La Banque mondiale salue les performances économiques du Maroc, qui enregistre sa plus forte croissance depuis plus d’une décennie. Mais derrière ces indicateurs encourageants, l’institution appelle à une nouvelle étape : faire de la transformation numérique le principal moteur de la productivité et de la compétitivité des entreprises marocaines.
Le Maroc renoue avec une dynamique économique rarement observée depuis plus de dix ans. Selon le dernier Rapport de suivi de la situation économique au Maroc, publié par la Banque mondiale sous le titre Consolider la croissance : La transformation numérique comme levier de productivité, le Royaume a enregistré en 2025 une croissance estimée à 4,9 %, son meilleur résultat depuis une décennie.
Cette performance repose principalement sur deux moteurs : l’accélération des investissements publics, notamment dans les infrastructures liées aux préparatifs de la Coupe du monde 2030, et les premiers signes de reprise du secteur agricole après plusieurs campagnes marquées par les aléas climatiques.
Les perspectives demeurent favorables. La Banque mondiale anticipe une croissance de 4,2 % en 2026, soutenue par la poursuite des grands chantiers d’investissement et par la vigueur de la demande intérieure.
Des fondamentaux solides, mais un marché de l’emploi encore fragile
Au-delà de la croissance, plusieurs indicateurs macroéconomiques témoignent d’un assainissement de l’économie marocaine. L’inflation est retombée à 0,8 %, offrant un répit bienvenu aux ménages comme aux entreprises après plusieurs années de fortes tensions sur les prix.
Les finances publiques poursuivent également leur redressement. Le déficit budgétaire a été ramené à 3,5 % du PIB, tandis que l’agence de notation Standard & Poor’s a récemment reclassé la dette souveraine marocaine dans la catégorie « Investment Grade », consacrant ainsi le renforcement de la crédibilité financière du Royaume.
Ce tableau positif masque toutefois certaines fragilités. Les dernières statistiques sur l’emploi révèlent un taux global de sous-utilisation de la main-d’œuvre atteignant 22,5 %, signe que la croissance ne se traduit pas encore pleinement par une amélioration du marché du travail. La faible participation des femmes à l’activité économique demeure notamment l’un des principaux défis structurels.
Des risques extérieurs qui continuent de peser
Malgré ces résultats encourageants, l’économie marocaine reste exposée à plusieurs facteurs de vulnérabilité.
La Banque mondiale souligne notamment les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur les coûts d’importation de l’énergie et du transport maritime. L’impact négatif sur la croissance est estimé à 0,8 point de pourcentage par rapport aux perspectives qui prévalaient avant le déclenchement du conflit.
À ces risques géopolitiques s’ajoutent les sécheresses récurrentes, qui continuent d’affecter durablement la production agricole et les secteurs dépendants des ressources hydriques. Enfin, la vigueur de la croissance marocaine reste étroitement liée au rythme de la reprise économique chez ses principaux partenaires européens.
Le numérique, nouveau chantier stratégique
Pour l’institution de Bretton Woods, les performances actuelles ne suffiront pas à maintenir durablement un rythme élevé de croissance. Le véritable enjeu des prochaines années réside dans l’amélioration de la productivité, et c’est sur ce terrain que la transformation numérique apparaît comme le principal levier.
« La résilience économique du Maroc est remarquable et sa dynamique de croissance bien réelle. Pour pérenniser et amplifier ces acquis, il faudra libérer de nouvelles sources de productivité. La transformation numérique constitue aujourd’hui le levier le plus puissant », souligne le rapport.
Un potentiel encore largement inexploité
Le dossier thématique consacré à la numérisation des entreprises met en évidence un paradoxe. Si les entreprises marocaines ont progressivement adopté les outils numériques de base, moins de 20 % utilisent de manière intensive des technologies avancées telles que les logiciels de gestion intégrée, les plateformes de relation client (CRM) ou encore les solutions de commerce électronique.
Or, les bénéfices économiques de cette transition sont considérables. Selon la Banque mondiale, les entreprises les plus avancées sur le plan numérique affichent des gains de productivité pouvant atteindre 70 %, créent des emplois 10 % plus rapidement et versent des rémunérations supérieures de 27 % en moyenne.
À l’échelle nationale, réduire l’écart numérique avec les économies comparables permettrait d’augmenter la productivité globale du Maroc de 10 à 15 %, ouvrant ainsi un nouveau cycle de croissance plus durable, davantage fondé sur l’innovation que sur l’investissement public.
Pour la Banque mondiale, le Royaume dispose désormais des fondamentaux économiques, des ambitions et des capacités institutionnelles nécessaires pour réussir cette nouvelle transformation. Après avoir fait des infrastructures le moteur de sa croissance, le Maroc est désormais appelé à faire du numérique le socle de son prochain modèle de développement.





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