au perfectionnement de notre offre de services, à l’amélioration de nos processus de financement pour réduire notamment les délais d’accès au crédit ; à la personnalisation de nos produits d’accompagnement en intégrant une véritable dimension-conseil et accompagnement des entrepreneurs », affirme Léonce Yacé, évoquant le lancement de nombreux produits au sein de NSIA Banque Côte d’Ivoire.
Il est, pour le continent africain, impensable de rater ce virage. En effet, selon la Banque mondiale, environ 450 millions de jeunes Africains rejoindront le marché du travail entre 2035 et 2050 et seront logiquement appelés à rejoindre un tissu économique de PME, dont le développement repose en partie sur leur capacité d’accès au financement.


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