Au Sénégal, la fracture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko s’accentue, après la formation d’un nouveau gouvernement sans l’aval du chef du Pastef. Entre appels au dialogue, démonstrations de force institutionnelle et lectures divergentes de la Constitution, le duo au cœur de la victoire de 2024 semble désormais engagé dans une rivalité politique ouverte, sous le regard attentif des analystes.
La crise politique prend une nouvelle dimension à Dakar. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a franchi un cap en nommant un nouveau gouvernement de 30 membres sans l’assentiment de son ancien allié et Premier ministre limogé, Ousmane Sonko.
Une décision qui consacre une rupture entamée le 22 mai, lorsque le chef de l’État s’est séparé de celui qui fut son principal soutien politique. Les divergences, notamment sur la gestion de la dette publique et la méthode de gouvernance, ont fini par transformer une alliance historique en confrontation institutionnelle.
Sonko appelle au dialogue et tend une main prudente
Première prise de parole publique depuis son éviction, Ousmane Sonko a adopté un ton mêlant fermeté et appel à l’apaisement. Le leader du Pastef affirme vouloir «accompagner» le nouveau gouvernement tout en exhortant le chef de l’État à un «dialogue constructif.»
«Un pays, c’est sérieux», a-t-il lancé, critiquant la formation d’un gouvernement qu’il juge dépourvu d’assise politique solide. Tout en dénonçant une gouvernance qu’il estime déséquilibrée, il insiste néanmoins sur la nécessité d’éviter une nouvelle crise nationale.
Dans un rappel à l’histoire récente du pays, marqué par les violences politiques entre 2021 et 2024 sous l’ère de Macky Sall, Sonko met en garde contre tout retour à l’instabilité.
Une majorité forte mais une équation institutionnelle complexe
Si le bras de fer est visible au sommet de l’État, les équilibres institutionnels pourraient toutefois limiter les marges de manœuvre de Sonko. À la tête du Pastef, majoritaire à l’Assemblée nationale avec 130 députés sur 165, il conserve un levier politique important.
Mais plusieurs analystes estiment que cette majorité ne suffit pas à bloquer durablement l’action du président Faye. Dans un régime de nature présidentielle, le chef de l’État reste la «clé de voûte des institutions», disposant notamment du pouvoir de dissolution de l’Assemblée.
Cohabitation ou simple rivalité politique ?
La notion de cohabitation est contestée par plusieurs observateurs. Pour certains, le système institutionnel sénégalais place clairement le président au centre du pouvoir exécutif, reléguant le Parlement à un rôle de contre-pouvoir, même lorsqu’il est dominé par une majorité forte.
Dans cette lecture, Pastef ne serait pas en position de co-gouvernance mais plutôt dans une posture d’opposition interne. Une situation inédite qui alimente les spéculations sur la stabilité politique à venir.
Un équilibre fragile sous surveillance
Malgré les tensions, certains analystes relativisent le risque de blocage. Ils soulignent que des soutiens de Sonko ont intégré le nouveau gouvernement, signe de fissures internes au sein du Pastef. Le parti apparaît ainsi traversé par des lignes de fracture entre fidélité au leader et participation au pouvoir exécutif.
Sonko, lui, conserve une influence majeure et entend faire de l’Assemblée un véritable contre-pouvoir, sans pour autant déclencher une motion de censure immédiate.
Vers une nouvelle phase politique au Sénégal
Le Pastef se prépare à un congrès décisif, alors que les prochaines échéances électorales – locales en 2027 et présidentielle en 2029 – commencent déjà à structurer les ambitions politiques.
Entre volonté de stabilité affichée par le président Faye et stratégie d’influence assumée par Sonko, le Sénégal entre dans une phase politique délicate, où le dialogue apparaît désormais comme la principale soupape pour éviter une nouvelle crise institutionnelle.





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