En 2025, les banques et établissements financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ont collecté des ressources à un rythme près de trois fois supérieur à celui des crédits accordés à leur clientèle. Selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’UMOA, les dépôts et emprunts ont progressé de 16 %, contre 5,5 % pour les crédits. Un décalage qui souligne la difficulté du système bancaire régional à transformer une épargne abondante en financement de l’économie.
Les montants donnent la mesure du phénomène. Les dépôts et emprunts des établissements de crédit ont atteint 56 200,20 milliards de FCFA – environ 85,82 milliards d’euros- à fin 2025. Dans le même temps, les crédits à la clientèle se sont établis à 38 731,60milliards de FCFA .
En valeur absolue, l’écart est encore plus net. Les dépôts et emprunts ont augmenté de 7 770,70 milliards de FCFA sur un an, alors que les crédits n’ont progressé que de 2 031,70 milliards. En 2024, la progression des ressources ressortait à 7,2 %, contre 5,6 % pour les crédits .
Des dépôts à vue en forte hausse
L’augmentation des ressources bancaires tient d’abord aux dépôts à vue. Leur encours a bondi de 21,8 %, à 33 142,80 milliards de FCFA. Les dépôts à terme et les emprunts ont, pour leur part, progressé de 8,7 %, à 23 057,40 milliards de FCFA .
À eux deux, les dépôts et emprunts représentent 83,3 % des ressources du système bancaire. Les autres composantes du passif suivent également une tendance haussière : les fonds propres nets ont augmenté de 11,9 %, à 7 765,80 milliards de FCFA, tandis que les autres ressources ont progressé de 37,1 %, à 3 493,90 milliards.
Au total, les ressources du système bancaire ont crû de 16,5 %, contre 10,4 % pour les emplois. Cette évolution a permis de réduire de 52,5 % le déficit structurel de trésorerie des établissements de crédit, ramené à 2 656,10 milliards de FCFA à fin 2025.
Les banques privilégient les titres financiers
La progression du crédit reste en retrait de celle des autres emplois bancaires. Les financements accordés à la clientèle sont passés de 36 699,90 milliards de FCFA en 2024 à 38 731,6 milliards un an plus tard, soit une hausse de 5,5 %. Sur la même période, les autres emplois ont augmenté de 17,1 %.
Cette différence traduit un mouvement de plus en plus marqué vers les titres de placement, d’investissement et de transaction. Leur encours a atteint 25 796 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 15,1 % sur un an. Ils représentent désormais 36,8 % des emplois bancaires, contre 35,3 % en 2024 .
Le crédit à la clientèle ne recule donc pas. Mais il progresse moins vite que les placements financiers, qui absorbent une part croissante des ressources disponibles.
La Côte d’Ivoire tire la croissance du crédit
La dynamique varie fortement selon les pays. Six économies de l’Union ont enregistré une hausse des crédits à la clientèle en 2025.
La Côte d’Ivoire concentre la plus forte progression, avec 1 590 milliards de FCFA de crédits supplémentaires, soit une hausse de 11,9 %. Le Bénin suit avec 283 milliards de FCFA (+8,3 %). La Guinée-Bissau affiche, elle, le taux de croissance le plus élevé : +23,1 %, pour 40 milliards de FCFA de crédits supplémentaires.
Le Sénégal enregistre une hausse de 280 milliards de FCFA (+3,6 %), devant le Mali (+66 milliards, +0,9 %) et le Togo (+57 milliards, +2,4 %). À l’inverse, les crédits ont reculé au Burkina Faso, de 184 milliards de FCFA (-4 %), ainsi qu’au Niger, de 67 milliards (-5,4 %).
Ces écarts confirment le poids des principales économies de l’Union dans l’activité bancaire régionale. Ils montrent aussi que la dynamique du crédit dépend encore fortement des situations nationales.
Le court terme reprend des couleurs
La structure des financements révèle une reprise du crédit à court terme. Après une baisse de 3,6 % en 2024, son encours a progressé de 8,9 % en 2025, à 17 833,1 milliards de FCFA.
Les crédits à moyen terme, dont la maturité est comprise entre deux et dix ans, ont augmenté de 3 %, à 17 146,50 milliards de FCFA. Ils avaient pourtant bondi de 17,2 % un an plus tôt.
Le ralentissement est plus marqué sur le long terme. Les crédits d’une maturité supérieure à dix ans n’ont progressé que de 0,8 %, à 1 756,3 milliards de FCFA, après une chute de 14,4 % en 2024 . Une situation qui limite la capacité des banques à financer des investissements nécessitant des échéances longues.
Trois secteurs concentrent 66 % des crédits
Le crédit bancaire reste concentré sur quelques branches d’activité. Le commerce, les restaurants et les hôtels absorbent à eux seuls 30 % des financements. Les services à la collectivité et les secteurs sociaux représentent 24 %, tandis que les industries manufacturières comptent pour 12 % .
Ces trois secteurs reçoivent donc 66 % des crédits accordés dans l’Union. Une répartition qui souligne le rôle des banques dans le financement du commerce et des services, mais qui interroge aussi l’accès des autres activités productives au financement bancaire.
Deux places bancaires dominent l’Union
La concentration est tout aussi forte sur le plan géographique. À fin décembre 2025, l’UMOA comptait 160 établissements de crédit agréés, dont 135 banques et 25 établissements financiers à caractère bancaire .
La Côte d’Ivoire représente 37,9 % des actifs bancaires de l’Union, devant le Sénégal, avec 19,2 %. Suivent le Burkina Faso (12,5 %), le Mali (11 %), le Bénin (9,2 %), le Togo (6,6 %), le Niger (3 %) et la Guinée-Bissau (0,6 %) .
Les deux premières places bancaires de l’Union concentrent donc plus de la moitié des actifs. Leur trajectoire pèse directement sur les grandes évolutions du système bancaire régional.
Un système liquide, mais encore peu tourné vers le long terme
Le total de bilan des établissements de crédit de l’UMOA a atteint 82 298,8 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 14,1 % sur un an. Le secteur affiche également un résultat net de 1 252,1 milliards de FCFA, en progression de 25,5 %, tandis que son ratio moyen de solvabilité ressort à 15,6 %, pour un seuil réglementaire fixé à 11,5 % .
Le système bancaire de l’UMOA ne manque donc ni de ressources ni de solidité apparente. Sa difficulté est ailleurs : l’argent entre dans les banques beaucoup plus vite qu’il ne se transforme en crédits à la clientèle.
Pour les prochaines années, l’enjeu sera de canaliser davantage ces ressources vers l’investissement productif, sans fragiliser la stabilité financière. C’est là que se jouera une partie de la capacité de l’Union à financer sa croissance.








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