L’or rit jaune. Une expression qui n’a jamais été autant vérifiée qu’en ce moment en Mauritanie. Alors qu’elle se plaint de la chute vertigineuse du cours du métal jaune, l’obligeant à se séparer de 148 de ses employés, Tasiast Mauritanie, propriété du géant minier canadien Kinross, est dans le collimateur des autorités américaines.
C’est l’affaire dont bruissent, ces dernières semaines, les rues et salons de Nouakchott. Kinross qui file le parfait amour avec le gouvernement mauritanien, depuis 2010 (date du rachat de Tasiast avec Red Black Mining à plus de 7 milliards de dollars US), est rattrapé par son passé. La société s’attendait à des complications comme celles qui ont suivi, en 2014, le licenciement de 300 travailleurs, mais c’est d’outre-Atlantique qu’elles vont surgir sous forme de forts soupçons de corruption de la part du gendarme de la bourse américaine, la SEC (Securities and exchange commission) et du département de justice américain. Le géant minier canadien Kinross Gold Corporation (2,71 millions d’onces produites dans le monde en 2014, soit 85,86 tonnes) est suspecté de corruption active en Mauritanie et au Ghana. Concernant le premier pays, la SEC a démarré une enquête l’an dernier sur les relations étroites du groupe minier, coté aux bourses de Toronto et de New York, avec le régime du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz. Les éléments de l’enquête américaine se mettent lentement mais sûrement en place, même si la Mauritanie, par la voix du ministre chargé des Relations avec le parlement, et la société Tasiast (par communiqué) essaient de noyer le poisson. Patrick Hickey, l’ancien Vice-président Afrique de Kinross, en charge de la mine de Tasiast jusqu’à son éviction du groupe en 2014, a reçu, le 18 février 2015, une convocation des enquêteurs de la SEC, qui «cherchent à éclaircir les relations financières et commerciales nouées avec les partenaires mauritaniens, jusque dans l’entourage du président», écrit Le Monde Afrique. Le 19 mars 2014, la SEC avait exigé de Kinross Gold Corporation une liste de documents internes tels que l’intégralité des courriers et échanges électroniques, mais aussi les contrats et les virements passés avec une longue liste de personnalités mauritaniennes, le plus souvent des proches du président.
La confidentialité de l’enquête à ce stade, empêche ceux qui la mènent de donner suffisamment d’éléments mais il est clair que les principaux protagonistes de cette affaire sont embarrassés par un scandale qui arrive au mauvais moment. L’exploitation de la mine de Tasiast a en effet viré au cauchemar. Le cours de l’or s’est effondré, perdant 42 % de sa valeur depuis septembre 2011, le site fonctionne au ralenti et, surtout, Kinross Gold Corporation, le 5ème plus grand producteur d’or au monde n’est pas sûr de pouvoir continuer, avantageusement, son «aventure» en Mauritanie. Pour le gouvernement mauritanien, lancé depuis deux mois dans un dialogue politique aux contours très flous, ce scandale met du grain dans le moule d’une opposition jusque-là en perte de vitesse. Le Forum national pour l’unité et la démocratie (Fndu), coalition de dix partis d’opposition opposés à un éventuel changement de la constitution devant permettre à Ould Abdel Aziz de briguer un troisième mandat, ressort tous les dossiers de corruption, réels ou supposés, et attend avec impatience les conclusions de l’enquête américaine.
Une affaire en or qui risque de tourner au cauchemar
En déboursant 7,1 milliards de dollars, en 2010, pour le rachat de la mine de Tasiast au groupe canadien Red Black Mining, qui avait acquis la mine pour 278 millions de dollars quelques années plus tôt, Kinross Gold Corporation réalisait là, la plus importante opération financière de son histoire. La hausse vertigineuse des prix de l’or, jusqu’à fin 2013, la confortait dans ses choix stratégiques allant jusqu’à envisager le développement de l’usine de Tasiast pour doubler sa production. Car le sous-sol de Tasiast renferme des réserves avérées de cinq millions d’onces (171,72 tonnes). Voire le double ou le quadruple selon des experts dont certains vont jusqu’à estimer les fonds inexplorés à 20 millions d’onces (687 tonnes). Mais, le succès de l’acquisition est plus lié aux tendances haussières du prix de l’or, comme Kinross l’apprendra à ses dépends, en 2014, que des réserves d’or hypothétiques du site. Il est aussi fragilisé, comme le laisse croire l’enquête de la SEC, par la corruption endémique dans le pays (la Mauritanie est classée 51ème pays plus corrompu au monde sur 175 par Transparency International), l’état des routes du pays empruntées par les trafiquants de drogue et une crise politique persistante depuis 2008, malgré la tenue d’élections municipales, législatives et présidentielles en 2009, 2013 et 2014. Si, en 2012, Kinross a réussi à couper court aux protestations de certains de ses actionnaires l’accusant d’avoir livré de «mauvaises informations pour motiver le rachat de cette mine dans cette contrée lointaine d’Afrique», il lui sera difficile de sortir indemne de cette affaire qui touche aux intérêts de l’Amérique.
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Mauritanie


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