Les événements de la région du Golfe ont mobilisé non seulement les militaires, mais aussi les géopoliticiens et les think tanks de tous bords, qui ont vu et revu leurs scénarios sur l’issue de cette guerre dont les dégâts collatéraux n’ont épargné presque aucun pays de la planète, suite au renchérissement des cours des matières stratégiques transitant par le détroit d’Ormuz (pétrole, gaz, fertilisants, hélium, soufre, ammoniac, etc.).

Certes les hostilités ont cessé provisoirement mais le cessez le feu est fragile et ne tient qu’au fil tendu par le Pakistan qui déploie des efforts colossaux.
Certes le Pakistan est un intermédiaire de confiance et un pays connu par la dextérité de ses diplomates mais ce rôle aurait dû être joué par les Nations Unis ou l’OCI dont l’Iran et les pays du CCG sont membres et dont la Russie est membre observateur sans compter la confiance dont jouit le pays du siège l’Arabie Saoudite auprès des Etats Unis d’Amérique.
En effet, l’OCI aurait été un cadre idéal pour jouer le rôle de médiateur attitré dans les conflits qui secouent le monde islamique ; toutefois elle se trouve démunie lorsqu’une crise implique des puissances extérieures comme c’est le cas de la crise d’Ormuz.
Ce n’est qu’au septième jour que des communiqués de la Ligue arabe et de l’OCI ont été publiés dans un style modéré, conventionnel pour la circonstance, évoquant une « grave préoccupation », sans proposer de mesure, sans prononcer le mot « condamnation ». Du moins au début. Ce n’est que suite à la protestation des pays du CCG que l’ancien Secrétaire général de la Ligue Arabe sortira de sa réserve — ce qui lui a valu son poste par la suite
L’examen des chroniques diplomatiques indique que près de sept États sur dix sont restés silencieux ; les autres se sont contentés de formules conventionnelles. L’OCI et la Ligue arabe n’ont pas disparu de la scène, mais ce sont des organisations qui fonctionnent bon an, mal an en temps de paix et conservent les apparences formelles d’un organisme collectif, sans en avoir la capacité d’action.
D’ailleurs, la Ligue arabe, qui dispose d’un pacte de sécurité collective contrairement à l’OCI, affiche un bilan maigre en matière de sécurité collective qui laisse perplexe ; entre 1946 et 1990, elle n’est intervenue que dans un quart des différends interarabes, avec un taux de réussite avoisinant les 20 %. L’Organisation des États américains et l’Union africaine ont, sur ce plan, enregistré de meilleures performances. Depuis 2011, face aux crises syrienne, libyenne, yéménite ou soudanaise, elle n’a pas pu s’imposer de manière décisive, faute d’un consensus.
L’analyse des comportements diplomatiques des États membres de l’OCI face aux crises internationales est très révélatrice du paradoxe de l’hétérogénéité dans l’OCI, ainsi on constate une variation significative du degré de mobilisation collective selon les crises la question palestinienne est la seule qui suscite une convergence exceptionnelle, avec près de 80 % des États membres ayant exprimé une position publique.
Les autres crises étudiées se caractérisent par des niveaux de réserve sensiblement plus élevés. Entre 40 % et 60 % des membres se sont ainsi abstenus de toute déclaration officielle dans les cas du Soudan, de la Syrie, de l’Ukraine, du Yémen, de la confrontation irano-américaine et de la crise d’Ormuz. Cette distribution suggère que la cohésion diplomatique de l’Organisation tend à s’éroder à mesure que les crises impliquent directement les intérêts stratégiques, sécuritaires ou économiques de ses membres les plus influents. Dans ce contexte, la recherche du consensus favorise souvent des comportements de retenue diplomatique caractérisés par la neutralité, l’ambiguïté stratégique ou le silence officiel.
Cartographie des comportements des principaux acteurs de la crise d’Ormuz
Pour les besoins de cet article, nous avons recensé les événements de la crise d’Ormuz en mobilisant l’échelle de mesure et le système de pondération de l’analyse événementielle d’Azar et Sloan, afin de quantifier les interactions coopératives et conflictuelles de chaque acteur. Cette démarche a été complétée par une triangulation reposant sur l’analyse des discours, des narratifs stratégiques et des actions effectivement observées, permettant de confronter les positions déclarées aux comportements réels.
