Tous les articles qui parlent de Gianni Infantino

Le football fut longtemps le sport du peuple. Tous les quatre ans, pendant un mois, la planète suspendait son souffle pour célébrer le jeu, les exploits et les émotions. Aujourd'hui, la Coupe du monde ressemble de plus en plus à une gigantesque industrie du divertissement, où le football n'est parfois plus que le prétexte d'un spectacle global mêlant business, communication et diplomatie.

Les rideaux viennent de tomber sur la Coupe du monde 2026. Le sacre de l'Espagne referme un mois de compétition qui aura, une fois encore, captivé des milliards de téléspectateurs à travers le monde. Mais, au-delà des performances sportives et des statistiques, l'heure est venue de dresser un autre bilan : celui de la transformation progressive de la plus grande compétition de football de la planète en une immense machine économique, médiatique et politique. Car si le spectacle n'a jamais été aussi grandiose, une question s'impose : le football est-il encore au cœur de la Coupe du monde, ou n'en est-il plus que le principal prétexte ?

« Le sport et la politique n'ont rien à voir l'un avec l'autre. » La FIFA, le CIO et le BIE répètent cette expression comme un credo ; Pourtant, elle est profondément trompeuse. Du travail fondamental de Pierre Bourdieu (voir « Choses dites », 1987, et sa « théorie du champ sportif »), qui considérait le sport comme un espace pour la lutte pour la définition légitime de la pratique athlétique, aux analyses de Norbert Elias sur le sport comme un « processus de civilisation » (dans « Sport et civilisation », en collaboration avec Eric Dunning, 1994), les sociologues ont constamment démontré que le sport n'est pas un enclos protégé. Au contraire, il amplifie les relations de pouvoir, les stratégies d'influence et les luttes pour la légitimité qui façonnent le monde plus large.

L'organisation de méga-événements sportifs s'est imposée comme un instrument privilégié de pouvoir doux, permettant aux États d'exercer leur influence par l'attraction et la persuasion plutôt que par la coercition. Les États y voient désormais bien plus qu'une simple vitrine ponctuelle : un levier stratégique pour façonner les perceptions internationales, construire la légitimité et projeter une influence durable. Les candidatures retenues ne sont plus jugées uniquement sur leur ambition ou leur capacité technique, mais aussi sur leur crédibilité, leur durabilité et leur alignement avec les stratégies de développement plus larges des pays candidats. Cette exigence a transformé la nature des dossiers de candidature, qui incluent désormais des objectifs de transformation sociale et économique. Le Maroc en est un parfait exemple. Pour le Royaume, la co-organisation de la Coupe du Monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal est bien plus qu'un simple événement sportif : c'est un « levier et moteur de développement » pour accélérer la transformation stratégique du pays et réaliser la vision royale d'un Maroc dynamique, inclusif et moderne.

Si même Sepp Blatter se dit choqué, c'est dire l'ampleur que prend la polémique. Alors que le retrait du carton rouge de l'attaquant américain Folarin Balogun, décidé après un coup de fil de Donald Trump au président de la Fifa, Gianni Infantino, fait scandale, l'ancien patron de l'instance s'est dit stupéfait par cette ingérence sans précédent.

L’ancien président de la FIFA et prédécesseur direct de Giani Infantino, Sepp Blatter, a dénoncé ce lundi 6 juillet l'ingérence politique dans l'annulation du carton rouge de l'attaquant américain Folarin Balogun. L'ancien patron de la Fifa s'est étonné de cette décision, motivée par un coup de fil de Donald Trump à son successeur Gianni Infantino. L'UEFA n’est pas restée également les bras croisés, estimant que la Fifa "a franchi une ligne rouge" en levant cette suspension.

Pour mesurer l'ampleur du renoncement, il faut remonter au printemps 2017. À l’époque, les États-Unis, sous l'impulsion du premier mandat de Donald Trump, appliquent déjà des restrictions de voyage drastiques : les fameux travel bans. Interrogé sur la viabilité d'une candidature nord-américaine dans de telles conditions, le président de la FIFA, Gianni Infantino, se voulait alors d'une fermeté inflexible : « Les équipes qualifiées pour une Coupe du monde doivent pouvoir accéder au territoire du pays hôte, sinon il n’y a pas de Coupe du monde. C’est une évidence. Il est clair que pour les compétitions FIFA, toute équipe qualifiée, y compris ses supporters et ses officiels, doit pouvoir accéder au territoire du pays hôte, sinon il n’y a pas de Coupe du monde. »

À quarante-huit heures du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, la fête s'annonce amère pour des milliers de passionnés. Derrière les strass du gigantisme américano-mexicano-canadien, le tournoi le plus universel de la planète se heurte à la réalité glaciale de la politique migratoire américaine. Refoulements en cascade, délégations sous tension et supporters laissés à la porte : le Mondial de l'inclusion promis par Gianni Infantino s'est transformé en un tournoi à géométrie variable, scellant la soumission définitive de l'instance du football mondial face à la superpuissance américaine.

À Los Angeles, on patiente, et on ne voit rien venir, et on trépigne. Dans la métropole californienne, “les hôteliers attendent toujours un pic de demande lié à la Coupe du monde”, signale le Los Angeles Times à moins de trois semaines du match d’ouverture.

Les prix des billets atteignent des sommets. La guerre en Iran reporte les projets de voyage. Et le sentiment antiaméricain grandit. Autant d’explications au nombre décevant de réservations constaté par l’industrie hôtelière aux États-Unis cet été. Dans les villes hôtes de la compétition de football, les tarifs des nuitées ont chuté d’un tiers. À Los Angeles, on commence même à se préparer à un taux de remplissage plus faible que celui d’un été normal.

Ceux qui s’émeuvent autant de l’histoire des tirailleurs que de celle de Sankara ou de Lumumba. Ceux qui ont goûté au thieb, à l’ugali et au couscous et qui se revendiquent des trois cultures culinaires. Ceux qui reçoivent les médailles et en remettent avec autant de fierté à leurs frères africains. Ceux qui travaillent pour et se réjouissent des progrès où qu’ils soient sur le continent.

Les indicateurs chiffrés confirment ce changement d’échelle. Plus de 1,34 million de spectateurs ont assisté aux 52 rencontres disputées dans neuf stades répartis sur six villes, soit près de 26 000 personnes par match en moyenne. Selon la Confédération africaine de football (CAF), les revenus commerciaux ont progressé de plus de 90 %, portés par la revalorisation des droits télévisés et l’élargissement du portefeuille de sponsors. À la fois plus suivie, plus rentable et plus visible, la CAN marocaine s’impose comme l’édition la plus dense jamais organisée.

«Cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine.» En une phrase, le communiqué du Cabinet royal publié au lendemain de la finale a donné le ton : la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc se veut un jalon continental, et non une simple vitrine nationale. Derrière la formule, un constat largement partagé dans les milieux sportifs et institutionnels africains : la CAN 2026 a fait franchir un seuil à la compétition.