L’Afrique a-t-elle assez de citoyens africains ?
Ceux qui s’émeuvent autant de l’histoire des tirailleurs que de celle de Sankara ou de Lumumba.
Ceux qui ont goûté au thieb, à l’ugali et au couscous et qui se revendiquent des trois cultures culinaires.
Ceux qui reçoivent les médailles et en remettent avec autant de fierté à leurs frères africains.
Ceux qui travaillent pour et se réjouissent des progrès où qu’ils soient sur le continent.

Inventer et alimenter des rivalités gratuites ? N’est-ce pas déjà ce que la machine impérialiste s’ingénie à faire depuis la nuit des temps ?
Et puis, y a-t-il besoin qu’une compétition sportive fasse l’objet d’un tel acharnement médiatique – qui ne peut que finir instrumentalisé à tort et à travers – dans un monde où des populations enclavées se font massacrer tous les jours, où l’illégalité et l’impunité internationales se normalisent et où les masses continuent à s’appauvrir ? Est-ce peut-être une fuite en avant pour oublier les vrais dysfonctionnements de nos sociétés ?
L’exemple de la CAN 2025 avec le déferlement de réactions qui s’en est suivi et qui persiste au moment où ces quelques lignes sont écrites, nous invite, nous Africains, à nous rappeler que, dès lors qu’un sport crée des facteurs de division, la compétition devient systématiquement contre-productive et l’essence même du jeu est perdue.
Mais aussi à regarder autour de nous avec plus de lucidité et apprendre à connaître ce continent dans sa grandeur, sa pluralité et sa complexité. Le percevoir par le petit bout de sa lorgnette nationaliste donne lieu à des analyses – du moins illusoires – comme celles affirmant qu’il y aurait un pays du continent mis sur un piédestal et entouré d’autres pays qui le “jalousent” pour ses avancées et réalisations hors pair. Ce type de lectures égocentriques reflète une connaissance bien rudimentaire des dynamiques plurielles de développement socio-économique et culturel à travers le continent.
Le fondement d’un quelconque idéal d’unité africaine et de rapports “Sud-Sud” sains repose avant tout sur la croyance profonde en les principes d’égalité, d’humilité et de désir sincère (pas ostentatoire) d’apprendre les uns des autres et d’avancer de concert.
Enfin, cela nous invite à nous interroger collectivement et de façon introspective, sur le sens d’une appartenance qui dépasse les frontières de nos pays respectifs, d’un sentiment de citoyenneté à dimension continentale fondé sur nos systèmes de valeurs communs et fédérateurs ; de joie de vivre, de paix, de frugalité, de partage, d’ubuntu (“je suis parce que nous sommes”). Ces manières d’être qui sont par nature antagonistes à tout esprit de concurrence ou de supériorité et qui nourrissent notre rapport à l’autre et à ce qui nous entoure bien au-delà de la sphère du sport. Elles ont même de quoi inspirer un nécessaire changement de voie à ce monde en dérive.
Bio Express
Soha Benchekroun
Chercheure et conseillère en politiques climatiques & développement, coopération panafricaine et Sud-Sud, Apprentie citoyenne africaine
Vers un sentiment de citoyenneté africaine : exemple de la CAN 2025, Par Soha Benchekroun, 29 janvier 2026




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