En visite en Tanzanie, c’est une rare franchise et de courage, que le Président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a admis que l’Association internationale de développement (IDA) pour l’Afrique est peut-être passée à côté de sa mission essentielle en Afrique : réduire considérablement la pauvreté.
A sa création, l’Association internationale de développement (IDA) (ndlr : organisme créé en 1960 et faisant partie du groupe Banque mondiale) était chargée d’une mission simple mais noble : élever le niveau de vie et créer une dynamique de croissance dans les pays en développement. «Mais le paysage auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est bien plus complexe : un déclin des progrès dans notre lutte contre la pauvreté, une crise climatique existentielle, l’insécurité alimentaire, la fragilité, une reprise pandémique naissante et des conflits qui touchent des vies au-delà des lignes de front.» Ce mea culpa du Président de la Banque mondiale est quelque part, un aveu d’échec des programmes de développement en Afrique et dans les pays du Sud.
Au cours des dix prochaines années, 1,1 milliard de jeunes des pays en développement deviendront des adultes en âge de travailler. Pourtant, sur la même période et dans les mêmes pays, au mieux, il ne sera créé que 325 millions d’emplois… Le coût de l’inaction est inimaginable, met-il en garde. Comment espérer réaliser des progrès alors que 600 millions d’Africains dont 36 millions de personnes vivent ici en Tanzanie, n’ont toujours pas accès à une électricité fiable, s’interroge le Président de la Banque mondiale. Pour faire face à ces défis, la seule option est d’y répondre de manière agressive, simultanée et globale, tranche-t-il en justifiant au passage la «Nouvelle vision» de l’institution de Bretton-Woods : «créer un monde sans pauvreté sur une planète vivable.»
Cela sera difficile, concède le patron de la Banque mondiale, “mais si nous voulons vraiment encourager le changement et aider les pays à atteindre leurs objectifs de développement, nous ne pouvons pas nous contenter de le souhaiter : nous devons nous battre pour cela”, ajoute-t-il.
Au cours des dix dernières années, le nombre d’éléments de l’IDA qu’il nous a été demandé de mesurer est passé de 120 à plus de 1 000. En conséquence, notre équipe et les gouvernements passent plus de temps à essayer de cocher les cases qu’à produire des résultats. «Il va falloir s’engager encore plus envers la vision qui a déclenché la création de l’IDA : une vision d’un monde où la pauvreté n’est pas un obstacle au potentiel humain, mais un monde où chaque individu a la possibilité de s’épanouir.» En voilà un qui n’a pas la langue dans sa poche.





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