Que révèle l’analyse événementielle ?
Paradoxalement, les résultats révèlent une nette prédominance des dynamiques coopératives : dix des treize acteurs étudiés affichent un solde positif en faveur de la coopération, avec en tête le Pakistan (+735), la Chine (+700), l’Arabie saoudite (+675), le Qatar (+600) et Oman (+550). Les États du Golfe enregistrent un solde moyen de +579, illustrant une forte convergence en faveur de la stabilité régionale, tandis que la Turquie (+520), l’Inde (+450), la Russie (+400) et l’Égypte (+360) adoptent des stratégies de hedging visant à limiter les risques d’escalade.
À l’inverse, les interactions conflictuelles demeurent concentrées autour du noyau restreint des belligérants, avec l’Iran en tête (-150), suivis des États-Unis (-50) et d’Israël (-30). L’écart de 885 points entre le score le plus élevé et le plus faible met en évidence une asymétrie structurelle entre coopération et conflit. Plus qu’une polarisation générale, la crise révèle ainsi l’isolement relatif des acteurs engagés dans la confrontation face à une large coalition privilégiant la médiation, la désescalade et la préservation de la stabilité régionale.
Que révèle le narratif des principaux acteurs ?
L’analyse croisée de 152 communications officielles émanant de 22 États et organisations dessine une cartographie stratégique qui bouscule le récit d’un monde scindé en deux blocs. Les non-dits, les abstentions calculées et les silences diplomatiques pèsent souvent plus lourd que les déclarations publiques, comme ce fut le cas de plusieurs pays de l’OCI et surtout des pays du CCG.
Le silence stratégique des pays du Golfe et de la plupart des pays limitrophes
Malgré son importance pour la sécurité régionale, près de 60 % des 57 États de l’OCI n’ont adopté aucune position publique, contre seulement 20 % dans le cas de Gaza. Ce niveau élevé de réserve diplomatique reflète la complexité des arbitrages auxquels sont confrontés les gouvernements concernés. La crise implique simultanément plusieurs États influents de l’OCI, les rivalités géopolitiques du Moyen-Orient ainsi que les États-Unis, partenaire sécuritaire majeur de nombreuses monarchies du Golfe et de plusieurs autres pays de l’OCI.
Les monarchies du Golfe ont pratiqué un silence stratégique qui reprend la logique centrale du buck-passing de Mearsheimer (c’est-à-dire refuser d’affronter directement une menace montante dans l’espoir qu’un autre État le fasse à sa place) : ne pas intervenir, ne pas choisir son camp, laisser la confrontation s’épuiser d’elle-même. Wait and see : attendre que l’un des deux adversaires montre des signes de faiblesse pour s’aligner discrètement.
Par conséquent, loin de traduire une absence d’intérêt pour la crise d’Ormuz, le mutisme observé apparaît davantage comme l’expression d’une stratégie de hedging visant à préserver des relations équilibrées avec l’ensemble des parties prenantes, d’autant plus que l’issue de la guerre n’est pas claire.
Les pays du Moyen-Orient, États du Golfe, sont pris dans un dilemme structurel. Leur sécurité repose sur le parapluie américain (bases, patrouilles navales, partage de renseignements), sans lequel ces pays seraient très exposés à la pression iranienne.
Du coup, condamner les frappes sur l’Iran serait rompre l’ancrage sécuritaire ; approuver serait aliéner des populations sensibles à la solidarité entre musulmans. La solution réside dans l’attente et les formules évasives (« préoccupation », « stabilité régionale »). Il ne s’agit pas d’hypocrisie, mais de prudence stratégique.
