On s’y était trop habitués. La pression du public, une concurrence effrénée entre les transporteurs, les formidables avancées technologiques, l’arrivée en force des « low costs » et le trop fameux « yield management » ont entraîné une baisse quasi constante des tarifs aériens surtout à partir du milieu des années 1990. Et on s’y était habitué à tel point qu’il était impossible d’imaginer les prix que payaient les passagers dans les années 1970 qui ont vu l’apparition du transport de masse avec l’arrivée des très gros porteurs. Eh bien, cette époque est révolue au moins pour un certain nombre d’années

Certes les constructeurs vont poursuivre leurs efforts pour fournir des appareils encore plus performants, les motoristes développent des engins encore plus économes et moins bruyants, mais tout cela a un prix. Les responsables politiques pressés de donner des gages écologiques à leurs électeurs poursuivent leur pression sur les compagnies aériennes en les obligeant à devenir encore moins bruyantes, et à surtout se poser sur des grands aéroports sans que l’on puisse les déceler. Autrement dit, ils veulent bien utiliser le transport aérien à la condition que ce dernier ne nuise pas au comportement des populations riveraines des aéroports, et que les lobbies écologistes n’aient rien à redire, le tout en exigeant des tarifs toujours plus compétitifs et des services encore améliorés.
L’impact de la surcharge carburant
Seulement la géopolitique est une composante essentielle du transport aérien et parfois, comme c’est le cas maintenant, elle fabrique un environnement particulièrement délicat. La présente guerre du Golfe a eu comme premier effet une augmentation massive des coûts du pétrole et du gaz. Alors que le prix du baril était stabilisé aux alentours de 70 dollars depuis au moins un an, il s’est brutalement envolé depuis le début du conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz pour coter 112,66 dollars US au moment où j’écris ces lignes. Et les compagnies aériennes se sont crues obligées de remettre en circulation les fameuses surcharges carburant. Et elles n’y sont pas allées de main morte. J’ai en tête le cas d’une compagnie long courrier dont le prix d’appel est aux alentours de 750 euros et qui a ajouté une surcharge carburant de 550 euros, soit 73% du tarif promotionnel sur lequel elle compte pour attirer les consommateurs. Elle n’est d’ailleurs pas la seule et la plupart des opérateurs en font autant même si ce n’est pas dans les mêmes proportions.
Et je me demande pourquoi les transporteurs qui sont parfaitement capables d’ajuster leurs tarifs à la minute, choisissent la méthode de la surcharge carburant pour faire payer une inévitable augmentation de leur prix de revient. Il serait plus honnête, disons le mot, d’afficher directement le nouveau tarif plutôt que de maintenir les accroches promotionnelles. C’est tout de même prendre les consommateurs pour des gogos. Cette pratique est d’autant plus curieuse que la plupart des transporteurs crient avant d’avoir mal. Les plus importants d’entre eux pratiquent le « hedging » qui consiste à se protéger des aléas en achetant leur carburant longtemps à l’avance. Air France/KLM a couvert ses besoins en pétrole pour le premier semestre 2026 à 87%, et Lufthansa en fait autant à hauteur de 76%. C’est-à-dire que ces compagnies ne ressentent pas la hausse du baril de pétrole alors qu’elles la font supporter à leurs passagers, tout en camouflant cette augmentation dans une surcharge carburant en pensant que les consommateurs accepteront cette démarche.
On voit bien la stratégie des opérateurs qui ont peur d’afficher le vrai prix de vente, ce qui leur ferait perdre de précieuses positions dans les comparateurs de prix qui affichent, pour l’essentiel les tarifs d’appel. Il n’empêche que les clients auront tout de même un peu de mal à admettre qu’à partir d’un tarif affiché qui pourrait leur convenir, ils se trouvent en fin de compte à devoir payer un montant très largement supérieur au prix annoncé.
Les surcharges carburant, une arme à double tranchant
Je comprends très bien que les compagnies aériennes dont l’équilibre économique est très fragile et dont les profits sont inférieurs à 10% de leur chiffre d’affaires, contrairement à nombre d’autres secteurs d’activité qui gravitent au-dessus de 20%, soient très sensibles à tout ce qui peut faire varier à la hausse leur prix de revient. Rappelons que le prix du carburant représente normalement aux alentours de 20% du chiffre d’affaires avec un pétrole à 70 dollars le baril mais qu’il peut allègrement dépasser les 30% en cas de forte augmentation subite et durable.
Reste à savoir si le conflit actuel est amené à durer, auquel cas les transporteurs auront eu raison de familiariser leur clientèle à cette hausse, dans le cas contraire, espérons que les opérateurs se battront pour être les premiers à arrêter ces surcharges carburant tout en expliquant que le temps des baisses continues de tarifs est révolu au moins pour un bon bout de temps.




![Edito | Aviation commerciale : stop à la baisse des tarifs aériens [Par Jean-Louis Baroux] Il serait plus honnête, disons le mot, d’afficher directement le nouveau tarif plutôt que de maintenir les accroches promotionnelles. C’est tout de même prendre les consommateurs pour des gogos. Cette pratique est d’autant plus curieuse que la plupart des transporteurs crient avant d’avoir mal. Les plus importants d’entre eux pratiquent le « hedging » qui consiste à se protéger des aléas en achetant leur carburant longtemps à l’avance.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/03/Avion-.jpg.webp)
![Édito | Le piège du « Yield Management » [Par Jean-Louis Baroux] Ceux-ci alléchés par des tarifs attractifs à la condition d’acheter leurs billets très longtemps à l’avance, souvent plusieurs mois, se retrouvent piégés en cas d’annulations de vols, voire de cessation d’opérer entre des destinations.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/Hh-1-450x185.jpg.webp)
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