À quarante-huit heures du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, la fête s’annonce amère pour des milliers de passionnés. Derrière les strass du gigantisme américano-mexicano-canadien, le tournoi le plus universel de la planète se heurte à la réalité glaciale de la politique migratoire américaine. Refoulements en cascade, délégations sous tension et supporters laissés à la porte : le Mondial de l’inclusion promis par Gianni Infantino s’est transformé en un tournoi à géométrie variable, scellant la soumission définitive de l’instance du football mondial face à la superpuissance américaine.
« Pas d’accès, pas de Coupe du monde », ça c’était avant…
Pour mesurer l’ampleur du renoncement, il faut remonter au printemps 2017. À l’époque, les États-Unis, sous l’impulsion du premier mandat de Donald Trump, appliquent déjà des restrictions de voyage drastiques : les fameux travel bans. Interrogé sur la viabilité d’une candidature nord-américaine dans de telles conditions, le président de la FIFA, Gianni Infantino, se voulait alors d’une fermeté inflexible : « Les équipes qualifiées pour une Coupe du monde doivent pouvoir accéder au territoire du pays hôte, sinon il n’y a pas de Coupe du monde. C’est une évidence. Il est clair que pour les compétitions FIFA, toute équipe qualifiée, y compris ses supporters et ses officiels, doit pouvoir accéder au territoire du pays hôte, sinon il n’y a pas de Coupe du monde. »
Le patron du football mondial promettait alors que les critères de sélection des pays hôtes intégreraient ces exigences absolues comme des lignes rouges non négociables. Neuf ans plus tard, le réveil est brutal.
2026 : la liste noire de la frontière américaine
Sur le terrain, les promesses de 2017 ont volé en éclats. Les États-Unis, qui s’apprêtent à accueillir 78 des 104 matchs de la compétition, appliquent leur législation frontalière sans la moindre concession pour l’esprit sportif. Les exemples de cette exclusion se multiplient à mesure que les délégations et les fans atterrissent sur le sol américain.
Symbole le plus marquant de cette intransigeance, le Somalien Omar Abdulkadir Artan, sacré meilleur arbitre africain de l’année 2025 par la CAF, a été purement et simplement refoulé le 6 juin dernier à l’aéroport international de Miami, privé du rêve d’une vie.
Des centaines de fans de la République Démocratique du Congo se sont vus interdire l’entrée sur le territoire américain en raison d’une résurgence de cas du virus Ebola dans leur pays. Déjà détenteurs de billets de matchs achetés à prix d’or, ils se heurtent aujourd’hui au refus de la FIFA de leur accorder un remboursement.
Les délégations officielles et les staffs techniques de l’Iran et de l’Irak subissent depuis des semaines des parcours de visas bureaucratiques humiliants, rythmés par des interrogatoires approfondis et des restrictions de mouvements strictes une fois sur place. La délégation iranienne ne pourra entrer sur le territoire américain que les jours de ses matchs et devra le quitter dans la foulée. Histoire de pousser le bouchon toujours plus loin, les billets alloués à l’Iran pour ses supporters ont été supprimés sans communication des raisons. Et ce, alors que le règlement prévoit que chaque fédération participante a droit à 8% des places de la capacité du stade. Inédit.
Partout dans le monde, des plateformes de supporters et des médias internationaux, à l’instar de la BBC Afrique, se font l’écho d’un dépit généralisé. Des dizaines de milliers de fans se retrouvent exclus d’un événement qu’ils ont pourtant financé, dénonçant un Mondial à deux vitesses où le passeport a plus de valeur que le mérite sportif. Haïti, l’Iran, le Sénégal et la Côte d’Ivoire qui participent à ce Mondial voient bon nombre de leurs supporters devoir faire une croix sur leur venue.
Face à cette fronde, la FIFA s’est réfugiée derrière un communiqué laconique, indiquant ne pas être « impliquée dans les processus d’immigration des pays hôtes ». Or, des documents consultés par Sport News Africaprouvent le contraire, notamment un document à présenter en arrivant sur le sol canadien indiquant clairement : «… Conformément à la politique publique temporaire d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada visant à exempter de l’obligation de permis de travail certains ressortissants étrangers accrédités et invités par la FIFA… ». Signe d’une facilitation des entrées. Si elle a su faire fléchir le Canada, l’instance mondiale s’est donc heurté aux USA.
Le « Prix de la Paix » pour Donald Trump
Face à ce mur administratif, la FIFA n’a pas seulement abdiqué ; elle a choisi la voie de l’allégeance. Loin de brandir la menace d’une annulation ou d’un déplacement des matchs comme le préconisaient les déclarations de 2017, Gianni Infantino a multiplié les marques de courtoisie envers la Maison-Blanche depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025.
L’ironie a atteint son paroxysme en décembre 2025, lors de la cérémonie du tirage au sort des groupes à Washington. Devant les caméras du monde entier et en présence du président américain, Gianni Infantino a remis à Donald Trump le tout premier « Prix de la Paix de la FIFA » (FIFA Peace Award), une distinction créée sur mesure. Une opération de communication fustigée par les organisations de défense des droits humains, qui y ont vu une normalisation flagrante des politiques d’exclusion américaines.
À l’heure où les hymnes nationaux s’apprêtent à retentir, le constat est cinglant : le football mondial a cédé son universalité au profit du marché nord-américain. Gianni Infantino avait juré qu’il n’y aurait « pas de Coupe du monde » sans libre accès pour tous ; il y aura bien un Mondial 2026, mais il s’écrira sous le signe du tri sélectif.
Source : SportNewsAfrica – SNA





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