La Russie et la Chine : harmonie discursive, retenue opérationnelle
Le trio Chine-Russie-Iran affiche une synchronisation rhétorique remarquable, avec un indice de corrélation de +0,92 entre les prises de position chinoises et russes, l’un des plus élevés jamais relevés dans ce type d’analyse. Leurs communiqués ne se contredisent jamais : dénonciation systématique de Washington, soutien affiché à Téhéran, plaidoyer pour un « ordre polycentrique » et rejet de « l’unilatéralisme et de l’hégémonisme ». Le sommet bilatéral de mai 2026 a d’ailleurs prolongé leur accord de voisinage et scellé une vingtaine à une quarantaine de textes de coopération, les deux puissances se qualifiant mutuellement d’« alliés stratégiques indéfectibles » de l’Iran.
Dans les faits, la réalité opérationnelle diffère sensiblement. Pékin s’est limité à des relais financiers et à la promotion du yuan dans les échanges énergétiques, sans fournir d’équipements militaires ni déployer de personnel. Moscou a bien livré des batteries S-500, mais s’est également abstenu d’engager des troupes. Il s’agit d’une coalition de complémentarité, non d’un pacte militaire intégré. Le traité sino-russe reste un accord de voisinage, dépourvu de clause de défense automatique. Cette distinction est fondamentale.
La retenue chinoise répond à une logique d’intérêt strict : sécuriser l’approvisionnement en hydrocarbures en yuans, protéger les corridors de la Route de la soie, et éviter tout affrontement direct avec les États-Unis. La stratégie de Pékin est structurellement tournée vers le temps long ; elle n’a pas besoin de projection militaire pour défendre ses marchés. De son côté, la Russie, absorbée par le front ukrainien depuis 2022, manque à la fois de capacités et de volonté politique pour ouvrir un second théâtre d’opérations. La livraison de systèmes antiaériens reste significative, mais strictement calibrée.
Ce pôle oriental fonctionne donc comme un arrangement de circonstance, soudé par une défiance commune envers Washington plutôt que par un projet commun de victoire iranienne. C’est là sa force (il exige peu d’engagement) comme sa faiblesse (il offre peu de garanties).
Les neutralistes en quête d’un équilibre par la consultation
Regroupant l’Égypte, le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Turquie, ce groupe est à la fois le plus dynamique et le plus emblématique de l’échiquier, concentrant 42 % des initiatives diplomatiques recensées. Ses représentants se réunissent régulièrement (trois rencontres ministérielles en un mois), et un pacte de défense mutuelle saoudo-pakistanais (SMDA) a été signé mais pas activé. Islamabad n’a pas riposté et son inertie ne traduit pas une faiblesse structurelle, mais une prudence géostratégique : le Pakistan doit gérer la tension indienne, ses frontières poreuses avec l’Afghanistan, ménager Pékin et conserver des canaux avec Washington. Il ne peut se permettre un conflit avec Téhéran.
Sur le plan discursif, le quadrilatère entretient des relations positives avec les deux camps : c’est un pivot romantique (sentiment moyen de +0,25 à +0,80 pour l’Est, +0,40 à +0,50 pour l’Ouest). Il incarne un non-alignement opérationnel, distinct des postures historiques du Sud radical. L’Arabie saoudite affiche ainsi un indice de dissonance de 0,47 : ses actes suivent Washington, son discours reste neutre. Cet écart est délibéré. Il permet à Riyad de préserver sa légitimité face à une opinion arabe méfiante envers l’interventionnisme occidental, tout en sécurisant ses intérêts vitaux.
La Turquie, avec un score de 0,11, fait figure d’exception : elle aligne strictement discours et pratique. Membre de l’OTAN, elle refuse de condamner les frappes sur l’Iran, dialogue avec Moscou et agit en puissance régionale autonome. Elle confirme la règle en démontrant qu’une souveraineté stratégique assumée reste compatible avec les alliances occidentales.
La seule ligne de fracture véritable oppose l’Iran au tandem américano-israélien. Partout ailleurs, les intérêts s’entrecroisent et se recomposent au gré des crises.
