Vendredi 21 août, à quelques minutes de minuit, Mark Carney a mis brutalement fin aux négociations commerciales avec les États-Unis. Le premier ministre canadien a justifié cette rupture par des demandes américaines de dernière minute, jugées « injustes, non économiques et de nature à compromettre la fiabilité de tout accord. »
Au cœur du différend se trouve une question que peu d’observateurs attendaient dans un débat commercial : la protection de la langue française et de la culture québécoise.
Une exigence américaine jugée inacceptable
Selon Ottawa, les négociateurs américains, dirigés par le représentant au Commerce Jamieson Greer, ont demandé un assouplissement des règles québécoises relatives au français. Sont notamment visés l’étiquetage des appareils électroménagers, les manuels d’instruction et les mesures destinées à améliorer la visibilité des contenus culturels francophones.

À Québec, la réaction a été immédiate. La première ministre Christine Fréchette a affirmé que ce sujet aurait dû être exclu des discussions dès le départ. « Même si nous sommes menacés de différents tarifs, cela ne changera pas. Nous resterons tels que nous sommes », a-t-elle déclaré samedi 22 août .
L’administration américaine considère certaines règles linguistiques comme des obstacles au commerce. Du côté canadien, et plus encore au Québec, cette lecture passe mal. Le français n’y est pas perçu comme une contrainte technique, mais comme un élément central de l’identité collective.
Un coût économique élevé pour le Québec
La rupture des discussions a entraîné, samedi à 0 h 01, l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains de 50 % sur environ 28 milliards de dollars d’exportations canadiennes.
Le Québec figure parmi les provinces les plus exposées. Les produits en plastique, la machinerie électrique, le mobilier et les produits du bois devraient être particulièrement touchés. La Fédération des chambres de commerce du Québec parle déjà d’un « pire scénario » pour les entreprises.
Selon un sondage de l’organisation, 51,5 % des entreprises interrogées sont visées par au moins un tarif américain. Leurs pertes moyennes pourraient passer de 2,07 millions à 6,09 millions de dollars dans les six prochains mois. Le nombre moyen d’emplois supprimés par entreprise touchée pourrait, lui, grimper de 10 à 38.
« Ils ont demandé trop »
Les demandes américaines ne portaient pas uniquement sur la langue. Washington aurait aussi cherché à limiter la capacité du Canada à conclure des accords commerciaux avec d’autres pays. Les protections prévues pour l’industrie automobile canadienne auraient également été réduites, notamment avec l’exclusion d’une partie de la production de camions .

Le Canada, de son côté, était prêt à lever ses tarifs de rétorsion sur l’acier, l’aluminium et les automobiles si Washington abaissait suffisamment ses propres droits de douane. Ottawa envisageait aussi des ajustements administratifs au système de gestion de l’offre, sans modifier le système lui-même.
Mais les exigences ajoutées en fin de parcours ont fait dérailler les discussions. « En bref, ils ont demandé trop et offert trop peu », a résumé Mark Carney.
Jamieson Greer donne une autre version des faits. Selon lui, le Canada se serait éloigné de termes convenus plus tôt dans la semaine. Donald Trump, lui, n’avait pas encore réagi publiquement samedi après-midi, après avoir pourtant laissé entendre la veille qu’un accord restait possible.
Ottawa et Québec préparent la riposte
Le Canada a annoncé des contre-mesures « dollar pour dollar. » Elles viseront notamment l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, le matériel agricole, les pâtes et papiers et les produits électroniques. Leur entrée en vigueur est prévue le mardi suivant la fête du Travail, soit le 8 septembre.

Québec durcit aussi le ton. Christine Fréchette a confirmé que les produits alcoolisés américains resteraient absents des rayons de la Société des alcools du Québec tant que le conflit tarifaire se poursuivrait. La province maintiendra en outre ses pénalités contre les entreprises américaines qui répondent à des appels d’offres publics.
L’électricité québécoise, largement exportée vers les États-Unis, pourrait aussi entrer dans la partie si la crise s’aggrave.
Dès lundi 24 août, le gouvernement québécois doit lancer des programmes de prêts et d’aide financière destinés aux entreprises affectées. Les municipalités régionales de comté encadreront les mesures prévues pour les PME, tandis qu’Investissement Québec prendra en charge les entreprises dont les revenus dépassent deux millions de dollars.
Plus qu’un conflit commercial
Cette crise dépasse la seule question des tarifs. En plaçant la langue française et la culture québécoise dans la liste des concessions attendues, Washington a touché un point particulièrement sensible.
Au Québec, le français n’est pas une règle commerciale parmi d’autres. Il renvoie à une longue histoire de résistance culturelle en Amérique du Nord. C’est pourquoi la fermeté affichée par Mark Carney et Christine Fréchette peut être lue autrement que comme un simple calcul économique.
Ottawa et Québec ont tracé une ligne rouge : le commerce peut se négocier, mais l’identité, non.
Avec Montreal Gazette, CBC News, Leger 360





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