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Au lendemain d’une longue crise sanitaire qui a éprouvé le secteur du transport aérien, et au moment même où la guerre en Ukraine nous conduit à être solidaires d’un pays en lutte pour ses libertés et son indépendance, nous, citoyens européens, nomades et créateurs, devons faire le choix d’affirmer l’importance et la force de l’Europe du futur, de la mobilité décarbonée et de l’innovation transfrontalière comme facteurs de paix et de dialogue, pour rapprocher les personnes et les territoires.

Menaces sur la souveraineté industrielle dans la filière des engrais azotés, incitations à réduire la climatisation, développement de nouvelles offres alternatives de transport à la demande ; le centenaire de Lufthansa en 2026 représente dans le contexte actuel une aventure aussi passionnante qu’inédite pour favoriser l’émergence de nouveaux parcours en faveur du transport décarboné. En somme, en reliant tous les territoires, les voyageurs et les talents nomades, et créant du « commun ». Donner souffle à une telle ambition implique de privilégier le covoiturage, les transports en commun ou le vélo pour les trajets courts auprès des aéroports tant européens qu’au-delà des frontières de l’UE.

Ceux-ci alléchés par des tarifs attractifs à la condition d’acheter leurs billets très longtemps à l’avance, souvent plusieurs mois, se retrouvent piégés en cas d’annulations de vols, voire de cessation d’opérer entre des destinations.

Par temps calme, le transport aérien s’est très bien accommodé du fameux « Yield Management » dont l’objectif est de maximiser les recettes de chaque vol en faisant varier les tarifs au jour le jour si ce n’est à la minute. Certes il comporte des excès que nous avons souvent dénoncés, mais reconnaissons que, dans l’ensemble ce concept a permis de faire voyager de nouvelles couches de clientèles, de remplir les vols, parfois trop, et d’assurer une meilleure rentabilité aux transporteurs. Mais lorsque la géopolitique amène de fortes perturbations, le même outil se retourne contre ses utilisateurs.

La première et la plus importante, pour le moment, est la guerre du Golfe dont les conséquences négatives sont immédiates : allongement du temps de vol entre l’Europe et l’Asie et brusque augmentation du prix du baril dont le montant était stabilisé aux alentours de 70 dollars et qui est monté autour des 100 dollars avec des pointes à près de 120 dollars.

Il semble bien que les planètes ne soient plus alignées devant le transport aérien. Celui-ci avait bien redressé la tête à la suite du désastre du Covid dont il faut bien rappeler qu’il avait mis à bas tout ce secteur d’activité et dont on ne pensait pas qu’il s’en relèverait avant une dizaine d’années. Le contraire est arrivé. En un an les flux de trafic avaient été rétablis, et le chiffre d’affaires était reparti à la hausse, tiré par une forte augmentation des tarifs bien acceptée par les passagers. Et puis, petit à petit la situation s’est dégradée et ce, pour de multiples causes, dont chacune pourrait être gérable mais dont l’accumulation entraine une certaine morosité.

Il serait plus honnête, disons le mot, d’afficher directement le nouveau tarif plutôt que de maintenir les accroches promotionnelles. C’est tout de même prendre les consommateurs pour des gogos. Cette pratique est d’autant plus curieuse que la plupart des transporteurs crient avant d’avoir mal. Les plus importants d’entre eux pratiquent le « hedging » qui consiste à se protéger des aléas en achetant leur carburant longtemps à l’avance.

On s’y était trop habitués. La pression du public, une concurrence effrénée entre les transporteurs, les formidables avancées technologiques, l’arrivée en force des « low costs » et le trop fameux « yield management » ont entraîné une baisse quasi constante des tarifs aériens surtout à partir du milieu des années 1990. Et on s’y était habitué à tel point qu’il était impossible d’imaginer les prix que payaient les passagers dans les années 1970 qui ont vu l’apparition du transport de masse avec l’arrivée des très gros porteurs. Eh bien, cette époque est révolue au moins pour un certain nombre d’années

On peut légitimement s’interroger sur le bien fondé de ces condamnations. En quoi une entente entre des compagnies aériennes, parfois concurrentes pourrait-elle affecter la bonne marche de ce secteur d’activité ? Que je sache, Air France et KLM ainsi que Martinair font partie du même groupe capitalistique et il est tout de même raisonnable d’essayer d’améliorer la rentabilité de l’ensemble. Au lieu de cela, il va devoir débourser 340 millions d’euros. Pour le bénéfice de qui ?

Surprise, la semaine dernière, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) à condamné en dernière instance, après 16 ans de procédures, un (soi-disant) cartel de compagnies aériennes, pour entente sur les prix de service dans le secteur du fret aérien. Cela concerne entre autres Air France, KLM et leur filiale Martinair, mais aussi British Airways ou Singapore Airlines. Et le montant des amendes n’est pas anodin : 183 millions d’euros pour Air France, 127 pour KLM par exemple

Les géants américains montrent quelques signes de faiblesse. Le résultat net de Delta Air Lines est en baisse de 5% à 3,8 milliards de dollars tout de même, celui de United Airlines est  annoncé en hausse de 6%, mais American Airlines voit le sien s’effondrer de 87% à seulement 111 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 54 milliards de dollars, soit le double de celui du groupe Air France/KLM.

Les résultats financiers de 2025 sont en train de tomber et ils donnent une bonne idée de l’évolution du secteur. Les compagnies aériennes européennes se tirent à leur avantage de cette dernière année alors que les géants américains restent un peu à la peine. Au total l’année 2025 n’aura pas été si mauvaise, aidée en cela par un coût du pétrole resté raisonnable autour des 67 dollars le baril en moyenne. Rappelons que, en 2010, les analystes l’attendaient à 200 dollars ! Comme quoi, faire des prévisions surtout à long terme reste un exercice périlleux

Ce n’est d’ailleurs pas le seul exemple. On voit non seulement de grosses compagnies prêtes à dévorer de plus petites, mais on constate également que des opérateurs de bonne taille recherchent à se faire racheter par de plus gros. ITA s’est revendu à Lufthansa, SAS est en passe de se faire absorber par le groupe Air France/KLM et TAP fait les yeux doux aux trois majors européens. Que cherchent les acteurs dans cette volonté de rapprochement même si les uns et les autres n’en ont pas vraiment besoin.

Je me pose cette question chaque fois que je vois une compagnie en racheter une autre. C’est peut-être la règle de la vie mais, pour tout dire, je n’en vois pas toujours l’utilité. Dernièrement la compagnie turque Pegasus Airlines a acheté le transporteur national tchèque Czech Airlines après avoir d’ailleurs par le passé acquis la «low costs» de ce pays : Smart Wings. Certes le transporteur turc se porte bien et son gouvernement fait tout pour développer son transport aérien à la notable différence avec les autorités européennes.