Les facteurs déterminants du comportement des acteurs dans la crise
Le positionnement des pays pendant la guerre d’Ormuz entre belligérants, partenaires économiques, médiateurs neutres, alliés occidentaux ou alliés dissidents n’est pas dû au hasard ; l’analyse de dix-huit pays, combinant onze variables montre suggère que trois facteurs rendent compte de 87 % des comportements observés : Il s’agit de l’intensité des échanges commerciaux avec l’Iran, du degré de dépendance énergétique à son égard, et du positionnement face à la rivalité entre Washington/ Israël et Téhéran ; ces variables expliquent pourquoi certains pays ont choisi la coopération, d’autres le conflit, d’autres encore le silence stratégique ou la médiation.
Profilage des acteurs
Les belligérants : l’Iran, les États-Unis et Israël. Ces trois pays n’entretiennent aucun commerce significatif avec l’Iran. Les sanctions américaines l’interdisent. Israël n’a jamais développé de liens économiques étroits avec Téhéran. Aucun non plus ne dépend énergétiquement de l’Iran. Enfin, ils sont engagés dans une confrontation directe. L’absence totale d’interdépendance économique les enferme dans une logique de conflit dont ils ne peuvent sortir. Leur score moyen s’établit à -93.
Les partenaires économiques : la Chine, l’Inde, la Russie et l’Algérie. Ces pays ont fait le choix du commerce avec l’Iran. La Chine échange 65 milliards de dollars par an avec Téhéran. L’Inde, 12 milliards. La Russie et l’Algérie entretiennent également des relations économiques suivies. Leur dépendance énergétique à l’Iran reste modeste. Surtout, ils refusent de s’aligner sur Washington. La Chine et la Russie sont ouvertement opposées aux États-Unis. L’Inde pratique une diplomatie d’indépendance stratégique. L’Algérie suit une orientation similaire. Leur logique est simple : ils ont des intérêts économiques à protéger à Téhéran. Ils coopèrent donc. Leur score moyen atteint +524.
Les médiateurs neutres : le Pakistan, la Turquie, le Qatar et Oman. Ces quatre pays obtiennent les scores les plus élevés, autour de +526. Chacun y parvient par des chemins différents, mais tous partagent un refus de choisir leur camp. Le Pakistan a su se positionner comme médiateur crédible entre Washington et Téhéran, allant jusqu’à négocier le cessez-le-feu. La Turquie, dépendante à 45 % du gaz iranien, ne peut se permettre de se brouiller avec son fournisseur, tout en restant membre de l’OTAN. Le Qatar partage avec l’Iran le plus grand gisement gazier du monde et accueille la plus grande base américaine au Moyen-Orient. Oman cultive depuis toujours une neutralité active. Leur liberté de manœuvre est leur principal atout.
Les alliés occidentaux : Ce sont pays fermement ancrés dans l’alliance américaine. Ils accueillent des bases militaires américaines, achètent massivement des armements à Washington, et plusieurs ont signé les Accords d’Abraham. Leur marge de manœuvre est limitée. L’Arabie saoudite a pratiqué le silence. Leur score moyen (+312) reste positif mais inférieur à celui des médiateurs neutres, précisément parce que leur alliance avec Washington les contraint.
Les alliés dissidents : l’Espagne, la France, la Belgique, la Grèce, l’Allemagne, l’Italie et le Portugal. Ces pays européens occupent une position paradoxale. Membres de l’OTAN, donc théoriquement alliés des États-Unis, ils ont pourtant refusé de participer à la guerre. L’Espagne a fermé son espace aérien et interdit l’accès à ses bases. La France a proposé une médiation alternative. L’Allemagne a opposé une fin de non-recevoir. Leur commerce avec l’Iran est négligeable. Ils ne dépendent pas de son énergie. Leur refus s’explique par l’éloignement géographique, l’absence d’intérêts économiques directs, et des opinions publiques résolument hostiles à la guerre. Leur score est estimé à +150.
Chaque pays ayant agi en fonction de sa situation géographique, de ses contraintes économiques, de ses alliances stratégiques et de la perception de son intérêt national ; la guerre d’Ormuz a simplement montré que, dans les relations internationales, l’interdépendance économique, la géoéconomie et la liberté de manœuvre stratégique comptent parfois plus que la puissance militaire
Les gagnants et les perdants
La Chine est le grand gagnant silencieux . Elle n’a pas engagé de troupes ou bâtiments de guerre, elle a obtenu le règlement en yuan pour le pétrole iranien, affaiblissant le monopole du dollar, elle a approfondi son partenariat stratégique avec la Russie et elle s’est positionnée comme une partie prenante responsable.
