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Mauritanie : L’opposition ne dispose pas des armes de sa politique

Le 3 août 2015, une date passée inaperçue en Mauritanie pour la plupart des citoyens. Dix ans déjà que Taya n’est plus au pouvoir ! Dix ans de promesses de changement qu’on attend toujours. Mais pris à la gorge par les difficultés de la vie, et pataugeant dans la boue à Nouakchott où les rues ne supportent pas une pluie de 20 mm, les Mauritaniens ont d’autres chats à fouetter.

opposition mauritanienneDix ans déjà qu’Aziz est au pouvoir ! Oui, oui, ce n’est pas une méprise. J’ai toujours dit que le tombeur de Taya, en 2005, était, depuis cette date, le vrai maître du pays. ELy (le comité militaire pour la justice et la démocratie) et Sidi (le président qui rassure), n’étaient que des parenthèses. Dix-neuf et quinze mois. Deux étapes qui étaient nécessaires pour qu’Aziz assure sa prise. Car il ne s’agissait pas pour lui de venir, de voir et de quitter. L’homme du «changement constructif » a sans doute envisagé de rester aussi longtemps que le président qu’il venait de destituer. Cela est d’autant plus vraisemblable qu’il vient d’accomplir, mine de rien, la moitié du parcours (Taya a régné sur la Mauritanie de 1984 à 2005) et envisagerait, selon plusieurs observateurs, de prolonger son pouvoir par un troisième mandat, voire plus. Ce topo, qui plairait actuellement à la majorité présidentielle, notamment à l’Union pour la République (UPR), laisse de marbre une opposition qui a perdu tous ses repères. Je n’exagère pas en parlant ainsi. L’échec du dialogue (qui n’a d’ailleurs jamais commencé), la multiplication des crises qui secouent le pays et les errements d’un gouvernement navigant à vue depuis la chute des cours des matières premières exportées par la Mauritanie (fer, or, poisson, cuivre) sont des « opportunités » que l’opposition n’a pas pu – ou su – saisir pour marquer son territoire. Elle fait exactement comme le pouvoir à ses débuts : réagir au lieu d’agir. Sans disposer des mêmes armes que lui.

L’opposition ne constitue plus un contre-pouvoir

Actuellement, l’opposition perd du terrain parce qu’elle laisse l’initiative au pouvoir. Même sur le terrain des droits de l’Homme où l’Initiative pour la résurgence d’un mouvement abolitionniste (IRA) a ouvert une brèche, l’opposition refuse de s’engouffrer. Elle fait comme si elle voulait que les jeunes (touchés de plein fouet par le chômage), les descendants d’esclaves (IRA) et les M’almin (forgerons) ainsi que les mouvements négro-mauritaniens appelant à un partage équitable du pouvoir, ébranlent les assises du régime et lui ouvrent les portes du palais. La politique du moindre effort, en fait. Comme si, paradoxalement, l’union ne fait plus la force. Le Forum national pour l’unité et la démocratie (FNDU) ne se présente pas aujourd’hui comme un «front» de l’opposition mais un club (ou salon) où l’on vient passer le temps… et discuter de la météo, comme l’écrit fort justement L’Authentique ! Ce n’est pas là un appel à l’insurrection populaire, mais la description de la triste réalité d’un pays où l’opposition ne constitue plus un contre-pouvoir. Même le retour sur scène de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Alliance populaire progressiste (APP), qui tire, à nouveau, à boulets rouges sur le pouvoir, n’augure pas d’un changement des rapports de force de nature à pousser Ould Abdel Aziz à revoir sa gestion du pouvoir. Lui qui a vu de près comment Taya a amorcé lentement, mais sûrement sa descente aux enfers, doit savoir que même en l’absence d’une opposition crédible, le fauteuil de président reste soumis à toutes sortes d’aléas. La crise économique insoutenable qui avait préparé le coup d’Etat du 3 août 2005 est déjà là mais, entre-temps, l’ancien commandant du Bataillon pour la sécurité présidentielle (BASEP) a fait le vide autour de lui. Ce qui fait que son entourage civil (conseillers, hommes d’affaires, proches, etc.) reste à la fois son atout et son pire ennemi. Pas une opposition qui est oups.

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