Le Pakistan est le deuxième grand gagnant ; il s’est imposé comme le médiateur indispensable, l’organisateur du quadrilatère, l’artisan du cessez-le-feu. Sa pertinence stratégique, longtemps en déclin, a été restaurée. Il est aujourd’hui le pivot du quadrilatère, le pont entre le Golfe l’Iran et les Etats Unis.
Le Qatar Oman et dans une certaine mesure le Royaume du Maroc sont les gagnants discrets. Ils ont facilité le dialogue avec tout le monde. Leur neutralité a été reconnue et récompensée. Le Qatar accueille la plus grande base américaine au Moyen-Orient tout en partageant le plus grand gisement de gaz du monde avec l’Iran. Oman n’a aucune base étrangère et entretient des relations diplomatiques avec tout le monde.
L’Iran est un cas mitigé, il a démontré la crédibilité de sa dissuasion géoéconomique et sa relative résilience. Il a montré qu’il pouvait fermer le détroit et imposer des coûts à l’économie mondiale. Mais les coûts ont été élevés ; son économie est au bout du gouffre, le rial s’est effondré et le régime vacille.
Le bilan pour Israël est également mitigé ; le Chef de gouvernement maintien sa coalition (objectif non déclaré de la guerre) il a frappé les installations nucléaires iraniennes avec succès, mais le programme quoique retardé continue tant que l’uranium enrichi et l’arsenal balistique resteraient intacts, et les proxies bien qu’affaiblis résistent. Le régime des Mollahs n’a pas disparu il a ressuscité de ses cendres avec une version radicalisé à dominante gardiens de la révolution. Israël a démontré sa supériorité militaire et technologique, mais son talon d’Achille demeure l’isolement diplomatique malgré la conclusion des Accords d’Abraham.
Quelle architecture régionale post Ormuz au Moyen Orient
L’analyse prospective identifie quatre scénarios plausibles pour la période post-Hormuz :
Un statu quo qui perdure. La parité de dissuasion décrite plus haut, et la mise en place d’infrastructures de contournement (gazoducs, corridors ferroviaires, énergies alternatives) notamment par les EAU et l’Arabie Saoudite vont alléger la pression sur l’importance du transit par Ormuz. Les autres pays captifs du Golfe pourraient s’en sortir en négociant un deal directement avec l’Iran et en jouant la carte de la médiation et du neutralisme. Le conflit demeure à basse intensité. Ce scénario est le plus probable car il exige le moins de ruptures.
La Fragmentation en plusieurs axes (20 %) : Les trois pôles d’alignement se formalisent. Le front oriental, composé de la Russie l’Iran et la Chine coordonne davantage ses actions dans la région, le front occidental mené par les USA et Israël s’institutionnalise avec des engagements clairs sans franchir le Rubicon de devenir membre à part entière de l’OTAN en déliquescence. Les puissances islamiques régionales et le CCG renforceraient leur indépendance diplomatique et leur sécurité collective et réclameraient éventuellement à l’avenir le départ des troupes étrangères non OCI pour se prémunir contre les représailles iraniennes. Résultat la rivalité sino-américaine s’ancrerait davantage dans la région.
Ce scénario suppose un changement de cap à Washington(America First plus affirmé), une posture chinoise plus affirmée dans le Golfe et une intégration des pays de la région notamment en instaurant une alliance et en actant la sécurité collective voire une confédération.
Confédération du CCG (15 %) : Les six membres du CCG scellent un pacte de défense mutuelle, réduisent leur dépendance extérieure et développent des capacités militaires autonomes, devenant un pôle de sécurité régional. Ce scénario exige une entente saoudo-émirato-qatarie, une confiance intra-CCG supérieure à celle placée dans les puissances extérieures. Ce scénario est le plus exigeant sur le plan politique car il atteint le palier des politiques étrangères et de défense communes (fonctions régaliennes, commandement militaire commun etc). Mais l’histoire nous enseigne que les menaces extérieures ont poussé plusieurs pays notamment les monarchies européennes à s’unir pour faire front commun.
Scénario du retrait US
Ce scénario suppose que le Congrès restreint les pouvoirs présidentiels pour les engagements militaires dans le Golfe. La garantie de sécurité américaine perd de sa crédibilité. Les alliés se tournent vers Pékin et Moscou. L’union confédérale pour le CCG, mise en place d’un système de sécurité collective d’un groupe de pays de l’OCI et neutralisme positif pour le reste des pays de la région est un scénario extrême qui émergerait comme alternative de sécurité régionale en cas de revirement à Washington.
Ce scénario nécessite un basculement politique majeur voire un retour à l’isolationnisme à la W Wilson. Ce scénario a été auguré par l’administration B Obama qui pivotant vers le tout pacifique pour contenir la Chine, s’était désintéressée du Moyen Orient, laissant le monde arabe empêtré dans le printemps arabe et le CCG affronter seul la menace iranienne et Houti, L’Europe endure ce scénario et elle affronte seule la menace Russe qui frappe à ses portes notamment récemment en Roumanie et dans la mer Baltique.
Vers un conflit gelé faute d’un vainqueur clair
La guerre d’Hormuz ne s’est pas arrêtée suite à une victoire militaire, mais par épuisement mutuel. Le 8 avril, sous médiation pakistanaise, les frappes américano-israéliennes ont cessé, la riposte e iranienne s’est interrompue, et le détroit est resté ouvert, mais sous un régime de navigation contrôlé par Téhéran, avec des droits de passage pouvant atteindre deux millions de dollars par navire. Le 13 Avril 2026, les USA décrètent à leur tour un blocus des ports iraniens ; arme qui s’est avérée plus payante que les frappes militaires.
Cette issue ne couronne aucun vainqueur. Téhéran n’a obtenu ni la levée des sanctions, ni le retrait américain, ni la reconnaissance de sa souveraineté nucléaire. Washington n’a pas démantelé le programme atomique iranien, ni renversé le régime, ni imposé une nouvelle architecture de sécurité régionale. Israël n’a pas neutralisé durablement le Hezbollah ou le Hamas, ni mis fin aux ambitions nucléaires perses, elle juste gagné quelques kilomètres carrés et délogés les combattants du Sud du Liban tandis que la menace des Houtissur Bab Al Mandab reste presque intacte.
Le conflit s’est arrêté parce que les deux belligérants se heurtaient à des contraintes intérieures.
Pour les États-Unis, la contrainte est économique et électorale. Historiquement, un prix de l’essence supérieur à cinq dollars le gallon pendant deux mois précipite le recul du parti au pouvoir. En mars 2026, le seuil a été franchi à 5,20 dollars. Le S&P 500 avait perdu 12,5 % depuis son sommet d’avant-crise, le VIX, surnommé l’« indice de la peur » (fear gauge) car il mesure l’anxiété des investisseurs face à l’avenir des marchés financier, avait triplé, et les échéances de la coupe du monde en juin et des élections mi-mandat en novembre approchaient. L’exécutif privilégiait une issue négociée, non un triomphe militaire.
L’Iran, a besoin à son tour d’un répit face à l’étau de la pression sociale, monétaire et politique et les gardiens de la révolution sortent renforcés en éclipsant l’influence du clergé et de l’armée régulière. Quand le marché parallèle s’envole à cinq fois le taux officiel pendant un mois, la légitimité du régime vacille. En mars, le rial s’est détériorée de -85% frôlant500 000 pour un dollar, l’inflation a dépassé 50 %, le chômage franchi la barre des 20 %.
Cette configuration produit une parité de dissuasion. Aucun camp ne peut imposer ses conditions maximales, aucun ne peut supporter la poursuite des hostilités. Le résultat est un équilibre de Nash : un état stable, auto-entretenu, mais collectivement sous-optimal, où un conflit de basse intensité se perpétue sans résolution claire.




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